Commémoration du cinquante-huitième anniversaire du cessez-le-feu – Reconnaitre les crimes est impératif

Aujourd’hui, c’est le 58 anniversaire, jour pour jour, du cessez-le-le feu. Cela fait beaucoup de temps, mais dans l’Histoire cela ne fait pas très longtemps. Les enfants d’alors, aujourd’hui pour la plupart retraités, se souviennent. Les adultes sont des vieillards. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont informés sur le passé que par doses homéopathiques. Les médias ne disent pas grand-chose de cet événement. En termes sibyllins, ils reproduisent ceci : «Le 19 mars 1962, à midi, le cessez-le-feu négocié dans le cadre des accords d’Evian prend effet et met fin à un conflit qui a duré 8 ans. La veille, le gouvernement français a cédé au GPRA l’ensemble de ses pouvoirs et prérogatives sur l’Algérie et le Sahara. Un double référendum – en France et en Algérie – viendra bientôt entériner cette décision. Le 8 avril 1962, les Français de métropole approuveront à plus de 90% le choix du général de Gaulle et le 1er juillet 1962, les Algériens se prononceront encore plus massivement pour l’indépendance de leur pays». Une question corollaire est la qualification de «guerre». De même que pour le terme d’accords, seul un État peut faire la guerre en droit (ne serait-ce que parce que la déclaration de guerre est un traité et qu’il faut pour cela avoir la personnalité morale). Le concept de guerre civile n’a pas d’existence en droit (bien que l’article 3 commun aux quatre conventions de 1949 évoque un certain nombre de règles minimales à respecter dans les conflits armés non internationaux) on parle plutôt de trouble à l’ordre public, de révolte ou de révolution, selon l’intensité de l’affrontement). Derrière ces qualifications juridiques, se trouvent en réalité de réels enjeux politiques, ceux de la communauté internationale d’un État et de la reconnaissance des exactions commises par un État sur un autre. À ce titre, le terme de guerre d’Algérie ne fut reconnu que très tardivement en France. Il s’agit de Jacques Chirac, qui au cours de son premier mandat de président de la République Française, a finalement employé ce terme, entraînant ainsi une véritable «guerre des mémoires». Qu’à cela ne tienne, peu importe ce qui nous inquiète ou ce qui nous rassure à cet égard. Pourvu que nos jeunes puissent apprendre à définir le bon grain de l’ivraie, à savoir les tenants et les aboutissant de cette épopée vécu par leur peuple et les affres auxquels il était exposé les assassinats, les tueries collectives, les corvées de bois, la famine, la torture, les privations pour enfin connaître la liberté payée au prix fort d’un million et demi de morts et de million d’éclopés. Pas plus loin que la semaine dernière, lorsque le président de la République Française, François Hollande, s’est exprimé sur le «cessez-le-feu», qu’un tollé indescriptible s’est soulevé de la droite, de l’extrême droite, des harkis et apparentés. Forcément. Il fallait bien en finir avec ces atermoiements, ces prêchi-prêcha, pour en convenir d’une chose : la guerre d’Algérie n’a pas été humaine, elle a de toute façon été la plus inhumaine, la plus intolérable comme l’a été sa colonisation. Que la France se refuse à toute repentance cela peut se comprendre. L’Algérie ne saurait tolérer, même des bouts des lèvres, l’atteinte à ses morts.

Sadek A. H