Aït Yahia Moussa, 25 kilomètres au sud-ouest de Tizi-Ouzou, est reconnue de tous comme étant le berceau et le bastion de la guerre de libération nationale d'autant plus qu'elle a enfanté Krim Belkacem et plus de mille martyrs sans compter les Moudjahidine qui ont survécu à la guerre.
Avant-hier, deux mois après la commémoration de la grande bataille dite de Bougarfène où étaient tombés au champ d’honneur plus de 385 martyrs, le 6 janvier 1959, mais aussi où l’armée coloniale avait laissé des plumes en subissant d’énormes pertes en plus de la mort du capitaine Grazziani, le sinistre tortionnaire de la villa Susini sur les hauteurs d’Alger et le lieutenant Chassin, les rescapés de la révolution sont revenus dans cette région pour évoquer et commémorer une autre bataille qui avait eu lieu le 5 mars 1959 à Tachtiouine et les environs. Comme d’habitude, c’est au niveau du carré des martyrs qui porte le nom de cette bataille que de nombreux Moudjahidine, d’enfants de chouhada, de citoyens venus des quatre coins de la wilaya à l’invitation du bureau local de l’ONM qu’à eu lieu cette cérémonie de recueillement à la mémoire des martyrs tombés dans cette bataille pour le recouvrement de l’indépendance. En plus, il y a eu la présence des autorités locales représentées par deux élus, à savoir M. Said Louni et Amar Méziani. Après une minute de silence, c’est tout d’abord M. Hocine Chettabi, en sa qualité de président de l’ONM locale qui prendra la parole pour revenir longuement sur l’engagement de la région dans cette lutte tout en évoquant au passage les grandes batailles, à titre d’exemple, celle du 15 mars 1955 à Tafoughalt, celle de Tachtiouine, celle de Tarikht et bien d’autres. Dans son intervention, l’un des élus dira que les carrés des martyrs de la commune sont pris en charge par l’APC et ils ont tous été restaurés. Il souhaitera, par ailleurs, que les Moudjahidine en vie participent à l’écriture de l’histoire car ils l’ont vécue et ce sont eux qui l’ont faite. Ensuite la parole sera donnée à M. Zahzouh, un moudjahid actif, qui maîtrise bien du moins l’histoire non seulement de la région et de tout le versant sud, mais aussi celle de toute la guerre de libération. Ce moudjahid reviendra, lui aussi, sur plusieurs batailles dont celle de Tachtiouine. D’autres seront appelés à donner leurs témoignages poignants sur ces grandes batailles dont ils ont gardé en mémoire même les petits détails notamment la férocité de l’armée coloniale après la bataille du 6 janvier 1959. » La région d’Ait Yahia Moussa était dans l’œil du cyclone. Des camps militaires avaient alors été installés dans tous les villages en plus des postes avancés. Vous ne pouvez y pénétrer sans être fouillé entièrement. L’armée française était méfiante même à l’égard des enfants », soulignera l’un d’eux. Mais, c’est l’intervention de Ali Yadadène, un rescapé de cette bataille, qui retiendra l’attention de l’assistance. » Ait Yahia Moussa est connue. Et quand l’armée française décidait de faire un ratissage, il fallait s’attendre au déploiement de toute son armada en plus de tous les moyens qu’elle mettait en oeuvre », commencera-t-il à dire avant de revenir sur la genèse de cette bataille dite de » Tachtiouine ». » C’est en septembre 1958 que la katiba du Djurdjura était devenue bataillon avec ses 350 hommes. Et c’est à partir de là que le colonel Amirouche lui même avait créé d’autres compagnies. Nous étions le premier mars à Ath Ouâvane du côté de l’ex Michelet. Tala Guilef était occupée par l’armée française et nous devions alors aller en mission à Ait Yahia Moussa pour y remettre une arme nouvelle à savoir la trente MG 42. Nous restâmes deux jours. Une fois la mission accomplie, nous étions informés par les services de renseignements de l’ALN, d’ailleurs qui étaient très compétents en la matière, qu’un grand ratissage allait être déclenché par l’armée coloniale », se souviendra Aâmi Ali. Et de poursuivre: » et quand l’armée intervenait dans cette région dite zone rouge, elle ne le faisait pas d’une main molle. Au petit matin, nous étions à Iâllalen et on devait se diriger du côté de Sidi Ali Bounab, c’est alors que nous tombâmes sur eux. En dépit du peu d’armes que nous portions, nous leur tînmes tête durant toute la journée du 5 Mars. Nous avons perdu trente six hommes et enregistré plus d’une vingtaine de blessés dont moi même. La bataille fut rude surtout après l’arrivée de l’aviation. Nos forces ont tout de même touché certains soldats et même nous avons pu récupérer une arme. C’était l’une des grandes batailles à inscrire dans l’histoire ». C’est dans ce carré que seront inhumés les ossements de ces valeureux martyrs de cette bataille. Comme à chaque occasion, des Moudjahidine réitèrent leur appel en direction de tous les responsables de procéder à la récupération des ossements de 45 personnes gazées dans un tunnel au lieu-dit Afroun après qu’ils eurent fui la bataille du six janvier 1959; » C’est un devoir envers tous d’ouvrir ce tunnel dont l’ouverture était bétonnée par l’armée coloniale afin de faire sortir les restes de ces personnes et de les reconnaître comme telles. Même si elles ne portaient pas des armes, elles ont subi les affres de l’armée française », dira un autre moudjahid. La promesse de passer à l’acte est tant attendue par aussi bien la famille révolutionnaire que celles de ces personnes.
Amar Ouramdane

