Amine Malouf, décortique avec un rare talent, la souffrance psychologique, culturelle du peuple arabe, qui n’arrive pas à s’agripper à la modernité sans perdre son âme. Dans le premier chapitre : l’auteur s’élève contre une idée fort répandue que l’identité est une donnée figée, construite d’un seul élément soit religieux, ou linguistique. En revanche, l’auteur propose une identité composée de plusieurs éléments, il cite son propre exemple : Libanais, chrétien, et de culture française. Pour l’auteur l’identité n’est pas à fragmenter, elle est un tout. Définir l’identité à travers un seul élément, c’est la rétrécir. Une question se pose : peut-on définir l’identité à travers la religion seulement, ou bien la nation ou bien encore la langue uniquement ? La réponse est non, car l’identité est un ensemble soudé. Elle n’est pas livrée une fois pour toute, elle se construit ; au fil du temps elle se transforme, elle se recompose grâce au changement social, culturel. Face à la mondialisation qui fonctionne comme un rouleau compresseur, le choix de rester soi devient hypothétique. Le choix proposé est : l’intégration en se dépouillant des éléments de sa personnalité ou la désintégration de soi pour se fondre dans ce qu’on appelle « le village planétaire ». Aujourd’hui, ce sont les blessures identitaires qui poussent beaucoup de citoyens dans les bras des extrémistes. Un Algérien vivant en France se sent perdu, il est perçu comme un Français par les Algériens et il est vu comme un Algérien par les Français. Ce vide existe, il, pousse parfois à l’extrémisme religieux. Il met aussi en relief, l’influence de la religion sur le peuple, ce jeu de miroirs dégage une complexité entre la religion et le peuple, et leurs interactions. Il pose une question cruciale : est-ce le peuple qui influence la religion ou bien est-ce la religion qui influence le peuple ? (Vaste programme comme dirait l’autre)Il y a un rapport dialectique, entre le peuple et la religion, on ne peut pas les dissocier. Dans le troisième chapitre l’auteur met l’accent sur le formidable essor de l’Occident, tant sur le plan économique, social que culturel, laissant à la traîne le monde arabe. Amine Malouf, nous interpelle sur le fait que l’Occident est partout, dans nos assiettes, sur le plan vestimentaire, sur le plan culinaire (sandwich, fast-food)Il est vrai que la modernité tend à uniformiser, standardiser les cultures, les vécus sociaux. Cet état de fait amène les peuple d’Orient, à des réflexes de survie ; s’ils s’affirment avec fracas, c’est pour ne pas se dissoudre dans l’autre (l’Occident) L’Oriental cherche des valeurs refuge. Ceci pour continuer à exister en tant que soi et se distinguer de l’autre. Cette mondialisation sans visage brasse tout sur son passage, c’est un véritable tsunami, elle fait éclater les identités, elle décompose et recompose le monde. Quelle attitude faut il adopter face à cette avalanche d’uniformisation ?Le peuple d’Orient se recroqueville sur lui-même pour tenter de sauvegarder l’essentiel. Mais au fait, l’essentiel n’est pas en train de s’envoler sous les coups de boutoir des images venues d’ailleurs, les valeurs ancestrales sont pulvérisées, cet état de fait crée une situation d’humiliation, de peur. Elle pousse au rejet de l’autre (l’Occident) le monde dans lequel nous vivons nous échappe, nous avons un rapport ambivalent avec l’Occident : « attraction répulsion ». Cette ambivalence crée une situation paradoxale dans le sens où l’Occident est vu tantôt comme un envahisseur tantôt comme l’incarnation des valeurs démocratiques, d’humanisme ; au fond n’est ce pas la médaille et son revers ? Dans le dernier chapitre, l’auteur décrit la complexité du monde. La défaite de Marx (la chute du communisme). La défaite du nationalisme arabe. La crise du capitalisme mondial. Pour illustrer son propos, l’auteur cite l’exemple de l’étudiant qui entre à l’université dans les années 70, ce jeune sera vraisemblablement attiré par le nationalisme arabe incarné par Nasser, soit par le courant marxisant. Aujourd’hui ces deux courants politiques étant morts, notre jeune étudiant sera happé par l’extrémisme religieux, pourquoi ?Seuls les courants politiques apportent une réponse à la crise existentielle. Ce sont les seuls qui donnent un sens à la vie, ils apportent une fausse réponse à un vrai problème mais une réponse tout de même.
H. Kemmar
