La Dépêche de Kabylie

Un village enclavé

A l’indépendance, il est pressenti pour la construction d’un lotissement qui devait réunir en un seul lieu les habitants du village Assrafil lesquels s’étaient réfugiés un peu partout dans les village limitrophes d’Amalou et de Seddouk après que leur bourgade ait été rasée par l’artillerie de l’armée française. Le projet a été abandonné pour être ressuscité vers la fin des années 70, dans le cadre de la construction d’un village socialiste qui a accueilli des citoyens venus de différents horizons, formant une communauté mosaïque. Il compte parmi les villages les moins nantis de la commune de Seddouk dans le domaine des infrastructures sociales, culturelles et économiques. Ainsi, ses habitants mènent une vie de ruraux faite de dénuement, de pauvreté et de chômage endémique, ce que nous avons constaté lors de notre passage. Les habitants interrogés arrivent difficilement à contenir leur colère à l’image de Zahir. « Notre village est l’éternel oublié des collectivités locales qui semblent le rayer de la carte de géographie communale, ou du moins concernant l’allocation de projets », s’insurge-t-il en voulant bien relater toutes les difficultés saillantes que rencontrent les villageois. Parmi les déboires quotidiens de ceux-ci, il met en avant le problème de transport. En effet, la localité est mal desservie et les habitants souffrent énormément de l’insuffisance de transport, si l’on en croit le plaignant. Elle est traversée par une grande route à forte densité de circulation automobile, mais les fourgons, fort nombreux, qui font la navette Seddouk-Akbou, affichent souvent complet et passent des fois à une vitesse vertigineuse. Les citoyens, notamment les écoliers, s’agglutinent ou font le pied de grue parfois durant des heures, heureusement sous un abribus de fortune à l’abri des intempéries. Ils attendent leur salut qui ne peut venir que d’un bus qui s’arrêterait pour faire descendre les passagers ou ayant des places vides. Certains qui sont encore dans force de l’âge, particulièrement les étudiants, quand ils ne font pas le trajet à pieds, ce qui est souvent le cas, se déplacent à moins d’un kilomètre, jusqu’aux trois chemins, dans l’espoir de prendre le bus venant de Béni Maouche et allant vers Seddouk, dans la limite des places disponibles, autrement ils devront encore attendre, cependant un temps relativement un peu court. « La direction des transport sur demande de la municipalité pourrait facilement accorder à un transporteur une ligne de transport reliant notre localité à Seddouk qui est pour nous un grand centre d’intérêts. Cela arrangerait aussi bien les écoliers que les travailleurs qui ratent souvent les cours du matin et peinent à rentrer le soir », enchaîne notre interlocuteur. Aussi, parmi les insuffisances mises en évidence, il relève entre autres le manque d’un centre de santé que les autorités ont pourtant promis d’ouvrir durant les mois qui suivent leur installation dans ce hameau, dit-il. « Nos malades se déplacent jusqu’à la polyclinique de Seddouk pour une injection, des soins infirmiers ou une consultation médicale », regrette-t-il. Continuant dans la foulée, il met cette fois-ci en exergue l’absence d’une infrastructure de taille, indispensable dans le village : la mosquée. « Qu’il pleuve, qu’il vente ou sous un soleil de plomb, nos fidèles, pour accomplir leur devoir religieux, notamment la prière du vendredi, se rendent à la mosquée du chef-lieu communal ou dans celles des villages avoisinants », renchérit-il. Abordant le volet de la jeunesse, il relève que les infrastructures sociales et culturelles sont inexistantes : ni café, ni cybercafé. « Les jeunes pour s’évader, rejoignent la ville de Seddouk et rentrent des fois tard et à pied dans les ténèbres de la nuit aux risques de se faire agresser », se lamentent-il. A toutes ces difficultés, il n’a pas manqué de soulever l’état déplorable des rues, des venelles et de la placette principale (tajmahth). Ni chaussées bitumées ou du moins bétonnées, ni trottoirs aménagés, les habitants, dès les pluies tombées, pataugent dans la gadoue et durant l’été, inhalent la poussière qui envahit leurs habitations. « Nous souffrons de la gadoue en hiver et de la poussière qui pénètre nos maisons durant la saison chaude », abonda-t-il. En plus de tous ces problèmes, notre interlocuteur s’est penché sur une demande faite depuis le temps à la municipalité pour la rénovation de la fontaine publique qui rend un grand service aux habitants et passants, laquelle est restée sans suite. « La fontaine qui a été construite par les villageois il y a belle lurette accuse des fuites de partout et nécessite un aménagement. Nous avons du mal à comprendre l’attitude de la municipalité qui n’a pas daigné la réparer malgré nos doléances », se révolte-t-il. Cependant, le problème qui affecte le plus les habitants ne peut être que celui du projet de l’alimentation en gaz de ville que les notables ont fait des pieds et des mains pour l’arracher auprès des autorités locales, mais en vain, ou du moins pour le moment. Tout heureux, les habitants pensaient que le projet du gaz de la ville de Seddouk intégrerait leur localité qui est située à quelques encablures de la zone industrielle où sont arrêtés les derniers branchements. Ce rêve qui n’a duré que quelques mois s’est envolé lorsqu’ils ont appris que leur village ne figure pas dans ce programme. « Les autorités locales ont inscrit dans la durée l’oubli de notre village. Quoi qu’il en soit, ils n’ont jamais voulu nous gratifier d’un projet quelconque, notamment celui du gaz naturel », tempêta-t-il.

L. Beddar

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