Mohand Moh Ouomar Iazzourène, cousin du célèbre colonel de la wilaya III historique, Mohand Ameziane dit Saïd Vrirouche (1912-1988), appartenait à la catégorie des révolutionnaires de première heure ayant survécu et choisi la vie simple et la quiétude de la compagne, après le recouvrement de l’indépendance de l’Algérie en 1962. L’hommage qui lui est rendu au passage, à la veille de la commémoration du quarantième jour de sa disparition subite, prévue pour mardi prochain dans son village natal Iadjemat (Timizart), est méritoire. C’est un devoir même. Ce moudjahid n’avait pas la chance de s’instruire comme c’était le cas de la majorité des enfants de la génération des années 1940 à laquelle il appartenait. Mais il était très politisé et imprégné de la «littérature» du PPA-MTLD. Au sein des rangs de l’armée de libération nationale (ALN), «il était l’un des hommes sûrs, ayant le sens du secret, et surtout celui à qui les officiers confiaient des missions confidentielles», témoignent ses compagnons d’arme. Après 1962, désillusionné «heureux les martyrs qui n’ont rien vu», aimait-il dire. Vigilent, il avait vécu pendant la période dite «la décennie noire». Il est utile de retenir aussi qu’il arrivait à Da Moh Ouomar Iazzourène de parler patiemment aux jeunes de son village pendant des heures à propos des hauts faits de guerre et de l’histoire de la révolution et des opérations militaires auxquelles il avait paris part, les armes à la main, contre les troupes armées de l’ex-puissance coloniale, tout en mettant toujours en avant la bravoure de ses frères de combat tombés en martyrs au champ d’honneur. Il déclinait, toutefois, poliment les invitations pour communiquer lors des les diverses festivités ou commémorations ayant trait à la guerre de libération, quelque soit l’initiateur. Aussi, c’est Da Moh Ouomar Iazzourène qui nous a raconté un jour, en détails, l’histoire de la sordide opération dite «Oiseau Bleu», qui, paradoxalement ne figure pas dans les programmes d’enseignement. Il n’y a pas non plus autant d’historiens qui ont accordé l’intérêt dans leurs ouvrages à cet épisode douloureux de l’histoire de l’Algérie contemporaine. A ce sujet, Mohand Moh Ouomar nous a confié des propos exacts, et vérifiés même dans l’ouvrage très intéressant et bien documenté intitulé «L’Opération Oiseau Bleu», écrit par le géant théologien et écrivain, Mohamed Saleh Essedik, issu de la même région que le défunt, rapportant que pour Jacques Soustelle et Robert Lacoste, cette manœuvre psychologique, ou ce crasseux complot ourdi par les service spéciaux français, «devait anéantir les fellagas». Mais grâce à cette opération démobilisatrice détournée habilement par les soins du colonel Saïd Vrirouche et ses hommes au profit de l’ALN-FLN, la wilaya III historique s’est vue dotée d’un montant de l’ordre de 300 millions et de pas moins de 1 200 hommes bien équipés et armés. Une partie de l’argent collecté a été transmise à d’autres wilayas historiques, alors que l’autre partie a servi amplement pour l’organisation du congrès de la Soummam à Ifri Ouzelaguen, le 20 août 1956. Nous apprenions, également, de Mohand Moh Ouomar, les détails de «la bataille d’Agouni Ouzidhoudh», à Iflissen El Bhar, au cours de laquelle 400 soldats des troupes armées françaises furent tués, tendis que l’ALN avait perdu 114 éléments. De plus, au terme de cette bataille à armes inégales, et pendant laquelle l’armées française avait reçu du renfort de partout à travers les quatre coins du pays, beaucoup de maquisards, dont l’officier de l’ALN Chihaoui Mokrane originaire du village limitrophe Abizar, et le moudjahid Gharbousbane Mohamed Saïd, dit Moh Saïd Ourezki, de Tifra (Tigzirt), ainsi que tant d’autres blessés, ont été capturés par l’ennemi. Citons au passage un autre vaillant combattant de l’ALN, Moh Ourami, de son vrai nom Rami Mohamed, d’Abizar, qui a rendu l’âme dernièrement à l’hôpital Meghnem Lounès d’Azazga, à quelques jours d’intervalle après le départ de Da Moh Ouomar. Moh Ourami faisait partie d’une unité de choc redoutable affiliée au ALN-FLN, agissant rigoureusement et de sans froids sur le territoire français pendant la guerre de libération nationale. Son père et son frère ainé avaient été exécutés devant les yeux de sa mère. Après l’indépendance du pays, tout comme Da moh Ouomar, le moudjahid Rami Mohamed s’est plutôt occupé du labeur de ses champs. Heureux, les courageux combattants de l’ALN ayant contribué dignement à la libération de l’Algérie du joug colonial qui a duré plus d’un siècle.
Djemaa Timzouert
