L’histoire du 1er attentat contre un poste militaire avancé

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Un des événements de la guerre d’Algérie dans la région de la Soummam, plus particulièrement du Douar Azrou N’Bechar, est relatif à l’attentat perpétré par un groupe de maquisards contre le poste avancé militaire de la ferme Pianelli, connue sous le nom de Difour, dans la localité de Merdj Ouamane dans la commune d’Amizour. L’attentat ayant eu lieu le dernier jour de l’année 1955 contre le 51ème Bataillon des tirailleurs Algériens BTA, s’est soldé par la récupération d’un butin de guerre, dont 1 pistolet mitrailleur, un fusil MAS 49, 1 fusil 07-15, 12 grenades, 8 chargeurs et une importante quantité de munitions, mais surtout de la désertion de 5 appelés algériens pour rejoindre les Maquis. Cet attentat a été mené par des valeureux chefs de la révolution de cette zone 2 de la wilaya 3 historique, comme Arezki Laures, Madani Oubaadache, Hamou Mlikech avec surtout la contribution courageuse de Bezghiche Houcine, forgeron au niveau de cette ferme des Pianelli et enfant du petit village martyr Ibezghichen. L’événement relève d’une importance capitale parmi les péripéties de la guerre dans ces Douars d’une Kabylie mise à feu et à sang, et le Douar Azrou N’Bechar était déclaré zone interdite par l’armée Française, à cause des nombreuses batailles ayant effrayé les forces coloniales. Et parce que ce même attentat fut le premier du genre en défrayant la chronique, et en attaquant un poste avancé militaire depuis le déclenchement du 1er novembre 54, et il s’agit surtout de la seule et unique caserne de ce genre sur les 22 existantes en Algérie de l’époque coloniale. «Dans la nuit du 31 décembre 1955 au 1er janvier 1956, six militaires du groupe du 51° BTA stationnés à la ferme PIANELLI près d’El-kseur (arrondissement de Bougie) y ont introduit une bande de rebelles armés et ont déserté après avoir entraîné leurs camarades et enlevés leur chef de poste grièvement blessé de coups de feu, lequel refusait de se joindre à eux», lit-on sur un document du dépôt central d’archives de la justice militaire française en notifiant la liste des armements emportés par les «déserteurs» et les «rebelles». Ce coup dur, donné à l’armée française une année après le déclenchement de la guerre, n’était pas un plan des professionnels et grands officiers, mais surtout de la bravoure et du courage impitoyable d’un forgeron qui était en étroite liaison avec l’ALN et avec les appelés algériens qui se trouvèrent en service militaire dans ce poste fortement surveillé. Le héro artisan s’appelait Hocine Bezghiche du village Ibezghichen, aujourd’hui petite bourgade de la localité de Merdj Ouamane (Amizour), il a rejoint les Maquis de l’ALN juste après l’attentat avec les déserteurs, dont Bouraoui Amar, Berrardja Aissa dit Aissa Aarab- les deux sont de Jijel- et un certain Remouch. Ce groupe de choc avait participé à la valeureuse bataille d’Amassine entre Feraoun, Smaoun et Amizour le 20 janvier 1956, qui était dirigée par Si Arezki Laures tombé au champ d’honneur dans cette bataille. Hocine Bezghiche et son fils Mouhoub, qui a rejoint le Maquis deux mois après l’attentat, ont été condamnés par contumace à la peine capitale, mais le cours des événements en voulait qu’ils meurent les armes à la main. Le fils fut tué dans un accrochage à Aït Bouzid en 1959 et le père est tombé à Houch N’Chaabane, versant Est d’Azrou N’Bechar en 1961. 7 autres enfants de cette famille révolutionnaire des Ibzghichene ont donné leur sang lors de cette guerre à cette terre colonisée pour qu’en 1962, le pays retrouve son indépendance. Mais cela n’a pas pansé les plaies de cette chronique des années de braises à une génération qui n’a vécu que l’absence de leurs proches et les traces de tortures morales subies par les femmes. C’est le cas de Mouloud Bezghiche petit fils du héros Hocine, aussi fils de Chahid qui a, depuis des années, mené une autre bataille, celle d’accabler le ministère de la Défense française à lui délivrer les photos et documents des jugements de son grand-père et son oncle Mouhoub. La bataille est, on peut dire, gagnée par Mouloud qui réclama des justifications, une vérité écrite noir sur blanc sur ses parents morts durant la guerre, en adressant une armada de demande administrative à la tutelle des armées françaises. Gain de cause et preuve à l’appui, Mouloud a pu arracher un bon nombre de documents, dont les jugements par contumace et les PV faisant foi de l’attaque contre le BTA de Difour que le petit fils avait mis à la disposition de certains écrivains sur la guerre de la révolution. Mouloud n’a pas cessé d’harceler les services de la défense française pour lui fournir des pièces administratives de cette période de guerre et ce, depuis 1998 jusqu’à ce que ces mêmes services l’aient supplié de mettre fin, car ils disent qu’ils ont mis à sa disposition tous les papiers, sauf des photos qu’ils ne trouvaient pas. Mouloud dira qu’il cherche à récolter tout ce qui peut justifier les atrocités de cette guerre dans la région d’Azrou N’Bechar qui peut être un extrait d’un pays colonisé et d’un peuple damné. L’archivage est une autre manière de gagner la guerre qui a cessé il y a 53 ans aujourd’hui, pour que nul n’oublie et pour que les générations futures connaissent la vraie l’histoire.

Nadir Touati

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