Saharidj 58ème anniversaire de l’évacuation du village Tadert Lejdid – L’âarch Iwakouren n’a pas oublié

Le village Tadert Lejdid de l’âarch Iwakuren a renoué, mercredi dernier, avec les traditionnelles animations des grands jours.

En effet, le comité des sages de ce village, en collaboration avec le mouvement associatif, notamment l’association Tidukla, et de nombreux bénévoles, a organisé une cérémonie commémorative du 58ème anniversaire de la destruction de leur village et l’évacuation des habitants, laquelle s’est faite le 04 novembre 1957. Aussi, les villageois qui résident à Raffour, dans la commune de M’Chedallah, se sont déplacés en masse vers leur ancien village pour participer à cette activité qui a attiré une foule nombreuse, entre les originaires de l’agglomération et les invités. Une cérémonie qui a consisté en une exposition de photos des martyrs de ce village avec la bibliographie de chacun d’eux, en parallèle à des fragments d’obus de mortier de tous calibres, une aile d’un avion à réaction de la 8ème armée, abattu à proximité du village par les maquisards. La cérémonie a débuté par un dépôt de gerbes de fleurs au carré des martyrs acheminée à partir de l’école primaire à l’entrée du village, qui a abrité ces activités, jusqu’au monument des martyrs situé à l’autre extrémité. Le long cortège s’ébranla à 10h en empruntant la rue principale qui s’avéra très exigüe pour contenir l’impressionnante foule accompagnée par une chorale féminine qui étonna plusieurs chansons patriotiques durant le trajet long de quelque 500m, en puisant dans le répertoire ancien notamment Ekker Amis Umazigh, Min Djibalina, Ma Techefam Ayidurar entre autres. Au carré des martyrs, après une minute de silence et la levée de l’emblème national, plusieurs orateurs parmi les organisateurs et les invités dont des anciens maquisards, se succédèrent au micro pour relater les circonstances qui ont conduit les forces coloniales à détruire ce village par une mise à feu et un intense pilonnage au mortier et armes lourdes. C’est ainsi que nous apprenons que la déportation des villageois a été décidée suite à leur refus de prendre les armes que leur proposaient les militaires français, pour se constituer en groupes d’auto-défense et épauler l’armée coloniale dans sa lutte contre l’armée de libération nationale (ALN). Un refus catégorique et collectif qui leur coûta une évacuation forcée après expiration de l’ultimatum de 24h pour quitter leurs maisons que leur accorda le sinistre lieutenant BLEU, responsable de la SAS d’Aghbalou, qui a supervisé l’opération. Les villageois avaient donc quitté dans la précipitation leurs habitations pour s’éparpiller à travers plusieurs villages de l’ex-commune mixte de Maillot, actuelle daïra de M’Chedallah, en emportant le strict minimum. En réaction à cela, l’ALN et le FLN donnèrent des instructions aux citoyens des villages voisins d’accueillir ces réfugiés qui ont été reçus partout à bras ouverts, selon leur propre témoignage, ce qui dénote de l’esprit de fraternité et de solidarité qui régnaient à cette époque là entre les tribus kabyles. Ce n’est qu’une année plus tard, soit en 1958, que l’administration coloniale a dressé en premier lieu un camp de concentration en toile (tentes) dans l’actuel Raffour, d’où son appellation «les toiles» où elle regroupa les deux villages du âarch Iwakouren, sachant que le village Ighzer a été rasé bien avant, soit le 06 mai 1957, et les villageois ont subi le même sort que ceux de Tadert Lejdid. La deuxième phase de l’aménagement de ce camp de concentration a été la construction en dur (parpaing) de maisons-cellules dans le style ghetto, en faisant recours à une main d’œuvre puisée parmi les prisonniers et par le système de corvée des villageois déportés. Il convient de rappeler que l’âarch Iwakuren, situé en haute montagne dans l’actuelle commune de Saharidj, est composé des deux villages Ighzer et Tadert Lejdid qui comptabilisent pas moins de 114 martyrs. Mais malgré son déracinement, ledit âarch est resté soudé et a su garder son organisation communautaire ancestrale jusqu’au jour d’aujourd’hui, se distinguant surtout par son esprit de solidarité agissante.

Oulaid Soualah