Pas moins de six manifestations ont été enregistrées hier – Un mardi de grogne à Bouira !

«Une belle journée pour protester» semblent s’être inspirés les protestataires, tous azimuts, du titre du dernier «Die Hard» pour battre le pavé à Bouira. En effet, hier, le chef-lieu de la wilaya a connu une journée bien mouvementée, où les propriétaires des fusils de chasse, les demandeurs de logements sociaux, les souscripteurs des logements et les habitants du quartier de Ras Bouira ont marché.

Et ce n’est pas fini ! Dans la commune de Lakhdaria, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest du chef-lieu de la wilaya, les commerçants et les travailleurs de l’usine des détergents sont également montés au créneau. Tout ce beau monde s’est, pour ainsi dire, donné le mot afin de réclamer ce qu’ils considèrent comme leurs droits. Au moment où les officiels célébraient la Journée de l’étudiant en ouvrant un tronçon d’un kilomètre par ci et baptisant une école par-là Bouira bouillonnait de partout.

Les propriétaires des fusils de chasse ne décolèrent pas

Tout d’abord, il y a eu les propriétaires des fusils de chasse confisqués durant les années 1990. Ils ont encore une fois battu le pavé hier, à Bouira. Comme à chaque fois, ces derniers réclament la restitution de leurs biens. En effet, plusieurs dizaines de propriétaires d’armes non-restituées ont participé à cette marche qui s’est ébranlée de la place des Martyrs du centre-ville vers le siège de la wilaya de Bouira. Tout au long de leur marche, les manifestants ont soulevé des banderoles où on pouvait lire « Nous voulons nos armes », ou encore « Où sont passés vos promesses M. Sellal ? ». Vers la fin de leur action, les contestataires ont organisé un rassemblement devant le siège de la wilaya de Bouira, où une prise de parole a été initiée. Ainsi et d’après M. Gareche Abdelkader, porte-parole du mouvement pour la restitution des fusils de chasse à Bouira, l’opération de remise des armes est toujours à l’arrêt au niveau de la wilaya de Bouira. D’après ce dernier, la dernière opération de restitution date du mois de décembre 2014. Pas moins de 2 000 citoyens au niveau de la wilaya restent sans nouvelle de leurs armes. «Les responsables concernés ne nous ont fourni aucune explication valable pour cet arrêt ! Toutes les portes nous ont été fermées et on ne sait plus à quel saint se vouer ! Et à chaque fois, ils se contentent de nous dire que l’opération sera prochainement relancée, mais voilà qu’après 06 mois de son arrêt, aucun parmi nous n’a reçu son fusil. C’est simplement de la Hogra et du mépris à notre égard !», dira M. Gareche. Pour notre interlocuteur, les véritables raisons qui bloquent cette opération sont liées au blocage des opérations de récupérations et au refus de certains citoyens de remettre ces armes aux autorités compétentes. «Ce n’est un secret pour personne, nos armes ont été redistribuées à d’autres citoyens durant les années 90. Actuellement, la majorité de ses bénéficiaires refusent de les rendre aux autorités pour des raisons déférentes», soulignera M. Gareche. Pire encore, ce dernier affirme que certaines sociétés de gardiennage privé au niveau de la wilaya de Bouira ont été équipées par ses armes confisquées par les autorités. «Aujourd’hui, je tiens à vous confirmer que nos armes ont été distribuées à des agents de sécurité de plusieurs entreprises spécialisées dans le gardiennage ici même à Bouira, mais malheureusement nous n’avons jamais été informés de ce fait ! C’est pour cela qu’on revendique désormais une indemnisation avec un effet rétroactif de 2002 ! » Les protestataires se sont dispersés vers la fin dans le clame tout en se donnant rendez-vous pour la semaine prochaine pour une nouvelle marche à Bouira. À noter également qu’une délégation des protestataires a été reçue durant la même matinée par le chef du cabinet du wali.

