Je suis un scénario qui échappe à l'océan, sur les étals – Un recueil de poésie de Ghani Bozetine

C’est un autodidacte mais à parcourir son premier recueil de poèmes intitulé « Je suis un scénario qui échappe à l’océan », il est déjà dans la cour des grands. Ghani Bozetine imprégné surtout de la littérature russe, qu’il voit sobre et dépouillée de tout symbolisme, a jugé mettre la main à la pâte en noircissant des pages de mots durs et forts. D’ailleurs, il le dit directement: « Je suis à la croisée des chemins. Après une déception mentale et de nombreux drames que j’ai vécus, tel le séisme de mai 2003 à Boumerdès, j’ai jugé utile, avec bien sûr les encouragements de nombreux de mes amis, de me mettre à écrire. C’est une façon pour moi de m’extérioriser après plusieurs tentatives d’esquisses et d’ébauches, donc, j’ai décidé de composer ces vers. Écrire est pour moi une forme de thérapie et de délivrance », nous dira-t-il au lendemain de la parution de cet opus. Là aussi, il expliquera qu’écrire est une manière pour lui de se projeter dans le futur parce que le passé lui a fait beaucoup de mal. Quant au style, c’est du pur surréalisme. Ce poète en herbe nous renverra à l’une des phrases d’Albert Camus : « Parler de ses peines, c’est déjà se consoler ». Tel est le résumé que fait Ghani Bozetine pour ce qu’il ressent en déployant ces vers en prose. Pour lui, la plupart de ses trente poèmes est un mélange de fiction et de réalité. « Il y a du réel dans ce que j’écris mais aussi beaucoup de fiction. En tout cas, c’est plutôt beaucoup philosophique », insistera-t-il. L’auteur se permet aussi des écarts allant même à user parfois de mots vulgaires. Il le reconnaît en affirmant qu’en littérature, il n’y a rien de vulgaire. Pour les mots sortis de ses tripes, il les voit aussi comme des lambeaux de sa chair qui se détachent de son corps, un fait qu’il explicite dans l’un de ses poèmes à la page 23 : « Les mots, ces vampires de papier ». Ce sont tous des monologues. Le poète interroge le psy, mais à vrai dire, c’est de lui qu’il s’agit. Il porte des réponses à ses questions. Ainsi, toute une suite de mots bien ciselés généralement dont la chute est une phrase morale mais que le compositeur ne veut imposer à personne. « C’est ma façon d’écrire. Pour moi, je préfère cette manière de faire une chute. Et je ne l’impose à personne », soulignera-t-il. Pour conclure ses impressions, il nous dira qu’il est convaincu que si les illusions se détruisent, le rêve permet de grandir. Il trouve aussi que ce qu’il écrit n’est ni orientation pour quiconque ni encore moins une vérité absolue mais c’est tout juste une expression de ses sentiments.

Le poète livre donc de nombreux sujets à méditer. On citera ‘La nostalgie des bêtises’ (page 5), ‘La géographie est une louve’ (page 9), ‘Marketing bleu’ (page 13), ‘Philosophie des cancres’ (page 15), ‘Pureté d’un if’ (page 19), ‘Rien n’est sacré sauf la bêtise’ (page 29)… En tout cas, comme il nous l’affirmera, lorsqu’on est meurtri, le soulagement est dans les mots. Bientôt, Ghani Bozetine publiera un autre recueil qui, conclura-t-il, ira dans le même style d’écriture et dans le même sens de thérapie qu’il cherche aussi bien pour lui que ceux qui souffrent comme lui.

* Bozetine Ghani, « Je suis un scénario qui échappe à l’océan », 64 pages, 250 dinars, Edition El Amel.

Amar Ouramdane