Il est vrai que pendant le Ramadhan, les mois d’été sont les plus durs pour les musulmans mais cela ne veut pas dire que le monde doit s’arrêter de tourner. Tout continue à fonctionner le plus normalement du monde mais, bien entendu, avec un petit ralenti au compteur, comme c’est le cas cette année du fait que le Ramadhan est encore tombé en plein été. Les journées longues et les chaleurs, parfois écrasantes, compliquent le jeûne de ceux, nombreux, à s’accrocher à leur foi pour résister à toute tentation. Ce n’est nullement une sinécure que de jeûner en période estivale surtout pour ceux qui ont des activités pénibles. Le travail sur chantiers ou le transport de marchandises sur de longues distances font parties des activités pénibles connues dans la région de Béjaïa. Les camionneurs, en file indienne aux portes du port dans l’attente d’un chargement des divers produits importés, passent souvent la nuit à la belle étoile pour charger en premiers et rentrer chez soi au plus vite. Le Ramadhan en dehors de sa maison ressemble à une journée d’emprisonnement pour certains. «Je démarre de M’sila très tôt le matin pour faire la chaîne et charger au plus vite afin de rompre le jeûne chez moi. C’est un challenge pour moi. Mais il m’arrive souvent de rompre le jeûne dans un restaurant», dira Aïssa, un ancien routier, habitué à faire les longs trajets, que ce soit au mois de Ramadhan ou en dehors de celui-ci. Notre interlocuteur avouera qu’effectivement durant le mois de carême, rares sont les chauffeurs qui veulent faire les longs voyages. Il en est de même pour les chauffeurs de la région de Béjaïa qui sont obligés d’assurer le transport en dehors de la wilaya. Ils font face au même calvaire. Smaïl dira que pour lui, c’est moins compliqué même si c’est aussi éreintant. Il rompt le jeûne chez lui, dans la station balnéaire d’Aokas, avant de prendre la direction du port pour faire la chaîne. «Il m’arrive de faire la chaîne durant deux à trois heures avant de charger et de prendre une destination, jusque-là inconnue pour moi. Oui, enchaînera-t-il, «je charge du soja ou du maïs et on m’affecte à Biskra ou Sétif, cela dépend du programme. Pour travailler, il faut bien accepter d’assurer le transport de la marchandise jusqu’à destination, même si elle est trop éloignée». Les camionneurs qui évitent les grandes destinations, font du débardage à partir des bateaux pour transporter, en plusieurs rotations, la marchandise jusqu’aux dépôts situés à l’intérieur de la wilaya. Une autre frange de la population active souffre également, beaucoup, durant le mois de Ramadhan. Il s’agit des manœuvres, ferrailleurs et maçons sur chantiers. Dégoulinant de sueur, leurs corps sont mouillés durant toute la journée. Fort heureusement pour eux que les horaires de travail sont souvent aménagés d’une manière à éviter la grande chaleur. «Durant le mois sacré de Ramadhan, nous essayons de liquider les travaux de carrelage ou de crépissage à l’intérieur des appartements pour éviter de trop souffrir de la chaleur», dira Kamel, maçon dans un chantier du chef-lieu de wilaya. Il avouera qu’heureusement que «la journée au chantier commence vers 7 heures pour s’achever aux environs de 14 heures sinon il serait très difficile de s’acquitter comme il se doit de sa tâche». Loucif, un petit artisan travaillant à son compte, s’est établi un programme de travail différent. Ayant un projet de crépissage d’une villa d’un privé il dira commencer le travail vers midi pour s’arrêter une demi-heure avant le f’tor. «Malgré la chaleur, je préfère entamer mon travail à la mi-journée et ne m’arrêter que pour aller prendre une douche et rompre le jeûne», argumentera-t-il. Toutefois, en travaillant durement, ils avouent, tous, que ce n’est pas facile de jeûner surtout en ces longues journées de la saison estivale. «Parfois, j’ai un peu mal au crâne ou la bouche pâteuse, mais la soif, la faim, c’est dans la tête. Je n’ai pas besoin de me distraire pour penser à autre chose. Je sais que je peux dépasser ces sensations. Je me rafraîchis en me passant de l’eau sur les bras et sur la tête», soulignera notre interlocuteur. Il faut savoir que le mois de Ramadhan est caractérisé par un certain nombre de changement physiologique, comme l’alimentation, l’hydratation et le soleil. Tous ces éléments ont leur importance dans le travail manuel pénible durant ce mois.
A. Gana
