Le danger persiste

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Le taux d’analphabétisme recule à vue d’œil pour atteindre, en 2014, 14% d’analphabètes dans tout le pays. Force est de constater, tout de même, que cela fait beaucoup, en dépit des efforts, à l’évidence, colossaux fournis par les pouvoirs publics afin d’éradiquer ce phénomène. Ces résultats positifs ne sont pas le fait du hasard.

Sans les efforts déployés par l’Etat en matière de scolarisation et d’alphabétisation des adultes, il n’aurait pas été possible de maintenir un rythme régulier de régression du taux d’analphabétisme et surtout, d’enregistrer des avancées significatives en matière de lutte contre l’analphabétisme des femmes. Selon le premier recensement général de la population et de l’habitat de 1966, le taux d’analphabétisme était estimé à 74.6% : 62.3% pour les hommes contre 85.5% pour les femmes. Ce taux a régressé selon le dernier RGPH de 2008, à 22.1% : 15.5% pour les hommes et 28.9% pour les femmes, ce qui montre que la tendance à la régression de ce taux, au cours des périodes séparant les différents recensements, était constante. En comparant les chiffres de ces différents recensements, on relève qu’entre le RGPH de 1966 et celui de 1977, le taux d’analphabétisme a régressé de 13.10% et de 17.90% entre 1977 et 1987 et de 11.70% entre 1987 et 1998. Si ces résultats, aussi significatifs que soient-ils, ne permettent pas d’atteindre l’objectif de l’éradication de l’analphabétisme au cours de la présente décennie obligeant l’Etat à repousser la réalisation de cet objectif aux trois prochaines décennies, il n’en demeure pas moins que les chiffres cités plus haut sur la régression du taux d’analphabétisme ne laissent aucun doute sur la réussite de l’expérience algérienne en la matière. Pour mener à terme cette expérience, il serait difficile de faire l’économie de l’évaluation des résultats réalisés pour valoriser les points forts et remédier aux insuffisances. Bien que la constitution algérienne oblige la scolarisation des enfants dès l’âge de 6 ans jusqu’à 15 ans. Selon le rapport établi par l’UNICEF sur la situation des enfants en 2013, il est fait mention de l’Algérie en ces termes «Depuis l’indépendance en 1962, l’Etat algérien a donné une priorité au secteur de l’éducation et de la formation afin d’assurer la réussite des plans de développement économique et social. La Constitution Algérienne (article 53) garantit le droit à l’enseignement à tous, stipulant que, l’enseignement est gratuit, et que l’enseignement fondamental est obligatoire. Dans ce domaine, l’Algérie a lancé en 2003, la mise en œuvre de la réforme du système éducatif avec, pour objectif, d’améliorer la qualité de l’éducation à tous les niveaux, d’augmenter l’accès à la scolarisation et d’améliorer le taux d’achèvement des études primaires, moyennes et secondaires. Le taux net de scolarisation à l’éducation primaire est de 98% pour les garçons et de 97% pour les filles. Des progrès restent à accomplir au niveau du moyen et du secondaire, puisque le taux net de scolarisation n’est que de 57 % pour les garçons et 65 % pour les filles. Concernant l’éducation de la petite enfance, le taux de participation au préparatoire est de 74 % pour les garçons et 75 % pour les filles. (Depuis l’indépendance en 1962, l’Etat algérien a donné une priorité au secteur de l’éducation et de la formation, afin d’assurer la réussite des plans de développement économique et social.

Qui ne va pas à l’école ?

Il n’en demeure pas moins, au-delà des principes garantis par la législation algérienne, il existe une frange importante d’enfants algériens ou résidants qui n’ont jamais connu l’école pour plusieurs raisons, soit à cause de la démission des parents ou pour leur ignorance des lois en vigueur. Néanmoins et malgré ces importants acquis cités plus haut, des défis restent à relever, notamment ceux liés à la violence en milieu scolaire ou encore à la déperdition scolaire. Cette dernière est devenue inquiétante à la lumière d’une tendance, en apparence croissante, liée à l’abandon de l’école par les enfants avant d’atteindre l’âge de 16 ans et plus particulièrement les garçons. C’est dans cette optique que, l’Algérie a pris part à l’initiative régionale développée par l’UNICEF afin d’identifier les profils des enfants déscolarisés en Algérie. S’appuyant sur une approche systémique et exhaustive, le rapport sur la non-scolarisation des enfants en Algérie établi par l’Unicef et le ministère de l’Éducation en Octobre 2014, fournit des estimations de l’ampleur du phénomène de déperdition scolaire, tout en identifiant les obstacles et goulots d’étranglement à la scolarisation. Il va sans dire que, la déscolarisation pose de sérieux problèmes à la population juvénile. D’abord, l’apparition du travail au noir des enfants, ensuite la délinquance qui va avec. Selon une étude sur le disfonctionnement familial et la violence scolaire faite par les Dr Boukerma et Aghlal Fatma Zohra de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou: «La genèse de la délinquance est un phénomène complexe qui se joue localement entre plusieurs acteurs. De nos jours, chacun perçoit la délinquance selon son propre système de valeurs et en fonction de sa réaction face à l’événement. Certains y voient une révolte contre l’ordre social établi, d’autres y voient l’expression actuelle des conflits de génération ou encore une crise de civilisation et de liberté. Sans, toutefois, oublier les dangers de la vie moderne. Selon Guillet (2011), le terme de délinquance désigne un ensemble d’infractions aux règles érigées par la société. Ces infractions relèvent du code pénal. On parle de délinquance juvénile pour les mineurs, de petite et moyenne délinquance (vol simple, dégradation, violence légère…) ou de grande délinquance (vol avec arme, viol, crime…). Pour le petit Larousse (2006), «c’est un ensemble des infractions commises, considérées sur le plan social». Mucchielli (2001) fait remarquer que, le niveau de la délinquance juvénile est un indicateur de l’état d’une société à un moment donné. En Algérie, comme dans bien d’autres pays à travers le monde, Le phénomène de délinquance des adolescents est devenu un problème considérable. Pour les socio-criminologues Algériens, c’est à partir des années 2000 qu’a commencé la prolifération inquiétante de ce phénomène. Le vol se place en tête des infractions commises par des jeunes délinquants en 2010, avec 3 773 mineurs impliqués, dont 72 filles. Les coups et blessures volontaires avec 2 153 mineurs impliqués, dont 103 filles, suivis de la dégradation de biens avec 382 mineurs impliqués, dont 30 filles. 413 mineurs, dont 16 filles, ont été impliqués dans des atteintes à la famille et aux bonnes mœurs. L’usage de stupéfiants et de psychotropes concerne 233 mineurs et 248 autres sont impliqués dans des associations de malfaiteurs. 78 cas de mineurs coupables de violences sur ascendants, 19 impliqués dans des homicides volontaires et 14 mineurs impliqués dans des tentatives d’homicides volontaires. L’âge des enfants et adolescents mêlés à toutes ces infractions varient de moins de 10 ans à 18 ans : 5 541 sont âgés entre 16 et 18 ans et 129 ont moins de 10 ans. (Samy Cherroud, 2010). Ces chiffres effarants posent un problème et des items qui ne pourraient trouver de solution sans une prise en charge drastique de la scolarité de l’enfant et par l’application de la loi dans toute sa rigueur à l’encontre des parents démissionnaires et/ou défaillants. Ils ne sont pas moins d’un million d’enfants et de jeunes algériens à n’avoir pas connu l’école selon l’Unicef et au vu de l’étude suscitée, ce sont là des chiffres qui donnent froid dans le dos et qui attendent urgemment des solutions.

Sadek A.H

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