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Le vendredi à porte fermée

Par S. Ait Hamouda

Cela devient désormais une habitude, bonne ou mauvaise, là n’est pas la question, mais qui inquiète à plus d’un titre. Si les nuits ne sont pas douces à Tizi-Ouzou, les vendredis sont des jours morts. Chaque vendredi que Dieu fait est emprunt de religiosité ostensible où l’on s’interdit, à l’heure de la prière, tout négoce, toute transaction, tout commerce. Même pour une bouteille d’eau, une baguette de pain ou le moindre sandwich, vous aurez droit à un laconique et tranchant «revenez après la prière» d’un commerçant qui n’est pas concerné par le rituel, mais qui s’interdit de vous vendre la moindre chose. Sommes-nous devenus d’impénitents croyants à la piété criante. Va pour la nuit, on peut dire que les rues sont peu sûres, que la sécurité n’est pas assurée, que l’on craint pour sa personne et les siens pour se permettre une quelconque ballade en ville en ces temps de canicule. Mais le vendredi, bon sang, qu’est ce qui empêche les commerçants de ne pas travailler à l’heure de la prière, et d’où nous vient cette sombre tradition ? Cette innovation, et c’en est une, ne trouve pas de réponse satisfaisante même du point de vue de la foi, il n’y a pas d’argument tangible, ni sacré ni profane, pour justifier cette fermeture. N’est-ce pas se croire plus royaliste que le roi que de sermonner à l’emporte pièce et de prêcher à tout va en interdisant tout aux concitoyens qui acceptent de bonne grâce ces prêchi-prêcha. En fait, tout est lié les nuits ternes et les vendredis moroses de Tizi-Ouzou, ils ont une même origine : l’excès. Et comme tout excès nuit, nous en récoltons cash les effets sur la vie normale des gens. Empêcher les gens de veiller, de prendre une glace, de voir un spectacle la nuit, par manque de transport urbain n’est-il pas attentatoire à la liberté individuelle tout autant que le sont les vendredis ? Certes, les uns le reconnaissent volontiers, d’autres du bout des lèvres et certains, bille en tête, ne l’admettent pas. Mais ne dit-on pas, pour conclure : honni soit qui mal y pense. Nous ne ferons jamais avec ça une société normalement constituée…

S. A. H.

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