Partis en tournée avec d’autres confrères à travers le territoire de la commune de Tizi-Gheniff, afin de nous enquérir des éventuels dégâts causés par les intempéries, nous avions été attirés par les nombreux bacs bleus remplis de sachets de lait, exposés devant presque toutes les épiceries. Des bacs qui jalonnent les différents chemins ou celles à l’intérieur des villages, alors qu’en ville ce produit de large consommation n’est presque jamais disponible si ce n’est au moment de l’arrivée du camion du distributeur et encore faudra-t-il avoir beaucoup de chance que l’épicier daigne vous donner plus de deux sachets. « C’est normal que le lait soit disponible dans les villages car tout le monde sait en ville que tous les commerçants de l’extérieur s’approvisionnent directement chez ceux des villes qui leur gardent un grand quota, directement en bacs pour qu’ils n’aient pas à se fatiguer pour ramasser leur argent. Donc, ils cherchent la plus grande facilité pour écouler ce lait », dira un confrère qui avait assisté à plusieurs reprises à ce transbordement, parfois à l’aube. Pour tous les villageois, malgré que le prix du sachet de lait est majoré de deux dinars cinquante (2,50 DA), cela ne les choque nullement. « Nous savons que notre épicier assure non seulement par ses propres moyens le transport du lait en faisant de très bonne heure ce long trajet, mais il doit parfois faire le tour de plusieurs autres commerçants de la ville pour ramasser la quantité suffisante pour notre village, donc, c’est plus juste de lui payer ses efforts », nous déclarent les villageois tout en ajoutant qu’ils se font le plaisir de recevoir presque tous les jours des touristes venus de la ville pour s’approvisionner de leurs petites échoppes en lait et en d’autres produits. Ainsi, sur le CW48, allant de Tizi-Gheniff jusqu’au col de Beggas (850m d’altitude), à la limite territoriale avec Kadiria (Bouira), toutes les épiceries disposaient de nombreuses caisses de sachets de lait, à dix sept heures, entre celui produit à Draâ Ben Khedda et celui de la laiterie de Kadiria. « Vous savez que de ce côté de Tizi-Gheniff, nous avons plus d’échanges commerciaux avec les localités de Kadiria, Lakhdaria et autres de la wilaya de Bouira qu’avec Tizi-Ouzou. Aussi, nous nous rendons presque quotidiennement de ce côté Sud où nous trouvons des produits indisponibles parfois chez nous, comme le lait par exemple et c’est devenu presque normal de voir, surtout en fin de l’après-midi, des gens de la ville de Tizi-Gheniff monter jusqu’ici pour acheter quelques sachets de lait », nous confie cet épicier de Tiachache.
Essaid Mouas
