La production oléicole continue à susciter passion et débat mais aussi inquiétude, tant cette activité tarde à sortir de son cadre artisanal en Kabylie. Tributaire des moyens quasi caducs mis en place, souvent elle n’est là que pour un besoin domestique dans le cadre familial si étroit. Les gens ayant hérité d’oliviers ancestraux, relèguent la récolte d’olives et la production de l’huile d’olives à une activité secondaire. Souvent, la récolte et les travaux qui vont avec, comme la taille des arbres, sont confiés à des femmes et des adolescents, avec ce que cela suppose comme travail approximatif qui n’obéit pas aux normes scientifiques d’entretiens des oliviers. Portant la récolte n’est jamais régulière, elle évolue en dent de scie. Tantôt abondante, tantôt faible. Pour en savoir plus sur le sujet, nous avons approché M. Dahmane Chérif, responsable de l’entreprise branche d’olivier, qui assure la mise en bouteille de l’huile d’olive, et ce à la marge de la deuxième édition de la Foire oléicole qui se tient à Tizi-Ouzou, du 15 au 22 du mois en cours. D’emblée, il situera l’enjeu de la production oléicole dans le monde : «Ce qu’il faut savoir est que plus de 98% de cette production se trouve localisée dans le bassin méditerranéen, où s’est développé depuis des millénaires ce système agricole qui se caractérise par son adaptation au milieu rural. De ce fait, la production mondiale est en constante augmentation ainsi que les prix qui ne cessent d’augmenter en rapport à la demande et à la consommation mondiale toujours en hausse. Les principaux pays importateurs de l’huile d’olive sont les USA, le Japon, le Canada, l’Australie, le Brésil et récemment la Russie». Tout cela démontre l’importance de ce produit et les moult raisons qui devraient nous inciter à améliorer cette filière. Notre interlocuteur nous en donnera comme preuve le pays voisin, la Tunisie. Il dira en l’occurrence : «Dans ce pays, cette filière joue à la fois un rôle social, culturel et surtout économique. Elle aide à la fixation des habitants, au recul du nomadisme, permet des échanges commerciaux, assure le développement de l’industrie de transformation, entre autres. De fait, l’activité oléicole intense dans ce pays assure la sédentarisation des populations rurales car elle leur assure des sources de revenus conséquents. Bref, cette activité fait vivre des familles». Mais l’intérêt n’est pas seulement d’ordre social, puisque économiquement, ajoute notre source, «la filière permet à l’État de réaliser des objectifs nationaux, garantit l’autonomie alimentaire, facteur important dans la balance budgétaire. La production oléicole est un vecteur puissant pour résorber le chômage». En effet, il ne peut qu’en être si l’on sait, selon les statistiques mondiales, que la Tunisie est le deuxième pays producteur de l’huile d’olives avec une superficie de 1 700 000 ha, ce qui la place à la quatrième place mondialement. Ce pays peut se targuer d’un savoir faire qui le rend compétitif sur les marchés mondiaux. «C’est pour sensibiliser les gens sur l’importance de ce secteur que nous avons initié cette foire. Nos objectifs sont simples mais importants : rendre la production oléicole dans notre région compétitive, la sortir de son état domestique, lui donner les moyens de devenir une activité économique en puissance. Dans un premier temps, il nous faudra enraciner l’idée du label. Une huile produite dans la région des Aït Djennad n’a pas les mêmes caractéristiques que celle produite dans les régions des Aït Abbas par exemple. Chaque huile doit être cataloguée afin de pouvoir jouer sur la concurrence, ensuite imposer ces marques sur le marché national avant de nous attaquer aux marchés internationaux. Il ne suffit pas de planter des oliviers, il faut que cette production obéit aux normes requises, pour une production de qualité mais aussi produire en quantité afin que les oléiculteurs puissent y vivre et faire vivre leur famille», précisera notre interlocuteur.
A. S. Amazigh

