La tendance baissière du baril de pétrole se confirme de jour en jour. Plus d’une année après les premiers coups d’inflexion, l’Algérie aura perdu la moitié de ses recettes extérieures.
Le gouvernement se trouve entre le marteau et l’enclume, dans un véritable dilemme: faut-il affronter frontalement la crise, décider l’austérité budgétaire, réduire les subventions, ou bien peut-on continuer à pratiquer la politique de l’autruche? Dans le maquis de ces lourdes questions, il compte sans doute sur une solution moyenne, un juste milieu, qui puisse faire garder au pays les grands équilibres.
Mais, convenons que toutes les grandes interrogations qui taraudent aujourd’hui le gouvernement et les autorités politiques ont été anticipées par des compétences algériennes, non pas dans un cadre théorique ou académique, mais à l’occasion du lancement des plans quinquennaux et des insuffisances stratégiques et managériales qu’ils comportent.
C’est que le temps de l' »embellie » financière ne permet pas peut-être de saisir froidement les choses. On a été grisé par la fausse prospérité qui a fait multiplier les joujoux (du genre voitures, téléphones portables,…) au détriment d’une politique de développement industriel, agricole, touristique, agroalimentaire durable.
Même si elle est évoquée de temps en temps, elle est plutôt dans les limbes. Les pouvoirs publics peinent à tracer une feuille de route pour asseoir la rigueur budgétaire sans affecter négativement les prestations de services publics (école, santé logement,…), réajuster les subventions aux produits stratégiques sans léser les ménages modestes ou nécessiteux, insérer les universitaires pré-emploi sans mener la fonction publique vers l’impasse, régulariser le commerce informel sans tomber dans l’amnistie fiscale ou le blanchiment de l’argent sale. Dure épreuve, s’il en est.
Pour faire face à la nouvelle situation économique et s’adapter aux nouveaux enjeux politiques – intérieurs et extérieur- les autorités politiques du pays ont procédé à quelques changements institutionnels, comprenant les organigrammes et les personnels. Ainsi, plus d’une trentaine de wilayas ont changé de wali. Un nouveau remaniement gouvernemental a été effectué et d’autres changements ont touché le secteur économique et l’administration militaire.
La rentrée sociale de septembre 2015 ne s’annonce pas de tout repos pour le gouvernement, les différents démembrements de l’Etat, les services publics et les collectivités locales. Immanquablement, le paysage économique national est appelé à évoluer sur le plan institutionnel- volet de l’administration économique-, sur le plan du climat des investissements et en matière de recherche de nouvelles opportunités pour assurer une meilleure diversification des activités.
Cette évolution se fait, il est vrai, sous la contrainte de la conjoncture mondiale des marchés pétroliers, marquée par une nette dépression des cours du baril depuis plus d’une année. Les nouvelles reconfigurations, initiées ou à venir, de l’économie nationale- politique d’investissement, nouveau schéma d’organisation des entreprises publiques économiques, perspectives de partenariat- ont certes été entrevues, suggérées, voire même débattues de façon informelle par les médias et des acteurs économiques, sans que le débat ou les propositions aient eu une quelconque chance d’être entendus.
On évoluait dans une ambiance de quasi insouciance financière qui a abouti même à une forme d’arrogance de certains hauts responsables, assurés d’ « abattre » leurs contradicteurs à coups de budgets sonnants et trébuchants. Cette sorte de conduite, imbu d’esprit d’ « impunité » commence, peu à peu, à céder la place à un regard plus pragmatique induit par les incertitudes imposées par la crise financière.
Mais que gagne le gouvernement à laisser courir la rumeur au lieu de faire une offensive dans la communication institutionnelle, tendant à expliciter l’information sur les projets d’équipements publics qui seront touchés par le gel, les conclusions de la commission chargée d’étudier le nouveau mode d’octroi de subventions, les nouvelles modalités de recrutement et de retraite dans la fonction publique,…? Le retard, le « flou artistique » ou l’opacité dans la communication sont des éléments contreproductifs qui risquent de se retourner contre leurs auteurs. Au contraire, une bonne politique de communication lève le voile sur les ambigüités et donne plus de crédibilité à l’action du gouvernement, chose particulièrement précieuse en ces moments de grandes incertitudes.
Amar Naït Messaoud