Quelques jours après l’ouverture de la saison estivale – Azeffoun entre farniente et chantiers

La première chose qui attire l’attention du visiteur dès son entrés à Azeffoun c’est assurément la prolifération des chantiers de construction. la ville est « envahie » de poids lourds chargés de matériaux de constructionet de bétonnières mobiles.

Cela peut rassurer pour l’avenir de la cité mais pose néanmoins de sérieux problèmes à la circulation automobile de par les bouchons que tout ce branlebas occasionne tant aux citoyens habitant l’antique Ruzazus qu’aux estivants venant de toutes les contrées du pays. Toutefois, les habitants de cette belle ville côtière sont fiers d’avoir donné à l’Algérie plus d’une centaine d’artistes (tous arts confondus) dont on peut citer Hadj Al Anka, Hadj Mrizek, Iguerbouchen, Issiakhem, Tahar Djaout, Fellag, Hnifa, Mekraza, Bachir Hadj Ali et tant d’autres, et aussi des vestiges d’une grande portée historique. Ancien comptoir phénicien avant de devenir un important centre pour les Romains qui lui donnèrent le nom de Ruzazus qui signifie cap escarpé. Elle fut fondée sous le règne de l’empereur Auguste. C’est sur ce site que les autochtones érigèrent le village d’Azeffoun après le départ des Romains. Des vestiges de l’ancienne Ruzazus deumeurent des termes, des citernes, une nécropole, une ancienne huilerie,… qui sont encore visibles dans ce village, devenu après l’occupation français une ville, qui mérite aussi qu’on s’y attarde pour s’imprégner des traditions que les villageois ont jalousement préservées. Mais ce qui ne manquera pas d’éveiller la curiosité et la fascination des visiteurs -étant uniques au monde (il en existe de similaires uniquement à Béjaïa et en Espagne)-, ce sont les allées couvertes d’Ath Rhouna qui sont en fait des tombes constituées d’un couloir dallé et surmonté à l’entrée d’un dolmen.

Achouba, le village martyr

Nonobstant ces vestiges qui témoignent de l’ancrage patrimonial lointain d’Azeffoun, il n’en demeure pas moins que cette cité balnéaire a aussi d’autres combats héroïques, d’autres sacrifices à faire prévaloir, notamment le village martyr d’Achouba, qui a commémoré jeudi dernier l’anniversaire du 11 juin 1958. «Ce jour, seize 16 avions bombardiers B 26 prirent ce village pour cible pour y déverser des bombes de 10 tonnes contre une population sans défense, raconte un témoin. Auparavant, un avion est passé au-dessus du village, jetant des tracts, sommant les villageois à évacuer leurs demeures dans un quart d’heure. Les tracts n’étaient par arrivés au sol que le pilonnage commença, nous déplorâmes 13 morts, en majorité des femmes et des enfants». Une stèle fut inaugurée le 13 juin dernier par le comité du village, les anciens moudjahidine et l’ONM, pour rappeler les sacrifices de la population d’Achouba et le crime contre l’humanité perpétré en ce jour par l’armée coloniale contre ce village. Après ce massacre, Achouba a été déclarée «zone interdite» par l’autorité coloniale

Le vide culturel est à couper au couteau

Dans cette cité balnéaire qui a vu naître les Hilmi, point de cinéma ni de théâtre dans la ville de Mohamed Fellag, seule une salle des fêtes fonctionne, bon-an mal-an, en y recevant sporadiquement des activités politiques, des récitals ou des conférences. Certes la saison estivale offre aux jeunes de quoi se sustenter, culturellement parlant, mais, une fois les vacances passées, circulez, il n’y a rien à voir ! Et pourtant Azzefoun ne manque pas d’hommes et de femmes de culture de haut vol. Nous avons cité plus haut quelques noms. Cheikh Mohand Ouamar, de son vrai nom Sadou Mohamed (1889-1974), un érudit et un imam éclairé compagnon de Ibn Badis, habite encore la mémoire des habitants de la commune. On raconte, de lui, bien des anecdotes où souvent l’histoire se mêle à la légende à propos de ses prêches et ses sermons. Il est originaire du village Chorfa Iguer Thala, dans la commune d’Azzefoun. Son parcours s’est particulièrement mêlé à la conjoncture nationale coïncidant avec quelques mutations politiques et sociales du début du siècle. Indéniablement, le Cheikh ne pouvait rester en marge ; bien au contraire, il s’implique au fil des années de lutte. Son éveil politique, il le doit à son voyage à Alger. Parti dans le but d’approfondir ses connaissances, rapidement, il s’engage au PPA et devient un de ses dirigeants en Kabylie. Il adhère ensuite au MTLD, mais sa vocation première et sa voie, il les trouvera après la création de l’Association des Ulémas musulmans algériens où il jouera un rôle prépondérant dans la propagation de la Tarîqa Rahmania.

Le Ramadhan et la mer

Le mois sacré ne rime pas avec le farniente et le bronzage. Donc, durant tout ce mois, l’appel de la Grande bleue est dédaigné par les vacanciers, mais, en général, ils l’acceptent pour certains de gaieté de cœur et pour d’autres ils osent quand-même quelques plongeons pour se rafraichir. Mais ceux qui en souffrent, un tant soit peu, ce sont les hôteliers, restaurateurs et autres qui accusent un manque à gagner important pendant la durée de ce mois. Enfin, les veillées «ramadhanesques» sauvent tout de même les meubles en offrant aux estivants des galas artistiques nocturnes pour leur faire passer du bon temps. Cela étant dit, les estivants ont à leur disposition des plages de galets et de sable fin au nombre de 4, étalées sur à peu près 28 kms, entre autres «Le Caroubier», «La plage du centre», «Sidi Khlifa» et la plus prisée des vacanciers c’est indéniablement la plage dite «Le petit paradis». En capacité d’accueils, 5 hôtels en plus des propriétaires d’appartements et villas qui les louent durant la saison aux particuliers à des prix variant de 40 000 à 100 000 DA le mois. Toutefois, on s’attend pour cette saison à doubler le nombre d’estivants par rapport à l’année dernière, où il approchait les six millions de vacanciers.

S. A. H.