L’hétérogénéité des formes, des contenus et des descriptions est une touche personnelle du sculpteur sur pierre, Ouramtane Ourari. Habile jusqu’au bout des doigts, l’artiste caresse la pierre finement, et au gré de son imagination, des œuvres d’une rare beauté sont sculptées à la perfection. N’ayant pas suivi des études à l’école des beaux-arts ni une formation spécialisée, Ouramtane est un pur produit autodidacte. Depuis son plus jeune âge, il maniait le crayon comme un maître, donnant vie à des œuvres que seuls les plus inspirés savent en tirer le meilleur. La matière première est une pierre brute que le sculpteur choisit en fonction de ses spécificités géologiques, de préférence celle qui présente peu des fissures afin que le sculpteur puisse la travailler sans qu’elle risque de s’éclater. L’histoire de ce quadragénaire avec le monde de la sculpture commença en 1998, quand un ami de ce dernier, Zarouri Samir, lui demanda de réaliser un buste du défunt Matoub Lounes. « Ayant passé mon service militaire à Tebessa, une ville reconnue pour ses vestiges et ruines romaines, l’inspiration m’est venue en visitant cette citadelle enchanteresse », dira notre interlocuteur. D’autres œuvres artistiques n’ont pas tardé à voir le jour. Une stèle représentant le célèbre capitaine Arab, un grand maquisard de la localité de Chemini, est réalisée par Ouramtane à Sidi-Aich. D’autres figures de proue du combat amazigh et d’artistes Kabyles n’ont pas échappé aux mains habiles dudit sculpteur, excellant dans l’art de la confection de bustes à la perfection. M. Mammeri, S. Azem, Y. Abdjaoui, Fadhma N’ Soumer,… sont entres autres des figures auxquelles le sculpteur a donné vie, et ce, en libérant la forme humaine emprisonnée dans le bloc de pierre, comme aime répéter Ourari. Nonobstant l’absence de moyens et de soutien, ce tailleur de pierre ne s’avoue jamais vaincu et ne baisse nullement les bras devant l’amour sans faille qu’il voue à la sculpture sur pierre. « Quand on aime quelque chose, l’argent ne compte pas. Je m’investis corps et âme dans ma passion. Le métier de maçon que j’exerce au quotidien m’inspire davantage, car j’utilise souvent la pierre à la place de la brique donnant ainsi vie à mon travail », avoue sans ambages, O. Ourari.Ce faisant, chaque œuvre artistique confectionnée par les mains du maître doit impérativement faire l’objet d’une étude minutieuse pour lui donner la forme et la dimension voulues. Le choix porté sur la pierre doit répondre à des spécificités bien précises. « Tafza est une pierre blanche que j’utilise pour mes œuvres, car celle-ci est composée de petits grains fins faciles à tailler. Ce n’est pas une sinécure d’extraire cette pierre enfoncée dans la terre. Il faut prendre son temps pour la faire sortir de la terre », explique notre interlocuteur. Une fois la pierre extraite, la deuxième étape consiste à enlever graduellement la surface saillante en tournant au fur et à mesure son bloc de pierre tout en esquissant les premiers traits de sa sculpture. Une fois la forme et la taille déterminées, l’artiste commence à raffiner la silhouette de sa sculpture pour lui donner la forme voulue. Pour mener le processus de la sculpture à son terme, cette dernière est soumise à une abrasion manuelle afin de faire ressortir la couleur de la pierre et révèle des motifs dans la surface tout en ajoutant du lustre. « Par amour à l’art de la sculpture sur pierre, je me donne à fond dans l’objectif de redorer le blason de cet art méconnu du grand public », affirme Ouramtane. Et d’enchaîner : « À chaque manifestation ou événement organisés dans n’importe quelle région, je ne me fais pas prier pour répondre favorablement à l’invitation. Mon plus grand souhait est de voir cet art sortir de l’anonymat, car les autorités accordent peu de crédits à cet artisanat ». L’espoir est une donnée que cultive Ouramtane sans concession et laisse son esprit divaguer au gré de ses pensées. Un cœur tendre, des mains loin d’être dures comme la pierre qu’elles façonnent, celles d’un artiste hors pair.
Bachir Djaider