Des demandeurs de logements reviennent à la charge

Le dossier des logements continent encore et toujours de susciter la colère et l’indignation de ceux qui se disent « injustement exclus » des dernières opérations de relogement. Hier, ils étaient plusieurs dizaines à s’être regroupés devant le siège de la wilaya pour dénoncer cette «injustice» et réclamer une réévaluation de leur situation. Il s’agit essentiellement de personnes dont les demandes datent de plusieurs années, voire même de décennies et qui aspirent à un relogement dans le cadre du programme social et du RHP. Cette action, la neuvième en deux ou trois mois, (quasiment un sit-in par semaine), a pour but, selon les protestataires, d’alerter les pouvoirs publics sur les conditions difficiles auxquelles ils font face quotidiennement, en réclamant leur tour au relogement. « Nous avons trop attendu. Tout le monde a été relogé sauf nous», disent-ils. D’autres sont plus amères et véhéments dans leurs propos. «On vit comme des chiens ! Pire encore, ces derniers sont libres d’aller où ils veulent. On nous a menti, opprimés et manipulés ! Les autorités nous ont trahis», se sont-ils insurgés. Les manifestants ont également tenu à dénoncer la liste des bénéficiaires, estimant que beaucoup de ces derniers sont des «intrus et des étrangers à la commune». Une scène qui illustre la détresse de ces citoyens, la tentative de suicide d’un trentenaire qui s’est dit «las de la vie». «À quoi bon vivre cette vie de chien ? Ni foyer, ni famille, ni aucun avenir ! La mort est plus douce pour moi», a-t-il menacé. Fort heureusement, un officier de police a réussi à le convaincre de ne pas commettre l’irréparable. Cette scène résume, à elle seule, toute la souffrance et le désespoir de ces personnes.

Les souscripteurs des 130 logements LSP assiègent la wilaya

Le siège de la wilaya a connu, durant la même matinée, une autre action de protestation. Il s’agit cette fois d’un groupe de souscripteurs du projet des 130 logements de type LSP au chef-lieu de la wilaya, un projet qui date de 2003. Par leur action, ces derniers ont tenu à dénoncer ce qu’ils qualifient «d’une multitude d’entraves administratives qui bloquent, depuis plusieurs années, ce projet». Lors de leur rassemblement, les protestataires, des enseignants pour leur majorité n’ont pas hésité à nous raconter leur calvaire qui dure depuis plus de 12 ans. Ainsi et d’après l’un des souscripteurs, c’est au mois de septembre 2003 que ledit projet a été inscrit à leur profit. À cette époque-là une assiette de terrain, située à la périphérie nord de la ville de Bouira a été retenue. La direction de l’AADL de la wilaya de Bouira a été désignée comme promoteur de ce projet, avec un délai de réalisation de 20 mois uniquement et une étude a été effectivement lancée à cet effet. Cependant et au grand dam de ces derniers, l’étude géotechnique a révélé que l’assiette de terrain ne pouvait pas abriter les bâtisses et les bâtiments de ces 130 logements, premier arrêt du projet donc. «Il aurait fallu 07 ans aux services de la wilaya pour débloquer le projet, en trouvant une nouvelle assiette de terrain qui est située au niveau du quartier Farachati à la sortie ouest de la ville. Les travaux ont été lancés en 2010 et nous avons payé une première tranche de 40 millions de centimes et nous nous sommes acquittés des 120 millions de la CNL et de l’FNPOS, donc en tout, nous avons payé 160 millions du montant exigé par le promoteur», rajoute notre interlocuteur. Et de poursuivre : «Notre soulagement n’a pas trop duré puisque au début de l’année 2014, le contrat de cette entreprise a été résilié par les services de la wilaya, pour les retards qu’accumulaient les travaux de réalisation». Quelques mois seulement après cet arrêt, les autorités de la wilaya n’ont pas tardé à engager une nouvelle entreprise pour continuer les travaux. Cependant et au grand malheur des 130 souscripteurs, la nouvelle fiche technique du projet n’a pas encore été validée par les services de la direction régionale de l’AADL (promoteur initial du projet), ce qui bloque désormais, la relance des travaux. Cette nouvelle entrave n’a fait que provoquer l’ire des souscripteurs qui s’interrogent désormais sur les véritables raisons de ce blocage. «Les services de l’AADL doivent valider la nouvelle fiche technique, sans quoi l’entreprise ne pourra jamais lancer les travaux. On se demande pourquoi la direction de l’AADL tarde toujours à valider le projet ? Trouvez-vous normal ce retard ? Cette situation ne fait qu’endurer notre calvaire. Nous sommes tout simplement désespérés de pouvoir un jour bénéficier de nos appartements ! » dira un autre bénéficiaire, rencontré sur place. Par cette action de protestation, les bénéficiaires de ces logements ont voulu interpeller le premier magistrat de la wilaya, et ce, afin qu’il intervienne pour mettre un terme à leur calvaire qui risque de durer encore plus longtemps.

