Après le choix des promoteurs du projet, en l’occurrence un géologue, un architecte et un médecin, le seul signe de la réalité du projet remonte au début de l’année 2005 lorsque les anciennes infrastructures vétustes (chambres et bassins) ont fait l’objet de démolition. Puis, c’est le silence radio. Les quelques habitants, qui ont regagné le bercail après un exil forcé dû à la situation sécuritaire au milieu des années 1990, parlent d’un problème foncier. Cependant, un représentant de “Rebatek Compagnie” (études et réalisations), que nous avions pu contacter l’été passé, nous apprenait que le retard du lancement des travaux est essentiellement lié au dossier de concession de la source. Notre interlocuteur affirme que ce dossier a été présenté à la Direction du tourisme de la wilaya de Bouira qui, à son tour, l’a transmis au ministère de tutelle. “On nous a promis que la situation allait se régler avant la fin du mois de juillet 2005, or, rien apparemment ne pointe à l’horizon”. Une autre source officielle, à savoir le président de l’APC d’El Hachimia, dont dépend territorialement le site, nous a déjà signalé que les promoteurs n’ont aucun problème juridique lié au terrain d’assiette.De même qu’un acte de propriété leur est délivré sur une superficie d’un peu plus de trois hectares, de même que le bornage y afférent a été réalisé par l’agence foncière de Souk El Khemis. Suite à cela, les promoteurs de la SARL “Faraksen” ont procédé à la démolition des anciennes bâtisses (murs et bassins rudimentaires) à leurs frais et ont réalisé les premiers travaux de terrassements. Cette première tranche a déjà consommé quelque 10 millions de dinars selon notre interlocuteur de Faraksen. “Le reste des travaux, soutient-il, est impérativement tributaire de la concession de la source thermale dont le dossier est bloqué au niveau du ministère du Tourisme”. Les investisseurs sont ainsi freinés dans l’avancement de leur projet d’autant plus que le précieux document de concession conditionne un certain nombre d’opérations importantes, à savoir entre autres : l’obtention de l’agrément pour l’exercice de l’activité thermale, la délivrance du registre de commerce et la formulation du dossier de financement au niveau de la banque. La source thermale de Hammam Ksenna, située à 35 km au sud-est du chef-lieu de la wilaya de Bouira, a toujours constitué un pôle d’attraction pour les curistes et les accros de villégiature malgré son manque d’infrastructures et équipements. De toutes les wilayas du Centre, les visiteurs affluent pour passer des moments de détente au milieu d’une ambiance de vapeurs, de soufre et de verdure, dans l’une des plus belles contrées du massif des Bibans. Ses vertus thérapeutiques étaient connues depuis l’antiquité lorsque les notables berbères et les légionnaires romains se délassaient du repos du guerrier dans ses eaux chaudes et sulfureuses. Rhumatismes, dermatoses, maladies vasculaires, certaines affections ORL,…sont traitées par les eaux de la source. Les visiteurs, qui venaient des régions éloignées, étaient hébergés dans des chambres sans étage bâties sur la berge droite de l’Oued El Hammam qu’ils prenaient en location. En 1994, de graves inondations ont balayé d’un revers de main toutes les chambres et emporté deux personnes jusqu’au pont de l’Oued Zaïane, sur la RN5. Une année après, ce fut la déferlante terroriste qui mit fin à toute vie humaine sur les terres de Hammam Ksenna. Les habitants ont abondonnée leurs foyers pour se retrouve dans le chef-lieu de commune, El Hachimia, ou dans les autres villes (Aïn Bessem, Bouira…). Ce n’est qu’en 1998 que quelques citoyens rejoignirent le village d’El Hammam rassurés par la présence de l’armée et des gardes communaux. La pauvreté, la précarité et la désolation qui s’installèrent dans le village appelaient bien des solutions qui devaient aussi inciter les autres “Hammamis” exilés à retourner chez eux. La première et la plus importante potentialité de la région se trouve être la source thermale, source qui n’a jamais tari même pendant la sécheresse historique de 2001/2002. Captée depuis la colonisation sur la falaise de Gabr El Djahel au moyen d’un tunnel maçonné en voûte, la source déverse ses eaux presque bouillonnantes dans un premier bassin construit à l’entrée du tunnel. A partir de là, des conduites font descendre l’eau dans des bassins de réception secondaires bâtis sur la berge gauche du cours d’El Hammam. En arrivant au dernier bassin, l’eau perd quelques degrés Celsius et devient abordable.Le projet de complexe thermal confié à la SARL “Faraksen” prévoit un investissement de 320 millions de dinars avec un échéancier de réalisation de 36 mois, 20 millions de DA sont destinés aux études et approbations, 20 millions seront consacrés à l’acquisition de terrain, 180 millions de DA constituent le coût de la réalisation et 120 millions de DA iront au mobilier d’hôtellerie et aux équipement médicaux. Les capacités d’accueil du complexe sont estimées à 1200 personnes par jour (curistes). Les capacités de traitements médicaux sont de 120 personnes par jour. La restauration pourra être assurée pour 600 couverts/jour en sus de 1000 repas/jour avec la formule fast-food ; quant à l’hébergement, il sera constitué de bungalows (600 lits), hôtel (30 lits), Hammam (120 lits) et bloc médical (120 lits).Au vu du retard économique accumulé par la région et du désespoir social exacerbé par la politique de la terre brûlée menée par le terrorisme pendant plusieurs années, le projet d’implantion d’un complexe thermal à Hammam Ksenna est vu par les populations et autorités locales comme une véritable révolution sociale, économique et touristique. C’est pourquoi, l’arrêt des travaux dû à des procédures bureaucratiques commence à semer de l’inquiétude parmi les habitants au point de donner lieu à des rumeurs les plus fantaisistes quant aux raisons du blocage. Le peu d’activité économique encore exercée dans la région demeure l’agriculture de subsistance (céréaliculture sur de petites parcelles à la périphérie de la grande pinède de Ksenna). À la faveur du programme de plantation fruitière initié par la conservation des forêts depuis 2001, des familles ont bénéficié de quelques lopins de 2 à 5 ha plantés d’oliviers sous forme d’amodiations le long du CW 97 et sur certaines tranchées pare-feu. A par cela, Aucun autre investissement d’envergure n’est venu améliorer la vie des habitants d’El Hammam qui ont bien voulu retourner chez eux ou inciter au retour ceux qui s’y refusent jusqu’à présent.
Amar Naït Messaoud
