Ils sont jeunes et moins jeunes, avec femmes et enfants. Certains les appellent les réfugiés, d’autres des émigrants clandestins, d’autres « les africains » tout court !
Il s’agit de quelques milliers de citoyens venant essentiellement des pays subsahariens, le Mali, le Niger, le Tchad, entre autres. Ils ont fui un malaise certain. En Algérie, il n’y a pas de guerre ni de famine, c’est déjà un pays où on peut normalement se réfugier. Comme dans beaucoup de wilayas du pays, ils sont des dizaines à Bouira. Se déplaçant par petits groupes, souvent visibles au niveau des stations de voyageurs, ces infortunés vivent le malaise autrement en Algérie. Ils sont à Bouira depuis déjà plusieurs années. Aujourd’hui, si les petits enfants et femmes continuent à quémander, d’autres, des jeunes hommes, travaillent comme des forcenés dans différents chantiers. «Au début, c’était difficile. Mais petit à petit, en échappant à la traque des services de sécurité qui mènent des campagnes d’expatriation, on arrive à bosser dans un chantier de construction. Les patrons nous font travailler souvent comme des journaliers pour des salaires dérisoires. Nous en sommes conscients, nous n’avons pas le choix», nous dira Moussa, un jeune de 21 ans, natif de Gao, la fameuse ville malienne tombée il y a quelques années entre les mains d’islamistes fanatiques. «La population, dans son ensemble, est plus tolérante et accueillante en Kabylie comme le montrent certaines actions à notre égard, à l’image de la marche qu’ont organisée l’année passée des citoyens à Béjaïa pour exiger des autorités une prise en charge des gens comme nous. Ce fait ne s’est jamais produit ailleurs qu’en Algérie», pense Moussa, le jeune malien. «Ils sont désignés par africains dans le discours officiel, c’est ce qu’on peut constater à titre d’exemple dans les médias officiels, comme si nous, on est des européens ! Certains journaux arabophones les stigmatisent et les assimilent à tort et à travers à tous genres de trafic, ou comme source de tous les maux. On dit d’eux qu’ils envahissent le pays, tout en apportant avec eux diverses maladies et virus, tels que le sida. Au lieu d’être pris en charge, ces réfugiés sont parfois ‘’ramassés’’ de force par les autorités et reconduits dans des scènes qui rappellent nos Algériens clandestins dans l’autre rive de la méditerranée. Effectivement, il y a une ambiance qui favorise tant de préjugés et fragilise davantage une situation qui laisse, à priori, à désirer. Quand des citoyens lèvent leurs voix pour exiger une prise en charge de ces gens-là ou quand des défilés de mode et autres manifestations culturelles s’organisent au sein de l’université de Tizi-Ouzou au profit de cette communauté à la peau foncée, cela démontre que les Algériens ne sont pas racistes et savent comment être accueillants», nous dira un professeur à l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira. Cependant, l’exploitation n’a ni de race ni de langue mais obéit simplement au profit. Si certains patrons se targuent de leur bonne «intention» en recrutant ces jeunes car, ils leur rendent, disent-ils, un service pour pouvoir subvenir à leurs besoins élémentaires, les clichés et stéréotypes quant aux «africains» aux gabarits colossaux, travaillant mieux que les Algériens ne semblent pas dissiper cette réalité. À l’insu des services de sécurités, ces jeunes sans statut juridique sont recrutés pour charger et décharger, tout au long de la journée, des matériaux de construction dans des parcs, et ce, pour des salaires de misère. Il faut dire que de ces derniers, très peu ont accepté de témoigner de leurs conditions de travail. Un gérant d’un parc, natif de la wilaya de Bouira, témoigne que l’entreprise qu’il gère n’est même pas au courant des vrais noms de ces jeunes venant d’ailleurs, ni de leurs âges ! «Ils sont dans l’extrême besoin de travailler, ils acceptent ce qui leur est proposé», résumera-t-il ce «compromis». Depuis le début de cette année, même les simples manœuvres revendiquent des augmentations de salaires. La raison en est simple, c’est l’inflation et la cherté de la vie. En effet, tout flambe. Pour certains patrons, la solution existe. «Au lieu d’augmenter les salaires, on fait appelle à une main d’œuvre bon marché pour les mêmes salaires, voire moins ! Ces jeunes réfugiés sont alors recrutés», avouera notre interlocuteur.
L. M.

