La statue de Mammeri, qui sera inaugurée le 23 du mois courant à Ath Yenni, sera à n’en point douter un grand acquis.
D’une part, une reconnaissance majeure de l’homme de science, anthropologue, linguiste, essayiste, dramaturge et romancier Algérien. Né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, à Ath Yenni, et décédé le 26 février 1989 à Ain Defla, Mouloud Mammeri fait ses études primaires dans son village natal. En 1928, il part chez son oncle installé à Rabat (Maroc), où ce dernier était alors le chef du secrétariat particulier du sultan Sidi Mohammed (futur roi Mohamed V) et l’intendant général du Palais Royal. Quatre ans après, il revient à Alger où il poursuit ses études au Lycée Bugeau (actuel Lycée Emir Abdelkader, à Bab-El-Oued, Alger). Il part ensuite au Lycée Louis le Grand à Paris ayant l’intention de rentrer à l’Ecole normale supérieure. Mobilisé en 1939 et libéré en octobre 1940, Mouloud Mammeri s’inscrit à la Faculté des Lettres d’Alger. Mobilisé à nouveau en 1942 après le débarquement américain, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne. Après des études supérieures, il rentre en Algérie où il enseigne à Médéa et Ben Aknoun et publie son premier roman «La colline oubliée» en 1952 qui a été mal accueilli par certains milieux nationalistes. Il provoque, entre autres, l’ire de Mohamed Cherif Sahli et de Mustapha Lachraf qui tirent à vue sur le nouveau romancier, en commettant à son encontre un pamphlet intitulé la «colline du reniement». Faisant celui qui n’a rien vu rien entendu, il militait comme il pouvait pour la libération de son pays. Il dût quitter l’Algérie pour le Maroc pour fuir l’armée coloniale de 1957 à 1962, au lendemain de l’indépendance. Il dirige le Crape et ouvre une chaire de berbère à l’université d’Alger de 1969 à 1978. En 1982, il fonda à Paris le Centre d’Études et de Recherche Amazighe (CERAM) et la revue Awal (La parole), animant également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’Ecole des hautes études sociales (EHESS). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d’éléments fondamentaux sur la langue et la littérature amazighes. En 1988, Mouloud Mammeri reçoit le titre de docteur honoris causa à la Sorbonne. De retour du Maroc où il avait participé à un colloque à Oujda, arrivé à Ain Defla, il meurt suite à un accident de voiture le 26 février 1989. Il a aimé et chanté sa kabylité et son amazighité dans son droit de réponse, non-reconnu, à l’article de Kamel Belkacem : «Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l’enrichir, à la diversifier, et à ce titre, je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer». Aujourd’hui, comme toujours, on reconnaît en Mammeri l’homme de lumière et de clarté. Samedi prochain, la statue vouée à ce grand homme n’est qu’un hommage de son village à son enfant qui le portât aux nues par les belles lettres et son pays qu’il chérissait par-dessus tout.
Sadek A. H.

