Des procédés de dissuasion et de prévention dans l’éducation populaire en Kabylie.

Partager

Il est en Kabylie des procédés de dissuasion et de prévention dans l’éducation de l’enfant qui, malheureusement, se perdent peu à peu, mais qui ont été parfaitement judicieux. C’est moins la peur qui a été utilisée mais plutôt des contournements préventifs qui ont bien fonctionné dans l’intérêt de l’enfant. En effet, par exemple, pour empêcher que les enfants ne s’exposent trop aux ardents rayons du soleil durant les étés connus très torrides en Kabylie, et où les insolations sont fréquentes, le géni des mères a consisté à inventer un personnage dit «Akli n uzal» (l’ogre du milieu du jour) qui emporte les enfants trainant dans les rues. En effet, à partir de midi le soleil est au zénith, au plus prêt de la terre. Ces ardents rayons du soleil sont craints aussi pas les personnes âgées même portant une coiffe, qu’adviendrait, donc, des fragiles têtes des enfants qui ne se comblent jamais assez de jouer dehors et difficiles à retenir à la maison. D’autre part et pour empêcher que les enfants ne trainent pas trop dehors tard le soir, on les averti que les ruelles du village grouillent de méchantes fées (tiwkilin). Pour se réchauffer, en hiver, et cuisiner en tout temps, les kabyles ont utilisé le canoun (un trou creusé dans un coin de la maison faisant office de foyer). Souvent, les enfants prolongent les plaisirs de leurs jeux en tirant du foyer une baguette de bout-de-feu qu’ils agissent de droite à gauche pour faire jaillir des étincelles scintillantes. Ce jeu n’est pas sans risque de provoquer des incendies ou des brulures sur leur frêle peau. Afin de les empêcher de s’adonner à cet amusement dangereux en tout, on a inventé une autre dissuasion préventive qui fait croire à l’enfant qu’il ferra alors pipi dans son lit, avec ce jeu là. L’enfant se tient alors sage, il ne joue plus avec le feu. On instruit, également, les enfants de ne jamais mentir, car ils seront contrains et tenus de nouer un grain de blé. Chose impossible à réaliser, bien sûr, mais la persuasion marche. Ces avertissements ingénieux ont très bien fonctionné car, face à la peur, les enfants cèdent. Cette peur, intelligemment utilisée, n’engendre aucune empreinte d’ordre psychologique chez l’enfant une fois devenus adultes. Même les adultes n’ont pas échappé à être pris dans ces nombreuses dissuasions utiles. Il y a peu, dans la journée, la presque totalité des villageois (hommes et femmes) étaient occupés à travailler dans leurs champs qui sont voisins directs, les uns avec les autres. Afin que les couples ne se donnent pas à des rapports sexuels dans les champs en pleine journée, la tradition les avertit qu’ils risqueraient d’engendrer des enfants idiots. Ici, la persuasion relève d’une question de moralité de pudeur et de bonne conduite dans le groupe social. L’ensemble des ces procédés dissuasifs et préventifs, et bien d’autres encore que nous ne pouvons citer tous ici, relèverait-il du lot mythologique de la région ? Sans doute, mais ce qui est sûr, c’est que la Kabylie réclame, elle aussi, sa part du fabuleux et de l’imaginaire comme tous les autres peuples. De plus, ces procédés sont une pratique que nous retrouvons dans beaucoup de pays du bassin méditerranéen, un peu nuancées mais elles se rejoignent dans les buts à obtenir.

Abdennour Abdesselam

(kocilnour@yahoo.fr)

Partager