Le pire des scénarios est celui qu’on n’est pas capable de prévoir

On ne dissertera jamais assez de la situation de notre école, et ce ne sont certainement pas les chiffres en termes du nombre d’écoles, de collèges, de lycées et d’universités construis et des milliers de scolarisés qui masqueront cette triste réalité dans laquelle se désagrège l’école algérienne. Que reste t-il d’elle d’ailleurs ? En effet, s’il est vrai que l’Etat consacre chaque année le plus important budget au secteur de l’enseignement, cependant, les résultats pédagogiques sont clairement situés en dessous de la médiocrité. L’échec déjà chronique est devenu alarmant. Le mur de la catastrophe a été dépassé mais le fracas ne semble pas avoir alerté les décideurs. Sont-ils aussi sourds que cela ? Le doute est plus que permis. Lorsque l’école tourne le dos au savoir, c’est tout le pays qui tourne en rond jusqu’à ce que la force centrifugeuse balance l’ensemble sur les sentiers du chômage grandissant, de la folie de l’incertitude qui mène sur des voies à l’image de la dramatique décennie noire que nous avons connue. Mais il y a encore plus sombre que le noir : c’est le désespoir qui conduit droit au désastre. Cette image affligeante n’est pourtant que le choix d’une idéologie linguistique et d’une langue idéologisée depuis longtemps et depuis toujours, et qui a montré ses limites en tant qu’outil de promotion sociale.

L’adage dit qu’un pays ne vaut que par la valeur vraie de son école. La nôtre est parquée éternellement sur de vielles et vaines certitudes dont ses premiers promoteurs sont pourtant les plus sceptiques sur son inefficacité pendant que leur orgueil continue d’ahaner sur des chemins tortueux s’en allant droit et vite se lancer dans le vide… mais sans eux et sans leur progéniture qui, elle, s’abreuve du savoir qui déploie ses voiles ailleurs comme pour prendre la relève pour perpétuer la dance sous vide et ainsi de suite. Même dans leur âge avancé ces promoteurs ne semblent pas lâcher du lest. Là aussi un adage en donne la plus terrible des images.

Il dit : «La vieillesse, quel naufrage !!!». Si le modèle idéologique de notre école était efficient, il aurait fait ses preuves d’abord ailleurs sur son territoire d’origine où elle n’est toujours pas un exemple à suivre. Cette forme cyclique des échecs a animé l’activité de l’homme dans les pays, dans les régions et dans les blocs idéologiques. Mais avons-nous pris conscience du désastre ?

Ainsi devrait être la mission de ceux qui s’engagent dans la vie publique, dans le service public et le service de la société. Un crédit et une confiance en soit ne sont jamais des acquis définitifs. La vie publique est comme une scène où le comédien doit savoir compenser sur place les «trous» de la pièce (ici notre école). C’est cette faculté de précéder les événements avant qu’ils ne surviennent en une gigantesque conflagration sociale qui est la plus difficile mission d’une institution publique comme notre école qui «fuit» de partout ses murs. Gageons que Madame Benghabrit, qui a entamé des actions bénéfiques, contrairement à Monsieur Lacheref, aura suffisamment le temps nécessaire pour y remédier.

Abdennour Abdesselam (kocilnour@yahoo. fr)