Pour la deuxième année consécutive, les habitants de l'ancien village Tadert Lejdid du âarch Iwakuren ont organisé une série d'activités qui s'étaleront sur une semaine à l’initiative des sages du village Ighzer Iwakuren, pour commémorer la destruction de leur village par les forces coloniales le 06 mai 1957.
Des activités qui ont débutéle vendredi passé par une opération d’envergure de nettoyage de leur ancien village niché en haute montagne, dans la commune de Saharidj, qui consiste en le curage des fontaines et points d’eau, le nettoyage des fossés de drainage le long de la route qui relie cette région à la RN30, celui du cimetière, la réparation des ouvrages de l’éclairage public. Cela concernant le vieux village. Au niveau de Raffour, dans la commune de M’Chedallah, où ils résident actuellement, c’est une riche exposition d’archives datant de l’ère coloniale, d’armes et munitions de cette même période dont des fragments d’obus 105 de l’artillerie et de bidons de napalm et gaz asphyxiant utilisé par les militaires Français, de livres traitant de la guerre de libération nationale, à côté de photos des 114 martyrs du âarch iwakuren auxquels sont annexés la biographie et le parcours patriotique de chaque martyr, qui était au menu. Le jeudi a été ponctué par une cérémonie de recueillement et dépôt de gerbes de fleurs au carrée des martyrs à Raffour durant laquelle a été lue une motion de l’historique du village rédigée en tamazight, en présence de nombreux citoyens. Pour la journée du vendredi, il a été prévu une waâda au niveau de l’ancien village Ighzer Iwakuren et l’intervention de plusieurs témoins tant de la résistance que de la destruction du village qui relateront le moindre détail au passage des circonstances du rasage de ce village et l’évacuation de la population. L’activité a été clôturée par une waâda sur le site même du village Ighzer Iwakuren. Il convient de rappeler que le village Ighzer Iwakuren a été rasé par les militaires français, le 06 mai 1957, après un violent accrochage la veille avec une compagnie des maquisards qui leur ont fait subir d’énormes pertes. C’est alors que les soldats français ont décidé de se venger, en se rabattant sur la population sans défense et procédèrent à la destruction du village dont la majorité des habitants est allée se réfugier, dans un premier temps, au village voisin Thadert Lejdid du même aârch iwakuren, pendant que d’autres se sont éparpillés à travers les villages de l’actuelle daïra de M’Chedallah, où ils sont allés demander asile chez la population de cette région qui s’est montrée solidaire avec ces réfugiés. Mais, leur malheur ne s’arrêtera pas là. Le 28 juin, soit durant l’opération du sinistre général Bigeard où sont tombés au champ d’honneur Malika Gaid et Amrouche Mouloud qui a débuté le 27 du même mois, le village Thadert Lejdid fut à son tour détruit et la population évacuée vers l’actuelle Raffour, dans la commune de M’Chedallah, pour être parquée dans un camp de concentration en toile cerné de barbelés et étroitement surveillé. Notons enfin que le âarch Iwakuren composé de deux villages (Tadert et Ighzer), -les derniers villages en haute montagne dans l’actuelle commune de Saharidj-, a comptabilisé pas moins de 114 chahids et des centaines d’invalides de guerre dont les séquelles sont encore visibles sur la majorité des citoyens, hommes et femmes, âgés de cette tribu, qui a donné les meilleurs de ses enfants pour se libérer du joug colonial.
O. S.

