À la maternité de Bouira, les minutes et les secondes sont comptées. Il n’y a pas de place pour l’interview. Pour y arriver, nous avons dû solliciter deux fois cette faveur. Pourtant, c’est des sages-femmes qu’il s’agit. C’est de leur métier, de leurs méthodes de travail archaïques ou modernes qu’il s’agit. Quelques questions à titre d’exemple. Combien de femmes se présentent à ce service ? Selon la cheffe de la maternité elles sont entre 450 à 500 par mois. En janvier dernier, faisait-elle remarquer, « il y en a eu 600 femmes ». En février dernier, un mois qui a compté 28 jours, son service a accueilli 415 femmes. Mais pour combien de sages-femmes ? Elle sont vingt cinq au total qui travaillent en équipe. Le volume horaire par semaine est de 40 heures. Avant, expliquait Kahina, une jeune sage-femme qui a deux ans dans le métier mais dont l’expérience semble immense dans son domaine, sans compter sans enthousiasme débordant qui le lui faisait trouver passionnant, « on abattait 48 heures par semaine. Et la nécessité de ne compter que sur soi en cas de complication faisait qu’on travaillait la peur au ventre. Aujourd’hui les choses ont beaucoup changé. La présence de cinq gynécologues qui peuvent être appelées à tout moment en cas de besoin ou pour un avis permet à la sage femme de conserver son calme et de travailler en toute quiétude ». Dans quel cas faut-il appeler la gynéco ? Lorsque la parturiente fait un pic de tension, en cas de saignement ou d’avortement, mais également lorsque le bébé fœtal ne donne plus signe de vie après un examen, appelé BCF (battement de cœur fœtal). La spécialiste, après échographie, « juge s’il est nécessaire de recourir à la césarienne », aux dires de nos interlocutrices. Ces aléas conduisent à cette conclusion d’un pragmatisme élémentaire : la gynécologie et l’obstétrique ne sont pas des sciences exactes. Hassina, une sage-femme qui dispose de 18 ans d’expérience, est d’un autre avis. Laissant son expérience s’exprimer, elle déplore que la jeune génération ne fasse pas trop d’efforts physiques, lesquels efforts joueraient comme une thérapie efficace contre le stress et l’anémie, deux facteurs aux conséquences néfastes sur l’état de santé du bébé. À l’écoute, en permanence, des femmes enceintes qui viennent la solliciter, elle ne cesse de leur prodiguer des conseils pratiques pour vivre en harmonie avec leur nouvel état. Ce qui cloche dans ce métier « formidable », « c’est le manque de moyens », déplore Fahima, une autre sage-femme qui a 8 ans de service. Par exemple, elle aimerait que l’on change plus souvent les tables d’accouchement qui, avec le temps, deviennent d’un usage peu pratique. Elle aussi est d’avis que la présence des gynécos dans la salle à côté permet aux sages femmes de garder leur confiance et de travailler dans un climat plus serein. Pour Lynda, qui a onze ans dans ce métier mais qu’elle ne pratique plus depuis peu, car chargée du service de gynécologie, le rôle de la sage-femme est divers en ce sens où elle suit la grossesse du début jusqu’à la fin. « Nous sommes des accompagnatrices. À ce titre, c’est comme si c’était nous mêmes qui portions le bébé », affirmait-elle. Mais ce métier a pourtant un statut ? Certes. Cela n’empêche pas, selon la cheffe de ce service, de dénoncer le flou qui l’enveloppe. Elle aimerait, par exemple, que l’on précise la place que la sage-femme occupe précisément dans ce domaine, à mi chemin entre les paras médicaux et les médecins. Quant aux avantages, il ne faut pas en parler. Une jeune a plus de chance de grimper les échelons dans cette profession qu’une collègue plus ancienne. Elle a même souhaité plus de moyens car, selon elle, le service ne dispose que de dix lits pour recevoir entre 15 et 20 femmes par jour. Pour y faire face, on étale la literie sur le sol là où l’on trouve un peu d’espace. Ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre des sages-femmes dans leur travail. Elle préconise, pour finir, d’équiper son service de literie jetable, comme dans les grands CHU, et une salle de détente afin que les sages femmes puissent respirer un peu. Un vœu pour le 8 mars ? Beaucoup de joie et de bonheur pour toutes les femmes, en général, et pour toutes les mères et leurs bébés en particulier.
Aziz Bey.
