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Des falaises menaçantes

Des falaises d’environ 400 mètres de longueur sur 60 mètres de hauteur, façonnées depuis des siècles par les légendaires crues d’Assif N’Sahel et situées à mi-chemin entre Assif Assemadh et le village Irouffa, dans la commune de M'Chedallah, gagnent, pour ainsi dire, du terrain à chaque hiver, à partir du moment où ce haut talus qui tombe à pic dans le lit dudit oued se ramollit dès l’arrivée de la saison humide.

Du coup, des pans entiers commencent à se détacher à la moindre averse. Que penser alors des violentes tempêtes de neige et les impressionnantes crues du fleuve qui creusent à sa base composée de terre meuble ? Des riverains âgés se rappellent que cet effroyable précipice était, dans les années 1960, distant de plus de 70 mètres de la RN98, connue alors sous le nom de la route de Selim, laquelle la longe sur environ 200 mètres que ne séparent à l’heure actuelle qu’une bande de terre de moins de 04 mètres. De plus, sur cette fragile bande commencent à se manifester des fissures peu rassurantes. Les services des travaux publics ont procédé à la pose de quelques longueurs de glissières, loin d’avoir la résistance nécessaire pour retenir un poids lourd ou même léger qui dévalerait le tronçon d’environ 01 km de cette route entre Irouffa et les falaises. Un tronçon en pente accentuée qui frôle les 80° terminé par un virage juste à l’approche du précipice où un jeune motocycliste a trouvé la mort, l’année passée, après avoir raté ce virage. Maintenant que cette route a bénéficié d’un projet de revêtement à l’aide d’un matériau des plus modernes, le bitume bétonné les choses vont changer en ces lieux d’autant plus qu’elle constitue une voie de dégagement et de déviation à chaque fois que le tronçon de la RN5 entre El Adjiba et Ahnif se trouve fermé à la circulation pour une quelconque raison. Aussi, à partir de cette voie, on peut rejoindre Bouira via Haïzer. Au rythme où ces falaises progressent vers l’infrastructure, cette dernière ne tiendrait pas plus de 2 ans avant que ce tronçon ne soit emporté par les éboulements du précipice. Il y a lieu d’agir rapidement pour éviter d’arriver à une situation insoluble en ces lieux, en commençant par le plus urgent en vue de sécuriser les usagers, comme procéder par exemple à la pose de gardes fous en béton armé un ouvrage qui a été testé avec succès sur la RN30 à la sortie Nord de la ville de M’Chedallah, le long du non moins effroyable précipice d’Ighzer Iouvaz. Une consolidation effectuée au grand soulagement de l’ensemble des usagers de cette route, chauffeurs comme passagers. Il est à signaler que l’avancée effrénée de ces falaises a, en plus, englouti des dizaines d’hectares de terrains agricoles qui étaient jadis des vergers florissants. Ces mêmes bordures nord d’Assif N’Sahel se sont transformées, au fil du temps, en divers endroits, en précipices qui s’avancent inexorablement vers des oliveraies, telles celle d’une EAIC mitoyenne du côté sud de Raffour, sur lesquelles elles grignotent, chaque année, des pans entiers. Le passage de chaque crue durant la saison hivernale creuse à la base de ces terrifiantes falaises profondes de 30 mètres. Elles provoquent de spectaculaires éboulements qui déracinent des dizaines d’oliviers que les violentes crues charrient dans leur sillage. Le lit d’Assif N’Sahel, qui s’élargit sans cesse, a atteint, à l’heure actuelle, plus de 300 mètres de largeur, après avoir enseveli des vergers entiers à quelques encablures en amont dans les légendaires jardins de Thaghzouth N’Ath Mansour. Un endroit où les crues de l’hiver passé ont emporté un tronçon de quelque 60 mètres d’une ligne électrique de moyenne tension après avoir renversé un pylône en acier. Des crues qui causent irrémédiablement des dégâts sur les terrains agricoles hautement fertiles. Bien plus grave, les falaises s’avancent vers des ouvrages étatiques d’envergure sectorielle, tels que le réseau de transport du gaz naturel. Pis encore, elles grignotent sur le terrain d’une ligne électrique de haute tension qu’elles finiront, sans aucun doute, par atteindre dans un proche avenir ; cela en plus de constituer un danger mortel pour les dizaines d’enfants de Raffour, qui y viennent jouer au bord de ces vertigineux précipices. La prise en charge urgente de ce cas relaté est une nécessité absolue pour protéger des terres agricoles et sécuriser les citoyens, d’autant plus que ce cours d’eau est un réceptacle géant des eaux usées de l’ensemble des communes des daïras de M’Chedallah et Bechloul qui ne tarissent jamais. Il est à noter que ce cas préoccupant a fait l’objet de plusieurs requêtes verbales et écrites adressées par le mouvement associatif de Raffour, d’Ath Mansour, d’Ath Vouali et de Chorfa à toutes les autorités locales sans que cela ne fasse réagir aucun des nombreux organismes étatiques directement concernés pour endiguer cette catastrophe, qui reste pourtant gérable. D’autres dégâts sont aussi constatés à proximité de l’ancienne décharge publique de M’Chedallah, où les crues hivernales provoquent de spectaculaires érosions au creux d’un virage de la rivière dans L’AEC Barra Achour. Environ cinq hectares composés d’oliveraies sont déjà transformés en lit d’oued où ne restaient que du sable et des galets avec en prime des falaises qui commencent à se former et qui ont déjà atteint quelque 10 mètres de profondeur. Les services hydrauliques ont tenté avec succès quelques ouvrages de correction torrentielles, une technique communément appelée gabionnage, sur plusieurs tronçons des berges de cette rivière. Mais, l’urgence se signale aussi sur ces quelques points noirs évoqués, qui sont les plus dangereux, situés sur un itinéraire d’environ une dizaine de kilomètres entre le chef-lieu d’El Adjiba et à la limite avec la vallée de la Soummam entre Chorfa et Ath Vouali. Un état de faits qui s’explique par la gravitation de cet itinéraire fort accentué ; d’où les violentes crues à l’origine de cette effroyable érosion qui doivent bénéficier sans délais de ce genre d’ouvrage pour stopper l’hémorragie provoquée sur les terrains agricoles, en plus de constituer une menace directe et réelle pour d’autres ouvrages d’utilité publique.

Oulaid Soualah

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