Draâ-El-Mizan : Affichage des résultats du baccalauréat – Quand internet efface les scènes de liesse

Depuis que les résultats du baccalauréat sont directement communiqués aux candidats via internet, un grand moment de vie des lycées a disparu.

En effet, il y a à peine quelques petites années, à Draâ-El-Mizan ou partout ailleurs, à travers le pays, les candidats, aussi bien leurs parents et amis attendaient impatiemment l’affichage des listes des lauréats que le proviseur du lycée allait chercher à la direction de l’éducation.

«En effet, depuis toujours, l’attente des résultats étaient des moments palpitants et exaltants aux alentours des établissements scolaires où se retrouvaient, après plusieurs jours de séparation, tous les élèves de terminales et même ceux des autres classes, ainsi qu’à l’intérieur de l’administration, les enseignants étaient présents pour s’enquérir des résultats et discuter entre collègues, tout en attendant le fruit de leurs efforts.

Tout le monde attendait donc, le retour du proviseur du lycée qui devenait, pour ainsi dire, le messie tout en s’échangeant de leurs nouvelles ou en faisant des pronostics, mais toujours est-il, que le climat régnant demeurait très conviviale», déclare un PES d’arabe à la retraite, tout en ajoutant, qu’il garde jusqu’à ce jour des souvenirs immémoriaux de ces moments, alors que les nouveaux enseignants n’auront, malheureusement pas la chance d’en goûter comme leurs prédécesseurs.

Ainsi, avec l’ère de l’internet, tout devient individuel, chaque candidat tente de connaître, dans sa solitude son unique résultat. Alors qu’auparavant, son explosion de joie s’exprimait dans une grande liesse partagée.

«Tout change avec le progrès technologique, on devient de plus en plus individualistes, pour arriver à ne plus partager les moments de joie», confie à son tour, un autre enseignant du secondaire, rencontré près du lycée «Saïd Hamdani» d’où il venait de sortir, il ne lui reste plus que deux ans pour partir à la retraite, regrettant les moments d’antan de l’affichage des résultats du baccalauréat.

«Depuis que les résultats sont fournis par internet, la joie de la réussite, à ce moment précis où elle s’affiche à l’écran est individuelle. Alors qu’auparavant, dès que le proviseur pénètre à l’intérieur du lycée, tout le monde entoure son véhicule, qu’il a du mal à quitter pour se diriger vers son bureau avec ses proches collaborateurs et faire plusieurs photocopies, qui sont immédiatement affichées sur des tableaux préparés déjà à cet effet. C’est alors le délire entre les cris de joie des lauréats et les crises de larmes des recalés et cela au même endroit», déclare notre interlocuteur.

Au demeurant, dans la soirée du vendredi passé alors que les listes des admis au baccalauréat ont été affichées, depuis quelques heures, à l’intérieur des trois lycées de la ville, les personnes qui ont daigné jeter un regard se comptaient sur les doigts d’une seule main.

«Tous les candidats avaient pris connaissance des résultats hier, jeudi par internet, alors à quoi bon faire le déplacement, jusqu’au lycée surtout avec cette canicule», nous apprend un jeune lycéen qui est admis en terminale, rencontré devant le lycée «Ali Mellah», tandis qu’au lycée «Mohamed Oudni dit Si Moh Ennachid», il n’y a pas eu, pratiquement aucun visiteur, d’autant plus qu’il est situé en dehors de la ville.

Au demeurant, dans la soirée du vendredi passé à une table, au café «Tahraoui», un groupe d’amis, d’anciens cadres universitaires, dont la plupart ont des enfants admis à leur tour au baccalauréat, n’ont pas manqué de nous raconter et se remémorer, chacun à son tour, ces moments de joie.

«A la fin des années soixante, on était tous scolarisés à Tizi-Ouzou, qui n’était pas comme maintenant, la porte à côté donc pour les résultats ,pauvres montagnards que nous étions, on avait personne à qui demander, alors on attendait tous les jours leur annonce, qui était proclamée par la radio avec ses trois chaines. Tout le village attendait ces moments et écoutait dans un grand silence, la voix du speaker . Quelle joie! notre nom à la radio sur les ondes, c’était çà aussi les joies d’antan et las seconde. Le lendemain, nous descendons du village pour venir à Draa-El-Mizan, acheter le journal «El Moudjahid» qui était vendu à vingt cinq(25) centimes ou cinq douros, comme on disait», raconte le médecin à la retraite. Quant à Aami Aamar, qui a sacrifié toute sa carrière dans l’enseignement, jusqu’à ne plus en avoir à entendre de tout ce qui y touche de près ou de loin, se souvient également de cet instant où le speaker annonce d’abord le numéro du jury avant d’égrener les noms des lauréats.

«Le jour de la déclaration des résultats à la radio, j’étais chez mon cousin à Alger, qui travaillait comme typographe au journal «El Moudjahid» et tard dans la soirée, je suis passé à l’atelier, et là me remit la feuille du journal où il y avait mon jury . On était samedi soir, le journal devait sortir le lundi, puisque le dimanche était jour de week-end», raconte l’enseignant, en riant.

Essaid Mouas