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Une galanterie bien éphémère

Si les oiseaux s’accouplent bel et bien le 14 février, comme le décrit Geoffrey Chaucer dans ses œuvres littéraires, l’origine de la Saint-Valentin proviendrait néanmoins de la fête des bergers célébrée en l’honneur de leur protecteur Faunus. Cette célébration appelée alors, la fête des lupercales était, à l’époque, destinée à assurer la fertilité des bergers, de leurs champs et de leurs troupeaux. Depuis le XVème siècle, la Saint-Valentin est associée pour des raisons inconnues à la célébration de la fête des amoureux. Saint-Valentin, martyr romain mort au IIIème siècle, n’avait donc à l’origine aucune chance de connaître l’amour, vu le triste sort qui lui a été réservé. En Kabylie, Saint-Valentin qui n’y a jamais mis les pieds, a pourtant laissé des traces, et pas des moindres. Les Kabyles d’habitude trop terre à terre, se découvrent subitement, et le temps d’une journée uniquement, des tempéraments de Don Juan. Don Juan, encore un étranger qui n’a jamais posé ses pieds dans la région, mais qu’importe, chichis et autres mièvreries sont de rigueur, pour convaincre si besoin est de la… galanterie kabyle, et les jeunes se prêtent assez facilement au jeu. Technologie oblige, les sms fleurs bleues s’échangent, de même que des petits cadeaux, généralement en cachette, à l’abri des regards inquisiteurs de la famille qui ne veut rien savoir sur Valentin, et encore moins sur sa Valentine. La galanterie, un sujet ô combien complexe et scabreux pour l’ancienne génération, mais qui cependant revient chaque 14 février, de plus en plus à la mode. Une mode qui fait fureur rien qu’à voir l’affluence exceptionnelle dans les boutiques de cadeaux par des romantiques de circonstance. Parfums de luxe, bijoux, parures précieuses ornées de joyaux, rien n’est trop beau pour l’être cher, en apparence bien sûr. Goujaterie diront certains. Non, l’esprit de goujaterie ainsi que celui de la galanterie n’a jamais été inculqué dans les esprits kabyles. Il faut dire que les sentiments qu’entretiennent normalement les hommes et les femmes sont des sensations qui échappent totalement à des raisonnements et des mentalités qui ont évolué de manièrs souvent intensive, pour ne pas dire abusive. Les chaînes de télévisions étrangères, elles, ne sont pas si étrangères à ce que l’on peut aisément qualifier de phénomène de mode, et la célébration de la Saint-Valentin en Kabylie est une pratique de plus en plus courante. La raison de cette frénésie ? Seuls les concernés et les concernées peuvent y répondre, pourtant, on peut toutefois avancer sans avoir trop peur de se tromper que le concept de Tayri ne provient pas de Saint-Valentin. Excepté le fait que les oiseaux s’accouplent même durant le mois de mars et avril, le défunt Valentin continue de faire des ravages dans les cœurs, mais pas celui des oiseaux. Ces derniers sont trop préoccupés par la grippe aviaire qui peut les atteindre sans crier gare. Tout le monde sait que les oiseaux se cachent pour mourir, les amoureux, eux, se cachent pour s’aimer. Sacré Valentin !

Hafidh B.

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