La Dépêche de Kabylie

Bouira Couteaux, menottes, pétards… – Des jouets pour enfants, dites-vous ?

À quoi servent les jouets ? Distraire les enfants, répondait la plupart d’entre nous. Mais un jouet est, en fait, et selon la tranche d’âge à laquelle il est dédié, un véritable enjeu.

L’enfant s’attache, s’identifie à cet outil qui vient égailler son petit monde. Il serait de l’avis de spécialistes en psychologie et en pédagogie de s’étaler sur le sujet. Toutefois, force est de constater que nos magasins offrent une «gamme» de jouets, le moins que l’on puisse dire, bizarre et absurde. Largement disponibles non seulement à la veille des fêtes mais à longueur d’année, ces jouets, essentiellement importés, affichent souvent des prix attractifs. Ainsi, des couteaux, mini-sabres, pistolets, menottes, grenades, masques, lasers, pétards,… se vendent partout à la grande joie de nos innocents bambins. Dans les centres urbains de la ville Bouira et même dans les villages, acheter un jouet est chose aisée. À la veille des fêtes religieuses notamment, les places publiques deviennent des étals pour toute sorte de jouets, importés surtout de Chine. Quelle éducation peut-on prodiguer à un enfant quant on lui achète un des articles de cet arsenal soldatesque ? À chaque âge correspond un jouet, telle est l’expression inscrite sur les jouets importés de l’UE. Il s’agit de jouets à visée éducative, destinés à stimuler la créativité et développer l’intelligence de l’enfant. Ce sont des puzzles et autres et ne présentent aucun danger. Relativement chers, ces jouets portant ce genre de consignes ne se vendent nulle part à Bouira, sauf au seul super marché. «J’ai cinq enfants, si j’achète cinq jouets à raison de 500 DA chacun, cela me revient cher», témoigne un parent qui, malheureusement, préfère acheter ailleurs chez les vendeurs ambulants ou dans les magasins. «Des incidents arrivent notamment lors des occasions, telles que l’Aïd. Plusieurs blessures ont été enregistrées à cause d’un pétard lancé sur le visage, d’un «jouet» tranchant,… Des cas fréquents portant parfois même de sérieux préjudices à la vie des enfants», témoigne Mme L. Noura, infirmière à l’hôpital Med Boudiaf. Nos marchés sont inondés d’articles fabriqués d’abord à base de différentes matières recyclées présentant un danger potentiel et direct sur la santé de nos enfants. Par ailleurs, s’ajoutant déjà à une ambiance sociale peu enviable, ces jouets entretiennent chez l’enfant une culture de violence. Des scènes ressemblant à celles des films, voire pire à celles de groupes terroristes, sont souvent imitées en parfait « tournage » par nos enfants. «Il m’arrive souvent que mes élèves apportent dans leurs sacs à dos des couteaux en plastique. Ils me rétorquent qu’il s’agit de jouets…Difficile même pour un enseignant de convaincre son élève qu’il s’agit bien de toute autre chose que d’un «jouet». «Ça se vend, ça s’achète. Voilà !», témoigne K. Bachir, enseignant au primaire. Il serait un simple raccourci de porter le reproche aux parents, même si en partie, cela est bien vrai. «Quand des chaussures portant parfois des signes graphiques chinois ressemblant au nom du prophète, ce sont les sionistes et autres qu’on pointe du doigt, mais quand des jouets qui cultivent la culture de la violence chez nos mômes sont importés tous azimuts, ni vu ni entendu. Mais en voyant tous ces objets contondants se vendre en toute impunité l’on se demande qui devrait se soucier de nos chérubins ?», conclut notre interlocuteur.

L. M.

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