« Le Dinar n'a pas de valeur réelle »

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Mme Ahmed Zaïd Malika impute la fragilité affichée par le Dinar sur le marché au fait qu'il reste toujours « une monnaie à valeur artificielle, sous-tendue par des instruments traditionnellement connus. Il n’a pas une valeur réelle liée au travail et à la productivité ».

La Dépêche de Kabylie: Quelle explication donnez-vous à la flambée de la devise sur le marché parallèle ?

Mme Malika Ahmed Zaïd : La flambée actuelle du cours des principales devises étrangères sur le marché parallèle s’explique fondamentalement par le rôle que joue la demande agrégée de liquidités du fait du mode de fonctionnement actuel de l’économie algérienne, par les nombreuses contraintes financières accumulées, notamment par l’incertitude et la perte de confiance entourant les différentes transactions et, par ricochet, toute la sphère économique. Ceci est fondamentalement le fait d’exportateurs de capitaux en vue de sécuriser leurs gains et autres recettes réalisées lors d’opérations non déclarées. Ils traduisent ainsi des anticipations exagérées des acteurs du marché informel des devises provoquant une hausse non maîtrisée du cours de ces devises. Ainsi, ces différents facteurs explicatifs nécessitent des réponses différenciées de politique économique, fiscale et budgétaire.

Doit-on comprendre que la crise que traverse le pays a été d’une incidence directe sur ce marché de la monnaie ?

Il est certain que la loi de l’offre et de la demande sur ces liquidités est sans doute sensiblement influencée directement et indirectement par la présente conjoncture particulière où l’Algérie est frappée par la chute drastique du prix du pétrole et du gaz constituant 98% de ses recettes en devises, provoquant ainsi une baisse nette de ses recettes pétrolières passant de 33,8 milliards l’année écoulée à moins de 26,4 milliards en prévision pour l’année en cours. De ce fait, la crise affecte également les réserves de changes du pays et impacte la disponibilité des liquidités en devises ; d’autant que le gros de la hausse est induit par des transferts importants effectués par d’autres secteurs que les particuliers. Les incidences sur la compression du marché local de devises étrangères n’en seront ainsi qu’évidentes en raison fondamentalement d’asymétrie d’information entre les acteurs.

Pensez-vous que la flambée enregistrée sur le marché informel pourrait se répercuter sur le cours officiel ?

Il y a de fortes probabilités pour que le cours officiel puisse à terme être aligné sur le marché informel, car le circuit bancaire reste très marginal, voire inexistant, pour la majeure partie des transactions courantes en Algérie.

Croyez-vous que c’est là une tendance qui va durer dans le temps ou le dinar finira-t-il par se reprendre au bout d’une certaine période ?

Il faut savoir que l’alimentation en devises étrangères provient principalement des retraites des anciens émigrés qui ont fini par transférer leurs créances en Algérie et des issues de la surfacturation des importations. Et l’attitude nouvelle des banques, qui imposent une surveillance plus assidue sur la provenance de ces fonds, agit négativement sur la fonction de l’offre. Aussi l’incertitude qui plane sur la situation économique du pays fait en sorte que les opérateurs intervenants se rabattent à sécuriser leurs avoirs avec l’acquisition des devises. La problématique n’est donc pas facile à cerner étant plutôt, du moins pour l’heure, face à une question de confiance en l’avenir.

Quelle serait selon vous la meilleure option à retenir pour protéger le Dinar au mieux dans le futur ?

La cote officielle du dinar s’explique par des paramètres pas très compliqués. D’abord, il y a des éléments structurels qui font que la valeur du dinar administrée ne correspond pas à sa valeur réelle. Le dinar est toujours une monnaie à valeur artificielle, sous-tendue par des instruments traditionnellement connus. Il n’a pas une valeur réelle liée au travail et à la productivité. Par ailleurs, il n’y a qu’un seul offreur de devises en Algérie, à savoir la Banque d’Algérie. Ensuite, nous avons d’autres facteurs qui sont conjoncturels et qui entrent systématiquement en jeu. Nous pouvons évoquer à ce sujet la baisse du prix du baril de pétrole, qui influe directement sur nos revenus pétroliers et sur notre épargne institutionnelle. Dans ce cadre-là c’est la structuration de notre modèle économique qui devra s’adapter en misant sur un tissu productif plus important que les 5% enregistrés jusqu’à ce jour. Cela dit, faudrait-il signaler que la dépréciation d’une monnaie constitue également une alternative qui a été adoptée dans d’autres économies. Pour le cas qui nous concerne, elle est conforme à un ajustement pour donner, ne serait-ce que partiellement, une vraie valeur au Dinar, en axant nos efforts également sur la vraie valeur du travail et de la productivité. Une grande partie de la solution se trouve dans le développement de notre tissu industriel, tout en misant sur des taux d’intégration importants. La mise en œuvre de régulations non seulement financières mais également de la vie économique et sociale contribuerait à atténuer la conjoncture difficile que traverse le pays nécessitant une feuille de route pour une sortie de crise, mais également et surtout des dispositions du gouvernement pour la bancarisation de l’argent de la sphère informelle.

Propos recueillis par Djaffar Chilab.

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