Les habitants de Ras Bouira ferment la route 

Les habitants du quartier de Ras Bouira ont, une fois de plus, exprimé leur mécontentement, en fermant la route qui mène vers leur cité. Ces citoyens, faut-il le rappeler, ne sont pas à leur première manifestation. Depuis 2012, ils ne cessent de dénoncer la dégradation de leur cadre de vie et aussi le climat d’insécurité qui règne au sein de leur quartier. Certains protestataires se sont dits «abandonnés» par les autorités locales. D’après eux, le P/APC de Bouira n’a pas tenu ses engagements en ce qui concerne le plan d’aménagement promis. Les manifestants réclament, entre autres, le raccordement de leur quartier au réseau d’AEP et l’installation de l’éclairage public, ainsi que l’aménagement des routes qu’ils disent impraticables. Concernant l’épineux problème du raccordement de leurs foyers au réseau d’AEP, bon nombre de contestataires ont noté le fait que plusieurs demandes ont été introduites auprès des services concernés dans l’hypothétique espoir d’un raccordement, mais en vain. «Nous sommes encore et toujours contraints de nous approvisionner en eau par des citernes», dira-t-on. Autre carence évoquée par les protestataires, celle relative à leur centre de soin. D’après nos interlocuteurs, leur bourgade dispose d’une structure de soins, mais elle n’est pas encore opérationnelle. «Nous sommes obligés de nous déplacer au chef-lieu communal pour nous soigner, malgré que nous disposons d’une polyclinique. C’est une aberration !» s’est emporté l’un de nos vis-à-vis. Dernier point évoqué par les manifestants, celui relatif à l’insécurité. «Notre quartier pullule de dealers et autres voyous qui dictent leurs lois devant l’indifférence la plus totale des autorités». Après près de deux heures de blocage, les riverains en colère ont décidé de lever les barricades, tout en promettant de revenir à la charge si leurs doléances ne sont pas prises en charge.

Les travailleurs de l’ENAP et des commerçants s’insurgent à Lakhdaria

Dans la commune de Lakhdaria, les travailleurs de l’usine de détergents ont déclenché une grève illimitée afin d’exiger une amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles. Les grévistes affirment que ce débrayage a été décidé lors de la dernière assemblée générale tenue, la semaine dernière, suite à l’expiration du préavis de grève déposé par le comité des travailleurs qui dénonce le «silence et le mutisme de la tutelle quant aux revendications légitimes soulevées par les travailleurs».

Les revendications du collectif des travailleurs ont trait essentiellement à l’amélioration des conditions de travail, ainsi que l’intégration des travailleurs recrutés dans le cadre du dispositif d’emploi de jeunes et des contrats CDD, CTA et CDI. Dans la même commune, les commerçants exerçant au niveau du marché couvert ont fermé la route qui conduit au dit marché ainsi que la voie limitrophe à cette structure commerciale, et ce, dans le but de s’insurger contre la prolifération des marchands informels. «On nous affirme que nous sommes dans un État de droit. Où est-il alors ?» se sont-ils interrogés.

Et d’ajouter : «Ils (vendeurs illégaux, ndlr) nous nargue de bon matin. Ils travaillent illégalement tandis que nous, qui possédons un registre de commerce en bonne et due forme, nous éprouvons les pires difficultés à gagner notre vie».

Vers les coups de midi, les protestataires ont décidé de rouvrir la route tout en assurant qu’ils ne vont pas se taire face à cette concurrence déloyale.

Ramdane B. / Oussama K.