L’Autriche a annoncé mardi qu’elle allait restituer cinq chefs-d’oeuvre du peintre Gustav Klimt à l’héritière américaine d’une famille juive autrichienne spoliée par les nazis.La ministre de la Culture, Elisabeth Gehrer, a indiqué que la république se plierait à une décision non-contraignante d’un tribunal arbitral ayant statué, le même jour à Vienne, que « les conditions pour que les tableaux soient restitués aux héritiers de Ferdinand Bloch-Bauer étaient remplies ».Cette annonce met un terme définitif à une bataille juridique opposant depuis 1999 une Américaine d’origine autrichienne, Maria Altmann, 89 ans, à l’Etat autrichien sur la propriété des cinq tableaux exposés à la Galerie (musée) du Belvédère de Vienne. Il s’agit notamment de deux célèbres portraits d’Adèle Bloch-Bauer peints en 1907 et 1912 et considérés comme des oeuvres majeures de Klimt (1862-1918), une figure-clé de l’Art nouveau et du symbolisme viennois et l’un des fondateurs de la Sécession viennoise en 1897.Les cinq oeuvres sont estimées entre 140 et 200 millions d’euros, selon des expertises citées par la presse autrichienne. Le seul « Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I » est estimé à 50 millions d’euros.Mme Altmann, une nièce de Ferdinand Bloch-Bauer vivant à Los Angeles, a dit souhaiter un arrangement afin que les deux portraits d’Adèle Bloch-Bauer, considérés comme des pièces maîtresses des collections publiques autrichiennes, restent la propriété de son pays d’origine. »Je souhaite que les portraits restent en Autriche. J’examinerai avec plaisir toutes les offres » de rachat de ces oeuvres par l’Etat autrichien, a-t-elle déclaré à la radio-télévision publique autrichienne ORF. Mme Gehrer cependant souligné que « le rachat des cinq oeuvres dépassait de loin les possibilités financières » de la république. Le budget des acquisitions s’est monté l’an dernier à 70 millions d’euros, a rappelé la ministre. Pour conserver les tableaux, « il nous faudra trouver d’autres moyens. Nous nous y employons », a-t-elle affirmé. Mme Altmann a précisé qu’elle veillerait à ce que les trois autres tableaux –un « Pommier » de 1912, une « Forêt de hêtres » de 1903 et des « Maisons-à-Unterach sur l’Attersee » de 1916– soient acquis par des collections publiques, sans toutefois citer de pays. Le directeur du Belvédère, Gerbert Frodl, a déjà indiqué « étudier la possibilité d’acquérir l’une ou l’autre » des cinq oeuvres qu’il a qualifiées de « chefs-d’oeuvre absolus ». Le directeur du Kunsthistorisches Museum, Wilfried Seipel, a quant à lui appelé à l’aide des mécènes pour que l’Autriche ne perde pas « ses oeuvres les plus importantes ». Les cinq tableaux, ainsi qu’un portrait d' »Amalie Zuckerkandl », une sixième oeuvre disjointe de la procédure, appartenaient à un oncle de la plaignante, Ferdinand Bloch-Bauer, un industriel juif dont les biens avaient été saisis par les nazis après l’Anschluss de 1938, et décédé en 1946. Vienne a soutenu que ces peintures étaient devenues propriété de l’Etat en vertu du testament d’Adèle Bloch-Bauer dans lequel elle demandait à son mari Ferdinand de les offrir à la Galerie du Belvédère après sa mort, survenue en 1925. Mais l’avocat de Mme Altmann, Me Randol Schoenberg, a fait valoir que ces tableaux n’avaient jamais été la propriété d’Adèle et qu’ils avaient toujours appartenu à son mari. Dans son propre testament, celui-ci les avait d’ailleurs légués à sa famille, a toujours argué l’avocat.En mai, les deux parties s’étaient entendues pour clore une procédure judiciaire engagée aux Etats-Unis et s’en remettre à la décision d’un tribunal arbitral de trois sages en Autriche.
