Le village d’Aït Agad, comme tous les villages de la Kabylie, fait face aux différentes péripéties de l’isolement. Il n’est pas raccordé au gaz naturel et souffre du manque de moyens de transport. Ce village relevant de la commune d’Aït Boumehdi, daïra des Ouacifs, se situe à plus d’une quarantaine de Kms au Sud du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou. Culminant à plus de 600m, il est limité au Sud par la chaîne montagneuse du Djurdjura qui donne une vue paradisiaque au visiteur, à l’Ouest par le village d’Ath Argane, au Nord par le village d’Agueni Fourou et à l’Est par les villages d’Aït Boumehdi et de Timgrasse. Peuplé d’un peu plus de 1 000 âmes, le village d’Aït Agad souffre aussi de moult contraintes. Il s’agit entre autres du problème de transport qu’endurent les villageois et ce, depuis plusieurs années. Son éloignement du chef-lieu des Ouacifs -situé à dix kilomètres à l’Ouest de celui-ci – accentue la souffrance des riverains d’autant plus que le nombre de transporteurs particuliers assurant la liaison Ouacifs-Aït Agad est restreint. À cette restriction s’ajoute la périodicité de l’activité de ces derniers, car ils ne travaillent pas d’une manière continuelle et régulière. Un déficit qui pénalise beaucoup plus les fonctionnaires qui travaillent aux chefs-lieux des Ouacifs et de Tizi-Ouzou. Les jeunes aussi souffrent à défaut de loisirs et de moyens de distraction. À cet effet, ces derniers ont toujours revendiqué des autorités locales un stade approprié pour le village, car le petit stade dont dispose actuellement leur bourg ne répond pas aux normes, de même qu’il est situé dans un emplacement qui cause des désagréments pour les riverains. Ajoutant à la problématique du stade, l’absence d’une maison de jeune, un projet pourtant inscrit mais qui tarde à être réalisé. Il s’agit là d’infrastructures vitales pour les jeunes susceptibles de les faire sortir d’une monotonie et de l’oisiveté dans lesquelles ils pataugent. L’hiver est la saison la plus dure pour les citoyens du village d’Aït Agad, ceci du fait de l’éloignement et des perturbations dans l’approvisionnement en gaz butane. Pour la question du raccordement en gaz naturel, le projet a été inscrit depuis six années et les travaux sont toujours en cours de réalisation. Entre temps, les gens du village attendent et prennent leur mal en patience. Les fortes chutes de neige de 2012 avaient isolé le village pendant deux semaines. C’est durant ces périodes des grands froids que les riverains en patinent plus. L’éloignement accentue le problème du transport, les failles dans l’approvisionnement en gaz butane, et les coupures systématiques du courant électrique en hiver en sont le lot quotidien des habitants. D’ailleurs, durant les périodes des grands froids et des fortes chutes de neige, des solidarités s’organisent et tous les habitants se mobilisent afin de désenclaver le village en dégageant la neige de la chaussée pour éviter ainsi l’isolement, en conséquence à cette situation.
Les jeunes livrés à eux mêmes
Au sujet de l’approvisionnement en eau potable et en dépit que durant ces dernières années le problème a été résolu dans une grande proportion, il n’en demeure pas moins que des manque sont enregistrés, surtout en été. «En été le problème de l’approvisionnement en eau potable se pose avec acuité. L’eau est distribuée selon un timing bien déterminé pour chaque quartier afin éviter les pénuries», nous dira un habitant du village. Par ailleurs, malgré ces dures péripéties qu’endurent les citoyens du village d’Aït Agad, ce dernier est doté d’une organisation sociale à la fois fiable et démocratique. Il s’agit d’un comité de village qui se veut comme autorité morale qui gère les affaires de la cité. Cette structure est dotée d’un arsenal de lois établies lors des moult assemblées générales qui s’organisent périodiquement. Tous les habitants du village sont appelés à respecter ces lois, car le respect de ces dernières s’est toujours traduit par une quiétude et une discipline qui n’ont jamais fait défaut dans ce patelin. De même, le comité du village Aït Agad intercède dans les conflits qui surviennent entre les villageois, en trouvant des solutions et en évitant de ce fait le recours à la justice. Aussi, le village organise périodiquement des journées de solidarités pour les personnes ayant un bas revenu, des journées de volontariat pour préserver l’hygiène et l’environnement ainsi que des réceptions pour récompenser les écoliers lauréats des différents examens. Ceci étant, le village en termes d’hygiène est classé parmi les premiers au niveau de toute la Kabylie.
Rachid B.
