Mouhoubi Melaâz, née le 15 juillet 1939 au village de Seddouk Oufella dans le douar d’Amdoun n’ Seddouk, est une chahida hors pair comme la kabylie en a tant donné.
Elle s’est éteinte comme une bougie, un certain 07 mars 1959, alors qu’elle n’avait que 20 printemps, un sort que lui a réservé son bourreau qui n’a pas lésiné sur les moyens inhumains de la torturer, la forçant à dénoncer ses frères avant de la tuer. Pour son courage, sa bravoure, son héroïsme et pour que nul n’oublie aussi l’exemple qu’elle a donné le cinéaste et réalisateur Bouda Nacer et la maison de production SIGNEART, créée par Mouhali Karim dit Farid, natifs tous les deux du douar d’Amdoun n’Seddouk, lui ont consacré un film documentaire de 28 mn qui a été projeté avant-hier, le 07 mars, à l’amphithéâtre des frères Guenini dans une salle pleine à craquer de femmes qui étaient là pour célébrer leur journée internationale. Le film, qui a été une réussite totale, a été tourné au village de Seddouk Oufella et à Ath Khiar, un village martyr détruit par l’armée française où a été tourné une séquence du film d’histoire la colline oubliée écrit par Mouloud Mammeri et réalisé par Abderrahmane Bouguermouh. Pour une fois, les gens connaîtront la vraie histoire de la mort de la chahida Mouhoubi Melaâz grâce au travail de professionnel réalisé par le cinéaste qui a consulté une panoplie de personnes encore vivantes qui ont connu la chahida. Des femmes de chahids, des moudjahidines, des jeunes de l’époque qui ont raconté ce qu’ils connaissent encore de la chahida et commenté par Moussa Hider, journaliste à la chaine II nationale. Selon les témoignages des uns et des autres, Mouhoubi Melaâz, malgré l’empêchement par ses parents de travailler pour la révolution, l’amour de la patrie était très fortement incrusté dans ses veines qu’elle s’est donnée corps et âme dans la lutte aux côtés des hommes pour que vive l’Algérie libre et indépendante. Elle avait commencé en surveillant le centre tortionnaire de Lokri à partir d’une fenêtre de leur maison située en face de ce centre. Quand les soldats sortaient en ratissage, elle prévenait immédiatement les moudjahidine pour fuir et les femmes pour cacher les vivres. Ensuite, elle faisait du porte à porte pour collecter de la semoule afin de préparer la galette pour les moudjahidine. Elle a poussé loin son courage le 28 février 1959 lorsque un rassemblement des habitants des quatre villages du douar d’Amdoun n’Seddouk (Seddouk Oufella, Tibouamouchine, Ighil n’Djiber et Seddouk Ouadda) à la cour du centre tortionnaire de Lokri, où les paras français expliquaient la nouvelle politique du général De Gaulle et tentaient de sensibiliser les présents à voter « oui » massivement. À ce moment là la chahida se leva au milieu de la foule pour crier haut et fort, les mains levées : « On ne votera pas ». Une démêlée générale s’est installée. Après que les soldats eurent ramené de l’ordre, un harki qui la connaissait est allé la capturer au milieu de la foule. Les paras lui ont infligée des pires sévices mais elle a réussi à s’enfuir comme même. Elle fut attrapée dans son village et emmenée à la mosquée d’où elle s’était enfuie une deuxième fois pour se réfugier dans la maison de cheikh Aheddad. Poursuivie par des soldats qui l’avaient vue entrer dans un abri, ils ne lui ont laissé aucune chance de survie en dynamitant l’abri qu’ils ont fait sauter. Les villageois avaient ramassé le corps de la chahida en lambeaux pour l’enterrer au cimetière du village. Un vibrant hommage lui a été rendu, donc, à l’occasion du 76e anniversaire de sa mort coïncidant avec la Journée mondiale de la femme, célébrée chaque année le 08 mars. L’animateur Djellouah Hakim était vraiment à la hauteur de sa mission en faisant à chaque intervention des éloges aux femmes qui ont participé à tous les combats, notamment à la chahida Mouhoubi qu’il a toujours montrée comme un exemple à suivre. Na Ouadia s’est illustrée par sa voie suave par ses chansons sur la révolution. Na Khedidja Benaceur, cette grande poétesse, a, elle aussi, ému l’assistance en récitant ses poèmes portant sur la révolution. Les interventions ont été clôturées par l’artiste Djida Thmachtouhth, de passage à Amdoun n’Seddouk pour animer un gala de femmes (Ourar).
L. Beddar

