Le bureau local du Syndicat National des Architectes de Béjaïa a déposé plainte auprès du tribunal de Béjaïa pour faire cesser les activités illégales pratiquées par un certain nombre de personnes, en violation flagrante de la loi et de la réglementation en vigueur, en portant préjudice à la corporation des architectes.
Depuis longtemps, des pratiques existent, faisant en sorte que la plupart des chantiers de constructions échappent aux architectes et aux normes de construction. Cependant et selon la loi, ces derniers sont les seuls habilités à exercer ce métier qui requiert des compétences particulières et qui est encadré par la législation. Le secteur de la construction est considéré comme un secteur économique important, générant des chiffres d’affaires faramineux. Cela suscite la convoitise et ouvre la porte à des parasites de toutes sortes, qui essaient de prendre une part du marché mettant sérieusement en danger la population. On se souvient du scandale de la construction qui a éclaté suite à un séisme ravageur, il y a quelques années en Turquie. Il s’était avéré que le secteur de la construction avait été livré aux spéculateurs qui avaient engrangé des sommes inimaginables sans pour autant respecter les normes et la réglementation en matière d’architecture et d’urbanisme. Des centaines de morts avaient été déplorés à cette occasion. En Algérie, les constructeurs font souvent appel à des spéculateurs qui leur promettent de régler leurs problèmes en toute célérité en leur épargnant les contraintes techniques et administratives encadrant cette activité. C’est ainsi que beaucoup font appel à des intermédiaires qui fournissent des services de qualité douteuse, en contrepartie de sommes relativement modiques. C’est particulièrement le cas dans le domaine du FONAL, qui est le fonds d’aide à la construction en milieu rural. Les promoteurs font appel à des intermédiaires qui s’occupent de toute la paperasse, sans avoir de compétences techniques, ni d’agréments leur permettant d’intervenir dans ce domaine. Selon Hacène Yahiaoui, responsable local du SYNAA-Béjaïa, «des intermédiaires fournissent aux promoteurs des services qui ne sont pas de leurs compétences et font valider leurs plans par des architectes complaisants, qui se font rémunérer pour juste apposer leur cachet sur les documents». Les dits documents servent ensuite à accomplir le reste des démarches administratives, dont l’obtention du permis de construire. Une fois sur le terrain, les entrepreneurs se rendent compte que les plans fournis ne sont pas le fruit d’une étude, mais de modèles prêts à l’emploi, cependant inadaptables à la réalité du terrain. C’est ensuite le règne de l’improvisation et du bricolage, au détriment du respect des normes et des règles techniques. C’est ce qui explique l’anarchie qui prévaut dans ce domaine et l’état hideux de nos cités. Les règles d’urbanismes sont ignorées, pourvu que les gens réussissent à bâtir quelque chose. Surtout qu’il y a une certaine aide financière de l’État. L’auto-constructeur dans le cadre du Fonal se voit accorder une aide de sept-cents mille dinars, qui lui permet de réaliser un minimum. Il y a en moyenne cinq cents permis de construire qui sont accordés par l’APC et par an, dans la wilaya de Béjaïa. Soit environs vingt-six mille dossiers traités, dont une bonne partie est reprise par des intermédiaires qui engrangent des commissions conséquentes. Souvent, il s’agit d’une simple extension d’une bâtisse familiale ancienne, sans étude de sol, ni plan architectural convenable. Cette situation a aussi un autre effet pervers, puisqu’elle ôte à l’architecte les moyens de sa subsistance. Puisque n’importe qui peut fournir le minimum administratif requis, les constructeurs ne voient plus l’utilité de faire appel à de vrais professionnels capables de leur faire un travail de qualité et d’assumer leur responsabilité. Selon Hacène Yahiaoui, «environs 80% des architectes inscrits au Tableau de l’Ordre ne trouvent pas de travail, et ne peuvent pas vivre de leur métier». Leur travail a été squatté par d’autres et beaucoup se contentent de monnayer leur cachet pour survivre. Cette situation les met eux-mêmes en danger, puisque légalement, ils peuvent en supporter les conséquences. C’est contre cette situation que le SYNAA s’est levé pour mettre un terme à ces pratiques frauduleuses, qui mettent la vie des citoyens en danger et qui tuent une noble profession. Le SYNAA est un syndicat, et donc il a pour mission de défendre les intérêts moraux et matériels de la corporation. La saisine de la justice est donc dans ses prérogatives. Cette action ne vise personne nommément, puisque la plainte qui a été déposée l’a été contre X, ce qui oblige le parquet à enquêter pour mettre la lumière sur cette pratique et mettre fin à cette situation caractérisée par l’anarchie, et même au-delà la mise en danger de la vie d’autrui. C’est donc pour ce mardi que la première audience a été programmée, et l’ensemble des architectes, des bureaux d’études et des entreprises attendent de voir l’aboutissement de cette plainte. Il est en tout cas sûr que ce coup de pied dans la fourmilière va mettre les contrevenants dans une situation délicate, surtout si la justice commence à sévir, en sanctionnant quelques-uns d’entre eux pour donner l’exemple. Cette plainte du bureau du SYNAA de Béjaïa constitue une première. Les autres bureaux de ce syndicat, répartis dans plusieurs autres wilayas, suivront-ils cet exemple et feront-ils aussi pression sur les autorités pour revenir à l’orthodoxie en matière de construction ?
N. Si Yani

