L’association socio-culturelle ‘’Agraw Adelsan » de M’Chedallah a lancé, samedi dernier, sa première section d’apprentissage dans la filière de tapisserie traditionnelle, et ce, en collaboration avec le centre de formation professionnelle Mansouri Hocine de Raffour.
Cela a été fait après que la présidente de cette association, mademoiselle Amarouche Dalila, ne réunisse toutes les conditions nécessaires, à l’image de la liste et l’engagement d’une quinzaine de stagiaires, en ciblant en premier lieu les femmes au foyer qu’elle aida à confectionner les dossiers administratifs réglementaires. Bien mieux, elle mena les démarches nécessaires pour le transfert de deux métiers à tisser de l’annexe de Saharidj dépendant administrativement du CFPA de M’Chedallah vers le CFPA de Raffour. Une opération qui rentre dans le cadre de la politique de proximité qui consiste à rapprocher les services de l’Etat des citoyens qu’elle mena à terme en un temps record, et ce, grâce à la collaboration et l’implication de la direction de la formation professionnelle. La DFP a donné immédiatement un avis favorable en recevant une demande écrite dans ce sens formulée par l’association et aussi des deux CFPA, qui ont procédé au transfert de ces équipements par leurs propres moyens. L’opération a été accompagnée par l’affectation d’une enseignante dans cette filière qui exerçait auparavant à l’annexe de Saharidj. Une affectation que cette dernière accepta avec empressement pour se rendre utile. Ce samedi, la rentrée de cette section composée de femmes dont l’âge varie entre 45 et 60 ans s’est effectué dans une ambiance de fête, d’autant plus que ces dernières ont bénéficié d’un accueil chaleureux de la part de la totalité du personnel du centre qui était aux petits soins avec elles, sous un œil vigilant de la présidente de l’association et la directrice de l’établissement qui veillaient au grain. Il convient de souligner que ces stagiaires sont illettrées et que cette formation serait sanctionnée par un examen de fin de stage et la remise d’un certificat de qualification individuelle. Quelques femmes abordées sur les lieux diront que ce métier de tissage artisanal qui comporte des motifs amazighs millénaires, tels que le tapis et le légendaire burnous kabyles, est en nette régression dans la région. Elles affirment qu’elles s’impliquent pour le pérenniser et éviter sa disparition. En parallèle, l’association s’attèle à confectionner d’autres listes de stagiaires féminines dans la même filière mais ayant un niveau d’instruction dont la formation serait sanctionnée par des diplômes.
Une communauté typiquement féminine
‘’Agraw Adelsan’’ est l’une des toutes premières associations féminines créées au niveau de la wilaya de Bouira. Elle a démarré sur les chapeaux de roues grâce au savoir-faire des membres du bureau exécutif intelligemment constitué où sont représentés toutes les couches sociales et les divers secteurs. L’on y trouve des universitaires, infirmières, sportives, poétesses, chefs d’entreprises, mais aussi des femmes au foyer, des chômeuses et celles issues de milieux défavorisés. La plupart des membres dudit bureau ont adhéré par le passé dans le mouvement associatif et ont par conséquent acquis un capital d’expérience non négligeable en matière d’initiatives et d’organisation, d’où ces considérables capacités de rassemblement des femmes de la région qui répondent massivement à chaque appel lancé par cette association, pour une quelconque activité tant culturelle ou d’utilité publique. L’on enregistre notamment une prédominance des femmes au foyer qui s’impliquent dans les activités avec cœur et cassent peu à peu les tabous entravant l’émancipation de la femme, notamment rurale, cela grâce au montage d’un programme d’activités diversifié et attractif par ses particularités et ses spécificités. La première action d’envergure de cette association fut une exposition d’objets traditionnels et modernes en 2013 (artisanat) qu’aucune salle n’a pu contenir à cause de l’importante participation, d’où le recours à la réquisition de l’une des principales artères de la ville de Raffour transformée pour la circonstance en surface d’exposition à l’air libre de toutes les activités traditionnelles et modernes ayant une relation directe avec la femme et ses activités domestiques, dont nous citerons l’art culinaire, le tissage, la poterie, la couture, défilé de mode, projection de documentaires scientifiques historiques, poésie, chant et danse traditionnels, légendes anciennes, conférences traitant de divers thèmes,… Une spectaculaire exposition qui a occupé durant 02 jours une surface de quelque 150 X 10m, et qui a drainé une marée humaine exclusivement féminine. Continuant sur sa lancée, l’association organisa la même année et au même endroit la première marche féminine à l’échelle nationale pour revendiquer la reconnaissance de Yennayer et son introduction dans le calendrier des festivités officielles. Une marche qui a aussi drainé une foule nombreuse. Ensuite, ladite association enchaînera par «amager n’tefsut» (à la rencontre du printemps), une tradition millénaire qu’elle ressuscitera pour la remettre au goût du jour.
