Qui stoppera le déferlante du béton ?

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C’est une dilapidation à outrance et outrancière qui affecte les terres à vocation agricole de la vallée de la Soummam.

Une frénésie implacable, qui n’épargne ni le patrimoine foncier relevant du domaine privé de l’état, ni les terres relevant du domaine privé particulier. Le gaspillage, c’est à l’évidence, ce qui se fait de mieux chez nous. Un sacerdoce et une vraie philosophie. Il n’y a nul excès. Pour s’en convaincre, si tant est que de besoin, il suffit de jeter un coup d’œil sur ces belles terres agricoles, opulentes et généreuses, stérilisées et pétrifiées à jamais par des coulées de béton infamantes. Partout, la même folie furieuse, la même frénésie dévastatrice. Un seul et unique entêtement à vouloir tout cramer, sans répit ni rémission !

La distraction des terres agricoles à des fins d’urbanisation, d’installation de nouveaux équipements publics et de projets industriels, se fait avec une facilité déconcertante. Le schéma d’orientation agricole, sensé constituer le cadre de référence pour les actions de conservation, de préservation, d’exploitation rationnelle et d’utilisation optimale des espaces agricoles, dans le respect des potentialités naturelles, reste un vœu pieux. Une profession de foi, sans aucun prolongement significatif sur le terrain. «L’affectation des assiettes foncières pour l’implantation d’un projet immobilier, d’une école ou tout autre équipement public, n’obéit bien souvent, qu’à un seul paramètre, celui de la disponibilité des poches foncières», souligne un ingénieur urbaniste, imputant une grande part de responsabilité de cette gestion chaotique et dommageable aux commissions locales de choix de terrains. Même le bouclier juridique, en l’occurrence la loi d’orientation foncière, la loi d’orientation agricole et la loi domaniale, n’a pas résisté à cette ardeur dépensière. Curieusement, ce sont les autorités centrales qui, plus d’une fois, ont fait voler en éclat ce rempart protecteur. Une circulaire par-ci, une instruction par-là et le tour est joué. Ces décisions dérogatoires, prises le plus souvent sous l’emprise de l’urgence, sont, nous dit-on, justifiées par une démarche visant à débloquer les programmes de développement urbain en instance, faute d’assiettes foncières. Une prétendue souplesse dans la distraction des terres agricoles et leur transfert au secteur de l’urbanisme et des travaux publics, pour légitimer tous les coups tordus, y compris celui de tordre le cou aux dispositions de la loi. Les conséquences de ces incohérences sont là : la surface agricole utile (SAU) a décliné vertigineusement, faisant chuter le ratio par habitant de plus de moitié en quelques décennies. Les effets pervers de cette gestion aléatoire du patrimoine foncier sont potentialisés et aggravés par d’autres facteurs, aussi bien anthropiques que naturels. Le déboisement par les incendies et les coupes illicites, l’érosion sous toutes ses formes et les incidences du réchauffement climatique, nous rapprochent chaque jour un peu plus, de la quadrature du cercle!

Nacer Maouche

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