L'équipe de randonneurs conduite depuis plus de quatre mois déjà par Abdelkader Hamzaoui, un écologiste avéré de la région d'Ath Mendès, sur les hauteurs de Boghni, ne cesse de multiplier ses sorties jusqu'au Lac Goulmine ou Tamda Ouguelmine, situé à 1 840 mètres d'altitude dans le massif montagneux du Djurdjura.
On dit que c’est le plus haut lac d’Afrique depuis le mois d’avril dernier. Après pas moins de cinq randonnées dont la dernière a eu lieu le quinze août dernier en hommage à Karim Dahmani, un randonneur atterré par un arrêt cardiaque au début du mois de Ramadhan dernier, Abdelkader Hamzaoui et ses camarades sont passés à une autre étape. Bravant toute forme de peur, en dépit de ce qui s’était passé en septembre dernier quand le groupe terroriste se réclamant de » Djounoud El Khalifa » avait décapité le français Hervé Gourdel, lui aussi amoureux de la nature kabyle et de randonnées, ils ont passé une nuit au bord du lac comme au bon vieux temps lorsque des dizaines de campeurs s’y rencontraient presque tout l’été. » Ce premier essai est une manière de tester l’environnement. Vraiment, cela a été formidable. Une nuit à la belle étoile à 1 745 mètres dans un décor paradisiaque déchiré par les cris des oiseaux de nuit et des singes, ne peut avoir lieu qu’à Tamda Ouguelmine. Il n’y a pas de plus merveilleux que cela « , nous répondra Abdelkader Hamzaoui, le chef de file des randonneurs que nous avions joint au téléphone alors qu’il pliait son sac de couchage pour descendre de la montagne. A une question sur l’idée de tenir ce campement dans ce milieu non encore sécurisé le Nicolas Hulot d’Ath Mendès, comme il est surnommé dans la région, nous dira c’était d’abord une façon de tester cet environnement, et ensuite pour appeler d’autres touristes comme Hervé Gourdel à s’y rendre et permettre ainsi à Tamda Ouguelmine de retrouver les siens. » Nous sommes arrivés à dix-sept heures après plus de huit heures de marche car, cette fois-ci, nous avons changé d’itinéraire. Nous avons préféré passer par les plateaux de Haizer, du côté de Bouira. Ce sont des chemins abrupts. Il fallait beaucoup de prudence pour éviter toute chute fatale. Quand nous avons pointé du nez, il commençait déjà à faire froid. Tout de même, nous avons humé d’abord cet air pur, avant de préparer comme à l’accoutumée notre thé et dresser notre campement. Dès que la nuit commençait à tomber, des pasteurs nous ont rejoints. Ils étaient vraiment très contents de se retrouver parmi nous. Ils nous diront même que nous avons brisé le silence lugubre d’Adrar, allusion faite à la montagne où ils paissent leurs bêtes d’avril jusqu’à octobre. Nous étions cinq randonneurs et nous espérons que, la prochaine fois, d’autres vont nous rejoindre. D’ailleurs, je saisis cette occasion pour lancer un appel à tous ceux qui souhaiteront faire équipe avec nous de me contacter à ce numéro de téléphone 0555 18 93 95. J’espère que, l’année prochaine, Tamda Ouguelmine retrouvera son ambiance d’antan », souhaitera Abdelkader Hamzaoui. Et de nous donner un petit aperçu sur cette nuit: » eh bien, ceux qui n’ont pas de sacs de couchage ont vraiment passé une nuit glaciale bien que le feu ait été allumé toute la nuit. Il fallait plusieurs couvertures. Même la nourriture nous a manqué car toutes les denrées que nous avions avec nous, nous les avions consommées. Vous savez, après un périple de plusieurs heures et autant de kilomètres à pied, vous pouvez même manger des pierres », ironisera-t-il. Tout d’un coup, il nous racontera l’histoire de ce serpent qui allait dévorer une grenouille, qu’il sauvera des mains d’un berger qui allait la tuer. Nos cinq randonneurs étaient tous unanimes à promettre de refaire cette expérience une autre fois, avant l’arrivée de l’hiver. » La prochaine fois, nous nous organiserons mieux. Nous y passerons au moins une semaine. Avant l’avènement du terrorisme, c’était l’endroit préféré des Algérois. Ils y passaient tout l’été. Pendant la journée, ils s’adonnaient à des ascensions et à des randonnées dans tout le massif du Djurdjura et ils y organisaient même des tournois de football. C’était une autre époque. Mais j’espère que notre premier essai sera un déclic pour s’approprier ce magnifique site que dame nature nous offre gracieusement. À tous les amoureux de la montagne, je demanderai de braver comme nous la peur car cette dernière doit changer de camp grâce à la mobilisation de tous. Et aux pouvoirs publics, je demanderai de valoriser ce site en aménageant des accès tout et en faisant en sorte à ce qu’il devienne une destination touristique des plus prisées, car cette contrée d’Algérie, l’une des plus belles de tout le pays, est laissée en jachère. A bon entendeur, salut ! », conclura Abdelkader Hamzaoui sans se lasser d’organiser ses randonnées.
Amar Ouramdane

