En Amérique, c’est le grand froid, ça givre terrible. Cela a d’ailleurs valu une légère, très légère, reconsidération aux pis de notre vache à pétrole. Mais pas de quoi fouetter une autoroute.
A At Rgad, l’hiver est toujours printanier. Il fait tellement beau et bon à gambader à travers tighaltin que l’on oublie tout naturellement notre vache nationale et les personnages chargés de sa traite, depuis le début, depuis que Tamurt a été mise sur les rails des incertitudes. Soleil, douceur, chlorophylle et un zest de poudreuse embellissent Taddart comme jamais. Le décor paisible taquine la muse du vieux Dezdeg : «Ay itij n Sidi Rebbi aḥnin, ḍil ghef wulawen ur nemɛin (soleil du bon Dieu, inonde les cœurs malveillants)». Il allait continuer sur son lâché n isefra, lorsque Kaci l’angoisse l’interpella :
-Na Sadiya nous a invités à un pique-nique autour de tameqfult !
– En quel honneur ?
– Pour le plaisir de la convivialité.
Une demi-heure après, ils retrouvent Sadiya n l’Euro et Da Militant sous un olivier majestueux. Une nappe y était déjà étendue. Ifelfel, aghrum aquran, tizemmit, zzit uzemmur… tout ce qui fait saliver Rezki Dezdeg y était.
– La vache !! Lâche le vieux
– Oublie la vache ! Viens, installe-toi, l’invite Sadiya.
Comme le naturel revient au galop, à peine ont-ils digéré les deux premières cuillerées de tameqfult, ils se mettent à revisiter l’actualité.
Kaci l’Angoisse commente les sorties médiatiques des généraux mis à la retraite. Il estime qu’il n’est pas normal qu’un retraité parle de choses qui ne le concernent plus.
– Mais Kaci, ils ne sont pas en retraite, le corrige Dda Militant
– Mais si, Nezzar a bien pris sa retraite.
– Non, pas du tout. Il a pris du grade. La retraite pour un général est une distinction graduée sur une échelle inaccessible aux officiers en activité.
– La vache ! Je n’ai pas pensé à ça, relâche le vieux Dezdeg
Tamazight et son officialisation est l’autre sujet mis sous la lorgnette des At Rgadiens. D’emblée, le vieux Dezdeg interroge :
– Expliquez-moi, une bonne fois pour toutes, ce qu’est tamazight. C’est la langue que nous parlons ?
– Non, nous parlons taqbaylit. Tamazight c’est une… autre langue, essaie d’expliquer Kaci l’Angoisse, sans y arriver.
-Qui la parle ?
-En fait personne ne la parle. Mais l’Etat va nous la fabriquer dans les laboratoires d’une académie.
– Elle va ressembler à quoi ?
– Des gens, dont certains sont de chez nous, veulent l’écrire avec la graphie arabe. D’autre vont plus loin : ils veulent qu’on la parle aussi en arabe.
– La vache !, re relâche le vieux Dezdeg
Sadiya n l’Euro, qui jusque-là n’avait pas placé un awal et qui était en admiration devant l’éloquence et la pertinence Abdeslam Abdennour et de Mouloud Lounaouci sur un plateau de télévision, prend la parole :
– L’autre jour, j’ai vu à la télévision sin irgazen de chez nous. Ils parlent comme nous, réfléchissant comme nous, en plus ghran et sont intelligents. Face à eux il y avait deux autres, deux de chez-nous aussi. Mais ces deux là parlent et réfléchissent comme les autres, ces autres qui ont fait tant de mal à notre identité. Alors pour moi, les choses sont simples. Puisque le combat continue de toute façon, je ferai de sorte, et vous allez tous m’aider, à mettre à la tête de l’académie les deux de chez nous qui, eux, parlent et réfléchissent comme nous tous.
– la vache !!!
T. O. A

