Les non-voyants se débattent au quotidien pour préserver les quelques droits arrachés au prix d’une lutte de longue haleine. C’est le triste constat dressé par le président de l’association nationale pour la promotion des non-voyants et leurs enfants «El-Irada» (volonté), M. Abdelkrim Akkouche.
Ce dernier qu’on a rencontré au siège de l’association sise à Bouira, à la veille de la célébration de la Journée nationale des handicapés, qualifie la situation des non-voyants de préoccupante. Pour notre interlocuteur, l’on assiste ces dernières années à une inquiétante dégradation des conditions de cette frange de la société.
«Les non-voyants étaient mieux lotis et moins exposés avant qu’ils le sont actuellement», nous confie-t-il. Pour illustrer ces propos, M. Akkouche cite à titre d’exemple l’accès au travail. À ce propos, il dira qu’il y a encore quelques années, 31 unités industrielles publiques à travers le pays, des fabriques de ballets pour la plupart, assuraient un travail digne à près de 3 000 non-voyants. De ces unités, il en reste actuellement plus rien, d’après lui.
Pour notre interlocuteur, la fermeture de ces unités était une erreur, car celles-ci garantissaient des revenus à des centaines de familles. À l’époque, le non-voyant pouvait vivre de son travail et n’avait nul besoin d’être assisté. Or, actuellement, beaucoup dépendent de l’aide des pouvoirs publics. Et là encore, ce n’est pas tout le monde qui a accès aux aides. À ce sujet, notre interlocuteur nous confiera que les services sociaux ont cessé de verser les indemnités (AFS), notamment à de nombreux non-voyants. Ceci sous prétexte que ces derniers perçoivent d’autres revenus.
M. Hocine Bessaoudi, président de l’association de wilaya des non-voyants, s’élève contre cet état de fait et estime que cette frange de la société ne dispose pas, à vrai dire, de moyens conséquents pour vivre, ce n’est les modestes retraites avec lesquelles ils survivent à peine. Les non-voyants assimilent cette situation à une injustice. Autre point évoqué par les responsables de l’association El-Irada, celui de l’accès aux soins.
À ce propos, M. Akkouche a avoué que «dans certaines régions isolées du pays, comme dans les wilayas du sud, les non-voyants éprouvent beaucoup de difficultés à se soigner, et ce, en raison du manque de moyens de locomotion». Toujours au sujet de la prise en charge médicale, un des membres de l’association s’interroge sur le taux de remboursement, auprès des CNAS, fixé à seulement 80%. Pour lui, le non-voyant doit bénéficier d’un remboursement à hauteur de 100%.
L’accès au travail et à la scolarité seront aussi abordés par les membres de l’association. Sur le premier point, M. Akkouche fera savoir que très peu de non-voyants arrivent à accéder à un travail. Il citera le cas d’une licenciée de Bouira qui peine à trouver un job. Pourtant, dans les mairies et les administrations publiques, il y a cette possibilité de recruter des non-voyants comme standardiste. Mais rares sont les non-voyants à y avoir accès. Au sujet de la scolarité notre interlocuteur qui reconnait l’existence de structures d’accueil à travers le pays, déplore, néanmoins, le manque du matériel pédagogique.
M. Akkouche évoque le manque de manuels scolaires en braille pour les classes de 1ère et 4ème année moyenne. Le même manque est également signalé au niveau de l’université. À en croire les membres de l’association, il y a du matériel pédagogique introuvable en Algérie que bon nombre de non-voyants se procurent dans les pays du Golf. Le président de l’association El-Irada revient sur le projet de la création d’une école pour non-voyants dans la wilaya de Bouira, à Sour El-Ghozlane plus exactement.
Un projet ajourné que l’association espère relancer. L’on apprend qu’une demande a été formulée dans ce sens auprès de la DAS. Le souhait de l’association c’est d’arriver à ouvrir une classe de 15 à 16 élèves dans la wilaya de Bouira. L’autre souhait des membres de l’association El-Irada, c’est la relance de certaines unités de fabrication de ballet. À la question de savoir si les membres de l’association ont déjà formulé des propositions allant dans le sens d’améliorer le quotidien des non-voyants, nos interlocuteurs étaient affirmatifs à dire qu’ils n’ont de cesse d’interpeller les pouvoirs publics sur les problèmes auxquels fait face cette frange de la société.
Selon eux, les responsable politiques sont, certes, à l’écoute mais, agissent peu. Pour rappel, jusqu’à 2015, près de 210 000 non-voyants sont recensés à travers le pays. Dans la wilaya de Bouira, ils sont près de 2 000. À noter, par ailleurs, que l’association El-Irada, présidée par Abdelkrim Akkouche, a été créée en 1995. Son siège se trouve à Bouira et elle est présente dans 15 wilayas. Elle compte près de 9 000 adhérents.
D. M.
