Bouzeguène fondateur et président de l’association des handicapés et leurs amis (Ahla) – Ammi Saïd un clairvoyant non voyant

Qui ne connaît pas Hammoum Said, ou « Ammi Saïd » comme on se plaît à l’appeler affectueusement ? Il est fondateur et président de l’association des handicapés et leurs amis de Bouzeguène (Ahla ). Il est né en juillet 1956 et a quatre frères et deux sœurs. Il se maria à l’âge de vingt quatre ans avec Na Saliha Ouada de Ain El Hammam qui lui donna trois garçons et une fille. A l’instar des handicapés algériens, Ammi Saïd a mené une enfance difficile. Ses parents n’ont, au début, accepté que difficilement sa situation. Il n’a pu faire ses études par braille à Alger par ignorance de sa mère qui a refusé à cause de l’éloignement. « En 1964, mon père m’emmena à Tamda chez une ophtalmologue française pour voir la possibilité de me faire soigner en France, faute de moyens en Algérie. L’opération coûtait une fortune, chose que mes parents ne pouvaient se permettre. La praticienne me conseilla de suivre des études à Alger mais l’idée a effrayé ma mère qui croyait qu’on voulait se débarrasser de moi, alors on a laissé tomber », raconte Ammi Saïd. Néanmoins, Ammi Saïd a su s’imposer dans la société. Il était un enfant très sociable, tout le monde adorait sa compagnie. Il avait des amis instruits à qui il demandait à chaque fois de l’enseigner. Il ne se gênait jamais de chercher le nom de telle ou telle chose en Français, pourvu qu’il apprenne. Il a pu vaincre son handicap. « Je suis un voleur de sciences », comme il nous le dit. Aujourd’hui, à chaque fois que l’occasion nous est présentée pour l’interviewer, on se dit qu’il a fait des études supérieures vu son très haut niveau surtout en Français parlé. Ammi Saïd garde de très bons souvenirs d’enfance, débrouillard et actif. Son handicap ne l’empêchait pas de sortir et de s’amuser. Aujourd’hui, il se les rappelle en souriant, fier d’avoir surpassé son handicap et d’avoir réussi à s’intégrer dans la société. « On devient fort grâce à lui ; il nous donne des leçons sur le courage et le succès. Il nous prouve qu’un handicapé peut jouer un rôle important dans la société rien n’est impossible », témoigne un père d’un handicapé. Avant d’être président d’une association, Ammi Saïd est un poète très apprécié. Sans lui, aucune fête n’a un charme. Ses poèmes lors du henné et toutes les bénédictions dont il comble les mariés font de lui l’incontournable élément des cérémonies de mariages. Il est sollicité partout à travers la wilaya. « L’être humain est imparfait, on se complète. Chacun de nous a ses défauts et ses qualités. Avec la patience et le courage, on a pu tout surmonter et avancer. Aujourd’hui, Dieu merci, on est heureux et satisfaits et grâce aux gens qui nous ont toujours soutenu, le rêve est devenu réalité », confie Na Saliha. Ses enfants sont fiers d’avoir un père plein d’ambitions et armé de bonne volonté. Il leur enseigne les valeurs, les principes et toutes les lignes à ne jamais transgresser. C’est dire à quel point il est important d’avoir une bonne image dans sa société pour mériter l’amour et le respect. Sa fille médecin est secrétaire générale à l’association, c’est le bras droit de son père qu’elle considère la source de sa réussite dans la vie. Ammi Saïd est connu pour sa phrase : « la vie est un combat, il ne faut jamais abandonner. » Effectivement, c’est ce combat contre l’injustice et la marginalisation des personnes en situation de handicap qui l’a poussé à créer une association. « Je me souviens d’un 14 mars 2000 qui m’a marqué à jamais lors de la célébration de notre journée à laquelle je voulais assister mais une organisatrice m’a empêché en disant que c’est complet, ça m’a choqué ; j’ai protesté en disant que c’était à elle de sortir et qu’elle n’était en aucun cas concernée, elle n’est pas handicapée. A partir de là j’ai constaté qu’il était temps de s’organiser. Nous devons bouger pour notre existence dans cette société », raconte Ammi Saïd. Un appel a été lancé par lui à travers la radio chaîne 2, où il a justement parlé de l’urgence de créer une association pour les handicapés de Bouzeguène. Deux ans plus tard, le projet s’est concrétisé. Le dépôt du dossier date du 29 mai 2000 à la Maison de la culture, date que l’association fête à ce jour pour célébrer sa création. Le 03 février 2001, débutent timidement les activités de l’association avec une dizaine d’adhérents de la commune et en 2002, le nombre a triplé. L’association compte aujourd’hui plus de 350 adhérents qui viennent même d’Ifigha et de Ain El Hammam. Ils sont très attachés à l’établissement et considèrent Ammi Saïd comme un père qui veille sur leur intégration socioprofessionnelle, leur porte-parole qui sait défendre leurs intérêts. « On travaille avec des anges bien disciplinés, ils respectent leurs éducatrices mieux que les enfants normaux. Ils obéissent avec amour », confie Ammi Saïd. L’association va bientôt devenir une association de wilaya, nous informe Ammi Saïd. Il serait injuste de dire que Ammi Saïd est aveugle, lui qui illumine le chemin des centaines d’handicapés. Son grand cœur l’aide à voir ce qui l’entoure mieux que toute autre personne.

 Fatima ameziane