Bouira Ils réclamaient plus de justice sociale, de la transparence et le désenclavement de leur village – Le siège de la wilaya envahi par des citoyens

Le hall accueillait, avant-hier, comme tous les mardis, journées de réception des autorités de wilaya, une masse compacte de visiteurs. Le logement était la principale préoccupation portée par cette foule excédée. Dans certaines communes, comme Aït Laaziz, l’affichage des listes des bénéficiaires avaient provoqué chez les exclus un fort sentiment d’injustice et de colère. Mais il y a aussi cette catégorie de citoyens, qui comme ceux des 1 100 logements (ECOTEC), redoutent un abus de la part de la commission d’attribution. Les habitants de ce quartier veulent délivrer un message fort en direction des autorités compétentes pour les mettre en garde contre toute tentative de favoritisme. Enfin, il y a l’autre catégorie de gens dont les doléances avaient trait à l’eau, au gaz et aux routes. Anticipant le mouvement inexorable qui dirigeait tout ce monde de mécontents vers les bureaux administratifs situés au premier étage, une escouade de policiers et d’agents de sécurité en civil en bloquait l’accès. Conséquence : les voix s’élevaient vers l’aigu, criant une colère contenue avec peine.

Les citoyens des 1 100 logements exigent des garanties

Echaudés par les précédentes listes qui avaient, lors de leur affichage le 4 août 2014, déclenché un tel tollé (le siège de la wilaya a été assiégé par une telle foule de manifestants que l’accès en a été interdit pendant des semaines, ainsi que celui de la daïra), les habitants de ce quartier ne veulent pas revivre la même situation. La distribution prochaine (on pense qu’elle aura lieu entre mars et avril) les mobilise déjà afin que l’opération se passe dans la transparence et l’équité la plus complète. Le représentant de ce quartier, Boudjema, et deux collègues à lui, sont venus, comme la semaine précédente, dans l’espoir de porter à la connaissance des autorités leur crainte d’une explosion sociale analogue à celle vécue il y a deux ans et essayer avec leur aide de la désamorcer avant qu’il ne soit trop tard. Ils avaient espéré trouver une oreille plus attentive auprès du nouveau chef de daïra. Ce dernier qui avait reçu le président du comité de quartier lui aurait promis de le consulter au moment de l’établissement des listes des bénéficiaires. Mais, la porte de son bureau restant fermée devant lui, ce dernier a compris qu’il avait cessé d’être un interlocuteur valable pour ce responsable et tente, depuis, de frapper ailleurs. Selon Adel, son compagnon, les citoyens de ce quartier ont perdu confiance depuis l’attribution des 400 logements sociaux effectuée en août 2014. Aux seuls logements 56 et 140, il y aurait entre 40 et 50 logements fermés, signe, à ses dires que la commission du logement n’a pas observé rigoureusement les critères d’attribution. Et de citer deux cas de citoyens qui abondent dans ce sens. Il y a celui de Mohamed, quarante et un an, marié avec deux enfants, travaillant de façon intermittente, faute d’un emploi stable. Il vit chez ses parents dans un F3 qu’il partage avec ses cinq frères, eux aussi mariés et sans emploi stable. Certains ont quatre enfants, et d’autres deux ou trois. Bref, ils sont 16 personnes à vivre sous le même toit.

«Lorsque nos deux sœurs mariées nous rendent visite, raconte Mohamed, nous sommes obligés de leur céder la place en allant chez nos beaux-parents», confiera-t-il. Le cas de Nabil, un maçon à l’emploi tout aussi précaire, est tout aussi dramatique.

«Il vit au quartier des 40 logements dans un F3, avec ses deux enfants mariés et sa fille divorcée. Comme les deux fils occupent les deux pièces et sa fille le salon, il est obligé de passer la nuit dans la douche», racontait Adel. «Comme je vais effectuer chez lui quelques travaux d’intérieur, il est difficile de rendre compte de l’état des murs, à l’intérieur.

Deux fois, je l’ai arrêté alors qu’il tentait de se suicider. Une fois en cherchant à s’ouvrir les veines avec un couteau et une autre fois en voulant avaler de l’acide.

Comment garder dès lors confiance en les autorités qui président les commissions de logements ?», témoigne notre interlocuteur.

Aussi, leur message, à tous trois, alors qu’ils venaient voir le chef de cabinet ou le wali est claire : de la transparence et de l’équité dans l’étude des dossiers pour l’attribution d’un logement social.

Ils plaidaient pour le désenclavement de leur localité

Le lieu-dit Draa Labiedh est au sommet de la montagne qui surplombe Dachemia, une commune située dans la daïra de Sour El Ghozlane. Cela semble si loin que seul un oiseau pourrait à priori y accéder. Le problème de ses habitants ? L’eau qu’ils amènent chez eux par camion citerne, mais aussi les routes pour désenclaver ce village au diable Vauvert et pour y faire entrer le progrès, le gaz. Ils avaient déjà exposé leurs préoccupations au wali qui a visité les cinq communes qui composent cette daïra, et celui-ci leur a promis qu’elles allaient être prises en charge dans un délai assez court ; l’eau arrivera en principe dans ces communes en juin, à partir des grands transferts de Koudiet Acerdoune. Mais perdant patience, quelques citoyens parlant au nom de tous, avaient fait le déplacement mardi au siège de la wilaya pour relancer leur plainte. Ils se heurtaient aux policiers qui leur barraient le chemin vers les bureaux des responsables. Bacha a beau protester, il a fallu attendre encore. Enfin, comme il achevait de nous faire un bref exposé de la situation, l’agent est venu le chercher dans le couloir. Le chef de cabinet allait, lui et ses deux camarades, les recevoir. Une demie heure nous séparait de midi et le hall demeurait tout aussi grouillant de visiteurs et tout aussi bruyant. Impossible d’écouter tous ces citoyens dont les yeux exprimaient tantôt la colère, tantôt la résignation. Impossible aussi de leur donner l’occasion de s’exprimer. Il aurait fallu tenir un gros registre pour recueillir toutes leurs doléances.

Aziz Bey