Les habitants du bidonville d’Oued Aïssi ferment la RN12

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Les résidents du bidonville d’Oued Aïssi n’ont pas trouvé meilleur moyen pour crier leur ras-le-bol que celui de fermer la RN12, au grand dam des milliers de citoyens qui ont trouvé toutes les peines du monde pour rejoindre la ville de Tizi-Ouzou.

Ce n’est certes pas la première fois que ce genre d’actions se produit dans les quatre coins de la wilaya, mais il faut reconnaître que ces répétitives fermetures de routes, notamment cette importante RN12, reliant Alger à Béjaïa ainsi que de nombreux chefs-lieux communaux et de daïras, sont devenues de véritables calvaires pour les usagers. C’était le cas encore une fois, hier, lorsque des centaines de citoyens, résidents du bidonville jouxtant l’hôpital psychiatrique Fernane Hannafi, ont procédé à la fermeture de la RN12 au niveau d’Oued Aïssi, afin d’exiger, à nouveau, leur relogement, comme cela a été convenu, selon eux, avec les autorités concernées. Les protestataires, qui ont décidé de bloquer la route dans les deux sens, dès les premières heures de la matinée, à l’aide de troncs d’arbres, de blocs de pierres et de pneus enflammés, n’ont laissé aucun véhicule passer à part les cas d’urgence, créant ainsi une pagaille indescriptible chez les milliers d’automobilistes empruntant cet important et névralgique axe routier de la wilaya.

Les citoyens, notamment les travailleurs et les étudiants, ont été encore une fois, les plus touchés par la fermeture de la RN12, puisqu’ils ont été obligés de parcourir une dizaine de kilomètres à pied pour rallier la ville de Tizi-Ouzou. Bloquer une aussi importante route, de surcroit le premier jour de la semaine et en pleine période d’examens scolaires et universitaires, a fait crier de rage des milliers de citoyens qui se sont retrouvés dans une situation inextricable. «Ce n’est pas la meilleure manière pour revendiquer ses droits, car qu’on le veuille ou non, ce sont toujours les simples citoyens qui se retrouvent lésés par la fermeture d’une route. La preuve, regardez ces centaines de citoyens, dont des femmes avec leurs bébés dans les bras, obligés de marcher à pied pour rejoindre leurs destinations à cause de cette fermeture de route», affirme un jeune étudiant de Mekla, contraint de faire le trajet Oued Aïssi-Tizi-Ouzou à pied sur plus de sept kilomètres faute de transport à partir de la station d’Issiakhen Oumeddour. Mais du côté des protestataires, cette énième action de rue reste à leurs yeux le seul et unique moyen pour attirer l’attention des pouvoirs publics. «Les responsables à tous les niveaux savent ce que nous endurons et surtout ce que nous revendiquons. Nous sommes les oubliés de l’Etat. Ce bidonville, qui loge plus de 280 familles, a été érigé au lendemain de l’Indépendance sur un champ, derrière l’hôpital psychiatrique d’Oued Aissi et n’attire pas le regard des responsables. Nous avons tenu des dizaines de réunions et procédé plusieurs fois à la fermeture de cette même RN12, mais à chaque fois, que ce soit au niveau de l’APC d’Irdjen dont dépend territorialement ce bidonville ou bien au niveau du wali, les responsables nous tiennent toujours le même discours, à savoir que le cas de notre bidonville sera pris en charge en urgence.

Une urgence qui dure depuis plus de cinquante années», s’écrie un protestataire qui affirme avoir vu le jour dans une baraque de ce bidonville au sein d’une famille originaire de Djelfa venue s’y installer au milieu des années soixante. «Nous sommes des Algériens à part entière et nous sommes nés presque tous ici dans ce bidonville et nous avons nos enfants qui suivent leur scolarité dans des écoles de la région et même des étudiants à l’université de Tizi-Ouzou. Nous demandons juste que les responsables tiennent leurs promesses maintes fois ressassées mais jamais concrétisées», ajoute un autre résident né également dans une baraque de ce bidonville en 1973 et dont la famille est originaire de la wilaya de Msila. Selon ce protestataire, les autorités locales, dont le wali en personne, avaient promis il y a plusieurs années le règlement définitif du problème de ce bidonville, l’un des plus anciens dans la wilaya, à travers le relogement des résidents dans le cadre de la résorption de l’habitat précaire et du programme de l’aide à l’auto-construction. «Les autorités nous ont promis des logements sociaux, en dehors du site pour certaines familles et des lots de terrain dans ce même bidonville pour d’autres, avec des aides financières dans le cadre de l’auto-construction. Nous avons trop attendu et il n’est pas question de patienter plus longtemps, car nous avons ras-le-bol des promesses non tenues et la balle est dans le camp des responsables concernés», ajoute un autre protestataire rencontré sur les lieux. Aux environs de midi, la route était toujours fermée et les automobilistes, à bout de nerfs, ne tenaient plus dans leurs véhicules immobilisés sous une chaleur à couper le souffle.

Yacine Mellal

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