Tassaft Ougemmoune rend hommage à son « témoin »

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Afin que la mémoire perdure, le comité de village de Tassaft Ouguemoune, dans la commune d’Iboudraren, a préparé ce vendredi, une fête qui a permis aux citoyens du village d’assister à l’hommage rendu à l’un des leurs, en l’occurrence Ouahioune Chabane, connu au village sous le pseudo de «Dda Chabane». Auteur d’expression française, Dda Chabane est né à Tassaft Ougemmoune un certain 22 avril 1922. Pour l’indigène qu’il était, il a su très tôt qu’il n’y a que l’instruction qui peut vaincre la misère et le sortir de ce joug colonial. Et en ce temps-là l’instruction ou l’école n’était pas donnée à n’importe qui. C’était au compte-goutte que certains Algériens ont pu accéder à ce trésor qu’est l’instruction. C’est, ainsi, qu’après des études à l’école primaire, il a pu tout de même entrer à l’école normale de Bouzaréah en 1942. Après avoir obtenu son baccalauréat, Chabane Ouahioune s’est inscrit à la faculté de droit d’Alger où il décroche son Certificat d’aptitude au grade de bachelier en droit, le 26 juin 1948, et sa licence en droit en 1949. Durant la période où il était étudiant, il fit la connaissance, hasard ou destinée, dans l’hôtel où il avait loué une chambre avec un de ses amis, Mouloud Mammeri, qui était alors enseignant au lycée de Ben Aknoun. Ce dernier lui confit des pages de son manuscrit «La colline oubliée», qui sera le 1er roman de Dda L’Mulud. Le premier contact avec l’écrit romanesque date sûrement de cette rencontre décisive avec Mouloud Mammeri. Chabane Ouahioune est correcteur aux éditions SNED, trente ans après la publication de son 1er récit «La maison au bout des champs». Dans ce récit, Dda Chabane a fait goûter aux lecteurs la simplicité des êtres forts, pour ensuite narrer un drame de la guerre de libération, un exemple des confrontations continuelles entre les hommes. Chabane Ouahioune écrit sur la Kabylie. Dans sa conférence témoignage, Helouane dira : «Chabane Ouahioune ‘Yura ghef tmurt s wawal n tmurt». Chabane Ouahioune a aussi abordé de multiples thèmes, notamment l’émigration qui a fait l’objet de plusieurs chroniques sensées et pleines de modération dans la presse nationale durant la période où le terrorisme islamiste entrainait l’Algérie dans le sang, où il a convié toujours ses lecteurs dans les conquérants du parc rouge, avec toujours le même souci de vérité à partager avec les émigrés la dure vie des exilés en France». Son livre «Tiferzizouit» ou le parfum de la mélisse, où il a écrit : «Tiferzizouit, c’est la feuille de l’abeille, la mélisse. Elle croît sur les sols humides, à l’ombre des arbres. Elle aime les sources (…) Tiferzizouit c’est aussi Hand, le vieux berger plus noueux que le tronc d’un olivier sauvage… Il emploie tout son temps à aller de source en source, celles qui sourdent autour du village…» Ce livre traduit la chaleur humaine de notre peuple, tandis que parmi les collines invaincues a rendu son courage indomptable magnifique. S’en est suivi ce mal des siècles, qui constitue une prospection minutieuse, a permis à l’auteur «ad yani» (mieux fouiller) l’orientation dramatique et lamentable de certains hommes à avoir cette manie de toujours maltraiter et brimer leurs semblables de conditions plus modestes. Bien que cet ouvrage a un côté anecdotique, il y a lieu de retenir que des êtres ont cette attitude émouvante, avec leur dureté et exagération, ne parviennent pas à enlever la confiance. Restant toujours lui-même, Chabane Ouahioune s’est permis de se balader dans la poésie de Lounis, en écrivant : «Randonnées avec Aït Menguellet». Il a dit : «La terre et les hommes sont inséparables. Les paysages du Djurdjura aident à comprendre la poésie de Lounis Aït Menguellet et son œuvre permet de saisir l’esprit de cette montagne farouche. C’est pourquoi nous n’avons pu dissocier notre chanteur de sa région natale. Notre travail n’est ni une biographie ni une étude ordonnée des poésies de Aït Menguellet, dont la popularité a dépassé les frontières de notre pays. Nous avons simplement réfléchi sur certaines de ses chansons, tenté de traduire les sensations et sentiments qu’elles font naître en nous, et aussi essayé de découvrir les mécanismes de ses inspirations et la qualité de sa musique. Pour rendre notre tâche plus aisée, nous avons décidé d’entraîner le lecteur dans des promenades au cœur du Djurdjura, pour leur offrir et leur commenter, dans leur cadre naturel, le long des chemins et à la faveur des haltes, quelques œuvres de notre chanteur prodigieux qui sait si bien recevoir le langage des pierres, ceux des arbres, des bêtes et des chemins cachés». Comme il l’aurait dit pour résumer : «Lunis yenna-d s teqbaylit ayen yefren deg-negh». Et c’est du haut de ses 80 ans que Chabane Ouahioune revient sur la scène littéraire, avec un nouveau roman au titre allusif et évocateur «L’aigle du rocher», titre renvoyant à l’amour inextinguible que porte Chabane Ouahioune à sa terre natale, à la Kabylie à sa kabylité. De la randonnée avec Aït Menguellet, il écrit «L’aigle du rocher», cet oiseau différents des autres, cet oiseau noble. Et Chabane Ouahioune qui a aimé et aime son pays sa Kabylie, son village, il les aime profondément au point de renoncer aux fastes de la ville, de Paris, d’Alger pour venir se réinstaller alors qu’il avait les moyens intellectuelles, matériels de s’installer ailleurs mais il a préféré revenir à sa montagne à son «rocher». Chabane Ouahioune, par son retour à sa Kabylie, ne peut se passer de cet amour de la kabylité qu’il a toujours cultivé et qu’il cultive encore. Il ne voulait pas être «cet oiseau tout court» mais un aigle. Lounis Aït Menguellat n’a-t-il pas dit «Lbaz ma ixus-is udrar afrux kan ad as semmin».

B. M.

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