Un village qui renaît

« Anga idequidh, iaggach dhassaouen », d’où qu’on vient vers Aggache c’est la montée, tel est le dicton dont on a affublé le plus petit village du arche Amchedal car situé sur une colline d’où il est possible de voir toute la vallée de l’oued Sahel, appelée jadis « la plaine », et une bonne partie de la vallée de la Soummam jusqu’à Tazmalt, Ighil Ali et Ath Sidi Yahia. Si ce village est petit, ça ne l’a pas empêché pour autant de donner, comme tous les villages de la tribu Imchedallen, son quota de martyrs tombée aux champs d’honneur, ainsi que son lot de victimes du terrorisme islamiste. Complètement rasé par l’armée coloniale, ses habitants ont entrepris de le reconstruire dès la première année de l’indépendance, refusant de continuer à vivre dans ce qui a été aménagé par les Français en camp où ils ont regroupé la plupart des villageois de la commune de Saharidj tel que Ighil Hmmad, Ivalvren. Tous ces villages ont été détruits, les habitants évacués et regroupés dans ce gros bidonville qui est actuellement le « chef » de la commune de Saharidj. Donc Ath Aggache entreprit de reconstruire ses maisons autour des ruines de l’ancien village tout en y installant les moyens modernes d’accompagnement tels que l’eau, l’électricité, la route et, enfin, l’assainissement, et ce en retroussant courageusement les manches et en mettant « la main à la bourse ». Tous ces projets ont été réalisés dans le cadre dit « tripartites » : l’APC finance une part, la wilaya une autre et la troisième part du coût de chacun des projets a été déboursée par les villageois qui n’ont pas, pour la majorité d’entre eux, hésité à rationner leurs familles en nourriture pour faire face à ces dépenses, ce qui leur permettrait de quitter ce « centre de regroupement où ils ont tant souffert et avec lequel ils voulaient rompre à tout prix. Ledit village a fait, durant la Révolution, l’un des plus importants refuges des Moudjahidine et aussi le centre des liaisons, ce qui a coûté à ses habitants « un traitement spécial » pendant toutes les années de semi-captivité par l’armée française. Leur ténacité s’avéra payante au fil du temps. A l’heure actuelle, ce village est doté de tous les équipements nécessaires grâce à l’effort de ses enfants qui n’ont pas attendu que l’Etat vienne les tirer des « trous » dans lesquels les ont enfermés les colons, très pressés qu’ils étaient de reprendre leur fierté bafouée mais aussi cette liberté et autonomie combien chères à ces campagnards. Un bel exemple de « compter sur soi-même », un exemple que doivent méditer ceux qui croupissent encore dans des taudis en attendant un… logement social. Toujours est-il que ce village, par son activité de ruche, ressemble à une fourmilière en miniature malgré ses… chemins qui montent.

Omar S.