Campagnes de sensibilisation aux thèmes variés
Pour diversifier ses activités, cette association a organisé en 2014, en collaboration avec la Protection civile, une formation de secourisme au profit de 28 femmes, avec la participation de celles au foyer. Une activité qu’elle s’attèle à renouveler pour faire bénéficier de cette précieuse formation le maximum de femmes. En parallèle, elle mettra, en collaboration avec l’APC de M’Chedallah et le gérant de la station thermale Hammam El Biban, en exécution un programme d’excursion-thérapeutique au profit des femmes atteintes de maladies rhumatismales, articulation et autres irritations de la peau. Deux excursions de ce genre au profit de plusieurs dizaines de femme issues de milieux défavorisés ont été déjà effectuées au cours de l’année passée. Une activité qu’elle s’attèle à renouveler cette année après avoir reçue l’aval du même gérant de cette station thermale. Sur un autre volet et grâce à un travail de sensibilisation de longue haleine, elle instaura une culture de nettoyage à l’intérieur du périmètre urbain de Raffour. Ainsi, chaque matin, les femmes consacrent une heure de leur temps en début de journée pour balayer chacune le tronçon de la rue devant sa porte, nettoyer et rincer aussi à l’eau les bacs à ordures de type moderne offert par la wilaya et l’APC. Une tradition qui s’est désormais installée et qui fait de l’importante agglomération de Raffour l’une des villes les plus propres de la wilaya de Bouira. L’association en question s’apprête, à l’heure actuelle, à étendre le nettoyage à la périphérie de la ville par des opérations de volontariats. L’environnement aussi n’a pas été omis dans le programme de cette association, sachant que la présidente s’est attelée, depuis l’année passée, à dresser un répertoire sous forme de lexique en tamazight des espèces animales et végétales, soit la faune et la flore de la région, en collaboration avec le Parc National du Djurdjura et le précieux concours des responsables du siège de Tala Rana. La dernière activité en date est celle de l’automne écoulé durant laquelle ladite association a organisé une conférence de sensibilisation autour des cancers du col de l’utérus et du sein et l’allaitement maternel, en collaboration avec l’EPSP d’Ahnif. Cette manifestation a engagé pas moins d’une dizaine de médecins spécialistes pour la réussite de cette conférence de sensibilisation qui serait clôturée par une campagne de dépistage. Cette dernière a eu lieu une semaine plus tard au niveau de l’unité de soins de Raffour, où pas moins de 350 femmes ont été dépistées par la même équipe de médecins spécialistes. Notons enfin que l’association ‘’Agraw Adelsan’’ nouvellement agréée, a arrêté un programme d’activités riche et particulier dont une copie nous a été remise par sa présidente, Dalila Amarouche, poétesse de son état, plus connue sous son nom d’artiste «Tassekurt N’djerdjer», une handicapée physique de surcroit qui jouit d’un capital plus qu’honorable de sympathie, de respect et d’admiration dans et même hors région, d’où ses capacités impressionnantes de rassemblement du sens d’organisation et de mobilisation des femmes. En somme, cette association est bien partie pour faire parler d’elle.
Oulaid Soualah

