Aïn El Hammam Alors que les consommateurs s’en réjouissent – Les éleveurs se plaignent du prix du poulet

La baisse vertigineuse des prix du poulet, entamée il y a plus d’un mois, n’est pas près de s’estomper, au grand bonheur des consommateurs qui voient là, une fois n’est pas coutume, l’occasion inespérée de garnir leur table à des prix modérés.

À cent soixante-dix dinars (170 DA) le kilogramme du poulet sur pied, ils font l’impasse sur la viande rouge et le poisson, deux produits très chers en ce moment. «J’ai acheté un bon poulet pour le prix d’un kilogramme de sardine», nous confie un père de famille pour qui «cette occasion ne se répètera pas avant longtemps». Comme «le bonheur des uns fait souvent le malheur des autres», les éleveurs, désemparés, affichent leur inquiétude. Ils ne cessent de se plaindre de cette situation qui les «met en faillite», nous dit l’un d’eux qui ajoute, désabusé qu’ «en préparant mon élevage, j’avais tablé sur un prix de vente moyen de deux cent cinquante dinars (250 DA) le kilogramme. Si j’avais su que j’en arriverai à brader ma marchandise, j’aurais cherché du travail comme manœuvre dans un chantier. J’aurais gagné plus et, tout au moins, sans tracas». Un autre éleveur qui procède à l’abattage dans son «magasin» en ville, nous fait part de ses déboires : «Nous payons l’aliment à cinq mille dinars le quintal. Nous sommes en train de vendre notre production à perte. À ce prix, je changerai de métier. Je ne suis même pas sûr de récupérer mon investissement». Concernant cette brusque chute des coûts, il n’hésite pas à désigner «les nombreux nouveaux éleveurs qui se sont investis dans la profession, ces derniers temps. Ils inondent le marché. Du coup, l’offre dépasse de loin la demande. Par ailleurs, nous ne pouvons pas garder, en élevage, des poulets âgés de plus de cinquante cinq jours, au risque de les nourrir pour rien. En ce moment, nous nous en débarrassons, en les bradant». Qu’à cela ne tienne ! Les clients qui pourraient faire remonter les prix par leur demande ne se bousculent pas au niveau des points de vente. «Le coût des autres produits de consommation qui grèvent leur budget les incite à limiter leurs dépenses», signale un acheteur. Ce sont, surtout, les bouchers qui cèdent la volaille à deux cent soixante dinars (260 DA) le kilogramme et les restaurateurs qui tirent profit de cette manne exceptionnelle. À la caisse, leurs clients en tous cas ne ressentent pas de baisse substantielle, hormis une ristourne, peu significative. Tous, clients ou éleveurs, ne perdent pas de vue le mois de carême qui pointe à l’horizon et qui, comme chaque année, ne manquera pas de booster les prix.

A. O. T.