L’avènement de la bûche et de pétard en simultané a impliqué une ambiance inédite à At Rgad. Jamais de mémoire Taddart n’avait commémoré les deux grandes nativités de l’humanité le même jour et, qui plus est, sur fond d’une ardoise de «taqacuf» et de croisades déclarées dans le Hidjaz et le voisinage. Sur la placette de Taddart, Noël et Mouloud cohabitent dans… l’allégresse. La crèche de la nativité y est carrément implantée. Un vrai faux Père Noël partage les sourires et les photos avec les enfants. À côté des bougies et des confiseries y sont proposées pour le Mouloud. Un peu plus loin, on s’arrache une volaille élevée à la basse-cour pour la préparation de l’incontournable couscous. Cette ambiance bon-enfant est agrémentée par un soleil et une douceur exceptionnels.
– Il ne manque que l’israélite pour boucler la boucle de la tolérance à At Rgad ! Si seulement les gens d’en haut en prenaient de la graine. Trouve le vieux Dezdeg.
– Oui, t’as raison da Rezki, trouve aussi Kaci l’Angoisse
– Votre tolérance ne va pas durer, intervient Da Militant
– Qu’y a-t-il ?
– Le gardien du temple s’en mêle.
Venu d’Alger aider son grand-père, le temps que durera la cueillette d’olives, Moumouh les Deux Poils trouve une Taddart dans la négation de l’idée qu’il se fait de Dieu et de la religion. Il a tout de suite décidé d’aller aux néo foutouhat en terre d’impies. «Vous êtes, mes frères en dehors du salef ! Votre mosquée est déserte, vos âawayed sataniques ! Qu’adviendra-t-il de vous ? Vous êtes égarés !!!» commençait-il ses halaqat, toutes les fois qu’il se retrouve avec un groupe de jeunes. Une semaine après son arrivée et ne trouvant aucune résistance à ses foutouhat, Les Deux Poils s’autoproclame imam et durcit le ton de son prêche. Depuis, la mosquée enregistre une affluence record. On y vient même des tuddar avoisinantes pour y écouter la parole de Dieu. Conséquences : une économie du qamis a pris racine, H’mimi, l’épicier de taddart, ne vend plus de lames à raser.
Mais, hier, Les Deux Poils a dépassé les bornes du verbiage. Il a opéré une incursion au niveau de la placette en fête. «Alah Akbar !» criait-il de loin. Tout le monde se tourne vers lui. Ceux qui ne le connaissaient pas, pensaient qu’il s’agissait d’un pauvre malade secoué par une crise existentielle. Pensant qu’il s’agissait d’un terroriste ayant perdu les traces de sa meute, quelques-uns avaient carrément paniqué. Les Deux Poils se dirigea droit sur la personne déguisée en Père Noël. Il lui arrache la barbe blanche et reste sans voix devant le visage qu’il reconnaît. C’était son ami Abderahmane, salafiste comme lui qu’il avait connu à Alger.
-Toi ?
-Tu sais mon frère, les temps sont durs, j’ai besoin d’argent. En plus, je ne fais que du commerce que le prophète a d’ailleurs béni.
– Te déguiser en Père Noël quand même !!
– N’est-ce pas que el harbu khidaâ (la guerre est tromperie)?
– Oui, tu as raison mon frère el herbu khidaâ, le commerce est béni par le prophète que la salut soit sur lui.
Sadiya n l’Euro, qui assistait à la scène, n’a pu résister à l’envie de prendre une bûche au chocolat et la balancer à la figure de Mumuh les Deux Poils.
T. O. A
t. ouldamar@yahoo. fr

