Vingt-quatre heures à peine après l’annonce de la fin du Ramadhan, la ville de Draâ El-Mizan retrouve son «couvre-feu» disparu durant tout un mois.
En effet, dans la soirée du jour de l’Aïd El fitr, les rues qui étaient animées la veille où la circulation était très dense, les terrasses des cafés pleines à craquer, tout a entièrement disparu, laissant aux ténèbres et autres fantômes s’accaparer des lieux.
La ville a ainsi replongé dans sa léthargie avec une telle rapidité qu’on croirait qu’elle avait retrouvé un être cher disparu pour toujours. «Je n’arrive pas à comprendre ce grand changement intervenu quelques heures à peine de la fin du Ramadhan», nous déclare Aami Slimane, venu à notre rencontre. «Nous avons passé Dieu merci, un paisible mois de Ramadhan, surtout que cette année, nous avions été épargnés par les tensions sur les produits de première nécessité notamment en ce qui concerne le lait.
Aussi, nous n’avions enregistré aucune coupure d’électricité ; pour l’eau, les quelques petits problèmes relevés sur le réseau n’ont pas affecté les ménages. Les fruits et légumes étaient disponibles en grandes quantités et à des prix très appréciables», ajoutera Aami Slimane qui, des yeux, cherchait à retrouver l’animation que connaissait la grande terrasse du café «Markess» où il était très difficile de trouver une table vide, la veille. Le constat est le même à la terrasse du café «Tahraoui», où durant tout le mois sacré se rencontraient des amis qui venaient même des lointains villages de M’Kira, de Frikat ou de Chabet El Ameur. «nous sommes en été et les gens en vacances doivent normalement profiter de leur temps et passer d’agréables moments en soirée, mais comme nous n’avons pas cette culture, nous continuons sur nos habitudes à sombrer dans la morosité alors qu’il est vraiment temps pour les changer», nous déclare Si Larbi, un cadre supérieur d’une grande entreprise étatique qui nous racontera également ses séjours à l’étranger durant la même période (l’été), où les villes et les villages s’animent, jusqu’à tard dans la nuit.
Ayant pris l’habitude de se rendre à la terrasse du café «Tahraoui» pour prendre un jus et un morceau de kalbalouz juste après la prière des Taraouih, Aami Moussa, un retraité de la fonction publique, trouve du mal à rentrer directement chez lui après la prière d’El Ichaa. «En cette fin du Ramadhan, tout le monde aura compris pourquoi le Bon Dieu a préféré ce mois aux autres mois de l’année. Ils l’auront compris quand ils s’apercevront de l’absence de l’ambiance conviviale qui y régnait et les moments de joie partagés autour du ftour, du shor ou en accomplissant les prières dans les mosquées…», nous dira, avec beaucoup de nostalgie, notre interlocuteur. Par ailleurs, plusieurs citoyens rencontrés n’ont pas hésité à nous parler des élans de solidarité enregistrés durant tout le mois sacré. Ils évoqueront aussi la campagne de circoncision menée à l’EPH «Krim Belkacem», laquelle avait touché près de quatre cents enfants.
Essaid Mouas

