Si Lhafidh a été enterré humblement, hier vendredi, après la prière du dohr, dans son village natal à Takhlidjt Ath Atsou, commune d’Iferhounène, derrière sa maison.
Le farouche maquisard et résistant de la première heure contre l’occupation française, le commandant révolutionnaire Yaha Abdelhafidh, de son nom de guerre Si Lhafidh, pour l’estime qu’il a acquise auprès des populations et des moudjahidine, avait ratissé la grande et la petite Kabylies, d’est en ouest et du nord au sud, pouce par pouce, pour combattre l’ennemi français là où il se trouvait. Ce farouche résistant, qui a commis le 1er attentat en assassinant le commissaire de Michelet, ex-commune mixte du Djurdjura, n’avait en 1954 que 21 ans. C’était un rebelle que la révolution a dompté mais que ni l’armée coloniale, ni encore moins les gouvernements successifs postindépendance n’ont pu dompter pour le dévier des idéaux pour lesquels il s’était engagé à savoir le recouvrement de l’indépendance du pays, mais également l’instauration d’un Etat démocratique conformément à la charte du congrès de la Soummam, comme l’a si bien illustré Abdenour Abdeslam en disant de lui que c’était un homme engagé sur trois fronts, celui de la lutte armée, disant que «c’est Si Lhafidh qui avait escorté le chahid Abane Ramdane de Michelet jusqu’à Ifri Ouzlaguène où a eu lieu le congrès de la Soummam, en disant qu’aucun parmi les gens d’escorte ne connaissait Abane à l’exception de Si El Hafid et son adjoint. D’ailleurs, la veille du congrès, un gardien a frappé le pied de Ramdane Abane, l’invitant à prendre son tour pour la relève de la garde, et l’architecte du congrès a obéi sans rechigner si ce n’était l’intervention du lieutenant Yahi qui lui avait épargné cette garde», a-t-il confié. Le second front, c’était la lutte pour la démocratie d’où la création du FFS dont il était l’un des fondateurs pour chasser le nouveau colonisateur qui est réapparu sous un nouveau visage en accaparant le pouvoir de force, et ce, avec la bénédiction de Abdelnasser l’Egyptien et de l’ex-Union soviétique. Quant au 3ème front, dira-t-il, c’était celui de la lutte pour la langue amazighe : «C’est quelqu’un qui maitrisait à la perfection le kabyle et j’ai beaucoup appris de lui», dira encore l’orateur. Et de rajouter : «Il est parti l’esprit tranquille avec le devoir accompli et le cœur apaisé car son combat n’était pas vain. Il a assisté à l’instauration de Tamazight langue nationale et officielle». L’orateur conclura par cette citation de Cheikh Mohand Oulhocine : «Argaz amyirden mighline sam dun ad amghine». Si Lhafidh fut enterré humblement, hier vendredi, après la prière du dohr, dans son village natal à Takhlidjt Ath Atsou, commune d’Iferhounène, derrière sa maison, sans tambours ni trompettes devant des milliers de personnes venues des quatre coins de la Kabylie et d’ailleurs pour rendre un dernier hommage à ce protecteur des pauvres et des désabusés, que ce soit en Algérie ou pendant son exil forcé en France, selon de nombreux témoignages concordants qui se sont succédé à la tribune pour évoquer le parcours de ce grand Monsieur «Argaz», dont les vertus ne sont plus à démontrer, car même s’il est entré dans l’ombre, son histoire veillera sur lui. Lounis Aït Menguellet pour sa part dira «C’était en 1974, en France, et il est de mon devoir de le rappeler aujourd’hui, c’est grâce à Si Lhafidh que j’ai connu Hocine Aït Ahmed, en m’invitant en présence de Moh Yahya et Nait Si Amar Laib pour assister à la thèse de Si El Hocine à l’université de Nancy. Si El Hafid est l’âme du FFS. Pour tout vous dire, le seul livre d’Histoire que j’ai lu, les yeux fermés, en toute confiance, c’est celui écrit par ce symbole de la fidélité. Et nos témoignages sur ses engagements n’est qu’un strict minimum et son héritage restera toujours vivant en nous. Maître Mokrane Aït El Arbi, de son coté déclarera : «Ce qui me touchait le plus chez Si Lhafidh, c’était sa fidélité envers ses compagnons de lutte tombés au champ d’honneur. Il était toujours aux côtés des veuves de chouhada et de leurs enfants. Mais qu’est-ce que le pouvoir algérien a fait des veuves de ces derniers si ce n’est d’en faire des boniches à leurs services, à l’exemple de l’épouse du colonel Ali Mellah dont ils ont fait une femme de ménage à Alger. Si Lhafidh nous a légué la dignité l’abnégation et l’honneur».Par ailleurs, d’autres personnalités du monde culturel, artistique, hommes de lettres et des compagnons de lutte du défunt se sont succédé à la tribune et ont rapporté chacun son témoignage. Nous citerons entre autres Hacène Hirèche qui a dit : «En 1933, c’était la naissance du fascisme en Allemagne et Si Lhafidh était né la même année, c’est comme si son destin était lié à la lutte contre l’oppression et le fascisme. Il fut un Jugurtha pour la lutte identitaire et un Che Guevara pour son combat pour la libération du pays». Il parlera aussi de son combat au sein du FFS aux côtés d’Ait Ahmed et les autres fondateurs du parti. A noter également la présence de plusieurs personnalités du monde artistique, culturel et politique, ainsi que des amis du défunt. Nous en citerons la veuve de Mohamed Khider, Said Khelil, Djamel Zenati, Nourdine Aït Hamouda, Ould Ali El Hadi, M. Merad le wali de Tizi-Ouzou, ainsi que d’autres hauts responsables de l’Etat. Il y avait également Moh cherif Hannachi, Malika Matoub et Belaid Abrika.
A.M

