Elle perd de plus en plus du terrain – La petite monnaie n’a plus de valeur

Le problème de la petite monnaie a tendance à devenir un fléau économique. Les pièces d’un dinar ou de deux dinars ne sont plus acceptées par certains commerçants. Djamel, un jeune commerçant de la station balnéaire d’Aokas, justifiera cela par son incapacité à les écouler. D’ailleurs, il tirera du dessous du comptoir une boite transparente pleine de petites pièces. « J’ai quelque chose comme quatre mille dinars de pièces d’un et de deux dinars que je n’arrive pas à écouler.

Lorsque je rends la monnaie aux clients, soulignera-t-il, ils ne prennent pas les petites pièces, préférant avoir des bonbons en contrepartie. À la question de savoir pourquoi il n’a pas pensé à les échanger au niveau de la poste ou de la banque, notre interlocuteur se perdra dans des présomptions, plus ou moins convaincu que ces établissements les refuseraient. Cette manière de faire nuit, à tout point de vue, à l’économie du pays et nourrit l’inflation. N’est-ce pas la dévalorisation de la petite monnaie qui fait que ces pièces ne servent, pratiquement, plus à rien ? Hormis le bonbon, que peut-on acheter aujourd’hui avec un dinar ? Tous les prix sont arrondis dont l’unité est, généralement, fixée à 5 dinars. Rarement qu’on trouve, au marché ou chez l’épicier, un kilogramme de pomme de terre proposé à 47 dinars mais plutôt, soit à 45, soit à 50 dinars. C’est une question d’indisponibilité de petite monnaie, avanceront les commerçants, et c’est plutôt l’arrondi au chiffre supérieur, pensent les clients. Face à ces problèmes de monnaie, les clients optent désormais, pour ce qui est du vrac, à l’achat en termes de valeur et non de poids.

Alors qu’à un certain moment, cela se limitait à la viande hachée pour laquelle on demandait l’équivalent de 100 ou 200 dinars ; aujourd’hui, on a tendance à demander 200 dinars de pomme de terre ou d’un fruit quelconque, nèfles, abricots, etc. D’ailleurs, au marché hebdomadaire, les commerçants n’affichent plus les prix de certains produits au kilo mais plutôt à la valeur.

On entend, ça et là 200 dinars pour 4 kilogrammes de pomme de terre ou alors, deux paquets d’oignons pour 100 dinars. Les commerçants se sont, d’ailleurs, préparés pour cette option. Ils ne possèdent plus les balances d’autrefois. Ils sont tous munis de balances électroniques. C’est plus efficace pour voir s’afficher le montant réclamé par le client qui ne demande plus un poids mais une valeur. Même dans les kiosques, avec la récente augmentation des prix des tabacs, la cigarette est vendue à 10 dinars l’unité tout est arrondi au chiffre supérieur. Il reste un seul secteur où les prix comportent toujours des centimes, c’est celui de la vente de médicaments.

Mais, les pharmaciens se cassent-ils réellement la tête à rendre une monnaie qu’ils n’ont pratiquement plus dans leurs tiroirs-caisses ? Eh bien, non. D’ailleurs, ils n’ont pas le choix. « Non mais c’est courant en pharmacie », dira Doudine, un jeune père de famille du chef-lieu de wilaya. « J’ai acheté la semaine passée, un tube de solution oculaire et un autre de pommade ophtalmique pour 260 dinars alors qu’ils étaient taxés à 257,31 dinars. Le pharmacien m’a demandé 260 dinars et non 257,31 », fera-t-il remarquer. Alors que les pièces d’un demi-dinar n’existent plus, celles d’un et de deux dinars n’ont plus de valeur, les pièces de 5 dinars se font de plus en plus rares. Le problème est rencontré dans les bus. Le prix du ticket de bus pour le transport urbain dans la ville de Béjaïa est de 15 dinars. Dès que vous remettez une pièce de 50 dinars ou de 100 dinars pour payer votre ticket, le receveur demande, instinctivement, une pièce de 5 dinars pour vous rendre une monnaie arrondie à la dizaine de dinars. Il en est de même chez les transporteurs des autres destinations dont le prix du ticket a une unité de 5 dinars, à l’instar de Béjaïa-Tichy à 25 dinars ou Béjaïa-Aokas, à 35 dinars. Selon un consultant en économie qui avait donné son analyse à un confrère, il y a quelques temps de cela, la rareté de la petite monnaie est liée à l’usage de l’unité. L’évolution de la monnaie divisionnaire va avec le produit national tout entier ; mais avec la dévaluation, ces petites pièces ne circulent plus avec l’évolution monétaire, faisant qu’elles sont insignifiantes. Cet analyste n’a pas tort et il est vrai que la solution réside dans le vœu de nos gouvernants de passer à une étape supérieur. Le problème de la monnaie divisionnaire persistera tant que nous ne passons pas au payement par chèque ou par carte magnétique comme cela se fait à travers beaucoup de pays, de par le monde.

  A. Gana