Le rituel millénaire du pèlerinage au sommet de yemma Khedidja est de nouveau remis au goût du jour, par des jeunes de la région qui partent à l’assaut de Tamgout. Une ascension de 2 308 mètres, le deuxième plus haut sommet d’Algérie, après le Hoggar qui culmine à 2 328 mètres d’altitude.
Ce rituel ancestral consiste à se rendre sur ce sommet, toiture de la kabyle, chaque année à la fin du mois de juillet. Les visiteurs y passent la nuit et ne redescendent que le lendemain. Durant la soirée, il règne une ambiance de fête qui regroupe tous les pèlerins qui viennent des quatre coins de la Kabylie autour d’une waâda faite d’offrandes.
La croyance populaire veut que, chaque visiteur contribue à la préparation d’un repas collectif par des dons de matières alimentaires, et se termine sur un air de fête, grâce aux troupes folkloriques qui les accompagnent mais animé aussi par les implorations de ceux qui veulent s’attirer la baraka de la sainte yemma Khedidja. Cette dernière venue se retrancher en ces lieux pour méditer, selon la légende. Ce sommet étant nu et rocailleux, c’est à partir d’Imghouzen, à quelques 04km plus bas, que les visiteurs s’approvisionnent en bois pour le feu qui sert à la cuisson des aliments et pour le chauffage aussi, sachant que les nuits en ces hauteurs sont particulièrement fraiches, au même titre que les provisions d’eau puisées à la dernière source Taaouint Guemghouzen.
Le premier groupe d’une vingtaine de jeunes de Raffour qui s’est rendu à Tamgout cette année a fait une légère entorse à la traditionnelle date du mercredi, en s’y rendant vendredi passé. Le passage en groupe de ces jeunes à Saharidj, en tenues de sport et sacs à dos a créé l’événement et n’a pas laissé indifférent les jeunes et même les moins jeunes de cette localité qui leur lancent des encouragements sur leur passage et surtout des recommandations pour éviter les pièges de la montagne tel que l’égarement, les violentes et dangereuses tempêtes de grêle fréquentes en cette période ou enfin les avalanches de galets, en les conseillant de rester groupés et surtout ne pas quitter l’unique piste sous forme de sentier de chèvre qui mène au sommet.
D’autres leur recommandent de se munir de torches électriques, de vêtements chauds et de suffisamment d’eau. En effet, dans la nuit du vendredi au samedi, ces touristes ont commencé à envoyer des signaux à l’aide de puissantes torches dès la tombée de la nuit, et ont réalisé un véritable et spectaculaire feu d’artifices qui provoqua un décor féerique irréel sur ce sommet, qui se détache haut dans le ciel d’autant plus que c’était une nuit sans lune qui ressemblait à une citadelle suspendue dans le ciel. Des citoyens ont répondu, un peu partout à travers toute la daïra de M’Chedallah à ces signaux qui ont duré une bonne partie de la nuit.
Le défi de ce courageux groupe jeunes réside dans le fait que des jeunes de Saharidj qui ont tenté l’aventure l’année précédente, à la même période, ont été surpris par un groupe de terroristes à proximité de Tala Rana pour les délester des portables, nourriture et tout objet de valeur qu’ils avaient sur eux, après les avoir soumis à une fouille minutieuse. Ils n’ont été relâchés que plusieurs heures plus tard, après avoir été obligés d’écouter des prêches d’endoctrinement. Les sanguinaires leur ont intimés l’ordre de faire demi-tour et de plus remettre les pieds en ces lieux. Une menace à laquelle ont fait fi ces jeunes d’Iwakuren qui ont décidé de briser la peur et la psychose. Il y a lieu de souligner qu’ils sont revenus le lendemain sains et saufs et qu’ils n’ont pas fait de mauvaises rencontres, affirment-ils.
Oulaid Soualah

