La foire de l’agriculture et des produits du terroir, qui s’est déroulée au CFPA de Seddouk les 27 et 28 mai derniers et organisée par la subdivision locale des services agricoles, a tenu toutes ses promesses.
Elle a été inaugurée par le nouveau directeur des services agricoles de la wilaya de Béjaïa nouvellement installé Laib Makhlouf en l’occurrence, en présence du P/APC et du chef de la daïra de Seddouk, des représentants de l’UNPA et de la chambre de l’agriculture de Béjaïa et d’un public nombreux. La délégation conduite par le DSA (Directeur des Services Agricoles) a sillonné les stands en marquant une halte au niveau de chacun d’eux pour bien apprécier les produits du terroir qui l’ont vraiment impressionné de par leur diversité leur qualité et leur abondance. Juste après que la délégation ait terminé la visite des stands, nous avions sollicité le DSA qui nous donnera ses impressions. «J’ai vu des produits agricoles du terroir d’une extrême rareté et d’une importance capitale. Il y a vraiment des génies parmi la population de cette région. Nous allons accompagner ce genre de créativités pour la transformer en Boum économique suivant les orientations de notre tutelle, le ministère de l’Agriculture, dans le cadre des nouvelles orientations sur les investissements agricoles créateurs de richesses et d’emplois. Nous ne ménagerons aucun effort pour accompagner ces jeunes investisseurs afin qu’ils puissent prendre leurs places sur les marchés nationaux et internationaux. Pour les services agricoles, il n’est plus permis de tergiverser ni d’attendre. Nous devrons passer à l’action», a souligné notre interlocuteur. Et de déclarer, en outre, que la région de Seddouk possède des potentialités économiques avérées dans le domaine de l’agriculture, c’est pourquoi les pouvoirs publics lui accordent une place de choix avec la labellisation de la figue de Béni Maouche, dont le dossier est sur le point d’être finalisé. On ne s’arrêtera pas en si bon chemin puisque le prochain produit à labéliser est l’olive Azerradj de Seddouk. Profitant de sa présence, beaucoup d’agriculteurs lui ont fait part de leurs déboires. Djellouah Abdenour a soulevé le projet d’alimentation en électricité de Sahel où il possède une ferme. «Cela fait trois ans que les pouvoirs publics nous ont accordé un projet d’électrification qui touche une dizaine de fermes et à ce jour, rien n’a été fait. Aussi, une conduite de gaz est passée à quelques 500 mètres de ma ferme et l’entreprise ne veut pas me faire un branchement. Alors que dire, j’exploite dans mon village une huilerie dans un minuscule garage alors que j’ai un grand garage dans ma ferme où j’aimerai déménager mais faute du courant électrique et de gaz j’hésite», a-t-il dit. Pour Belamri Mohammed salah, cette foire est faite pour les commerçants et non pour les agriculteurs. «Avez-vous vu un seul produit agricole exposé. Donc pour moi, c’est une foire pour les commerçants, car ce ne sont que des produits vendus dans les magasins qui y sont exposés. J’ai récolté un choux nettoyé de 32 kg, une salade de 2 kg, une tomate de 7.5 gr et une choux fleur de 3 kg. Et j’aimerai que cette foire se tienne quand les produits agricoles seront disponibles», a-t-il dit. Des stands que nous avons visités, beaucoup de produits sont exposés à la vente. Des cailles vendues à 60 DA l’unité du miel à 1 200 DA le pot de 250 grammes, du vinaigre naturel BIO, fabriqué à base de figues sèches et de barbarie ainsi que du citron, est vendu à 250 DA le demi litre, de la citrouille sèche pour fabrication de petit lait (Sendou) à 2 000 Da l’unité de 7 litres, de l’huile d’olive à 600 DA le litre et du fromage fabriqué à base de lait de vache à 70 DA et de chèvre à 110 DA. Il y en a aussi des produits de fantaisie, tels que la robe et bijoux kabyles et les produits en osier. La journée du samedi a été marquée par diverses conférences animées par des ingénieurs et techniciens évoluant dans les organismes étatiques agricoles. Loucheni Lahcen a traité des maladies touchant les cheptels ; khodja Bachir s’est penché sur les enjeux de la filière oléicole ; Melle khodja a parlé de la conduite de l’olivier ; quant à Melle Bekkouche, elle s’est fixée sur la qualité de l’huile d’olive. Dans l’après-midi, Louzazna a longuement expliqué la labellisation de la figue, Mansouri a parlé de l’abeille comme insecte fascinant et Ouziri Karim a expliqué l’importance pour les agriculteurs de penser à leur protection sociale en s’affiliant à la CASNOS. Le dispositif d’aide aux jeunes a été mis en relief par un représentant de l’ANGEM. Avant l’avènement du pétrole et du gaz dans notre pays, nos aïeux vivaient bien des produits agricoles tirés de leurs terres qui leurs assuraient la totalité de leur alimentation. Le retour aux sources dans nos montagnes de Kabylie est perceptible lors de cette foire de l’agriculture de Seddouk où beaucoup de génies fabricants ont exposé des produits de transformation à base de produits agricoles les plus illustres, notamment la figue sèche et fraiche, d’où sont fabriqués des gâteaux, des boissons, des confitures, des plats culinaires, des hors d’œuvres et des desserts. Avant la colonisation, la ville de Seddouk pullulait de docks agroalimentaires spécialisés dans la collecte, le conditionnement et l’exportation vers la métropole des figues sèches, de l’huile d’olive exportée même vers les USA, la caroube, etc. La fameuse loi de la révolution agraire des années 70 a tout décimé avec la révolution industrielle qui a fait que nos fellahs ont été attirés par le gain facile en troquant le travail de la terre contre un poste de travail à l’usine, en ville. Ces dernières années, c’est le retour au bercail pour beaucoup de familles quittant la ville pour la compagne. Un fait qui mérite d’être signalé : un grand Bravo à Khodja Bachir pour avoir ressuscité ces anciens docks en créant dans la ville de Seddouk une fabrication de conditionnement de produits agricoles crus tels que les cornichons, la câpre, l’olive verte et noire, l’huile d’olive, etc. Sa place de haut responsable au niveau de la filière oléicole du centre n’est pas usurpée du fait qu’il sillonne la vieille Europe pour faire connaitre l’huile de Kabylie, dont il revendique une labellisation qui lui donnerait les moyens appropriés pour le développement de la culture oléicole qui était la fierté de nos ancêtres. Il participe à toutes les foires agricoles d’ici ou d’Europe, où il est convié. L’intérêt pour le développement de l’or vert qu’est l’agriculture appelé à remplacer l’or noir qu’est le pétrole, n’est plus des slogans de salons mais une réalité sur le terrain, et pour cela, la DAS de Béjaïa a prévu une foire de l’agriculture dans chaque chef-lieu de daïra. Très bonne initiative qui devrait se renouveler à tout moment et en tout lieu.
L. Beddar

